« C’est vrai qu’en pleine nuit, c’est quand même dur ! Pour tout le monde ! », lâche dans un grand soupir le sénateur LR du Gard, Laurent Burgoa. Après s’être entretenu au téléphone avec le maire d’Alès, le sénateur réagit auprès de publicsenat.fr : « J’apporte tout mon soutien au maire d’Alès, comme a pu le faire également le président du Sénat avant-hier, pour nous, c’est inadmissible ! ». Gérard Larcher a appelé Christophe Rivenq après que le maire a reçu jeudi deux enveloppes des balles de calibre 9 mm, signée du groupe criminel marseillais DZ Mafia et alors que des tags menaçants ont été écrits sur les murs de la clôture de sa maison.
Dans un message sur X, le président du Sénat a écrit : « Je redis à Christophe Rivenq, maire d’Alès, victime d’une nouvelle vague de menaces de mort de la part de la DZ Mafia et contraint de quitter son domicile, tout mon soutien. Je sais le combat qu’il mène avec courage pour éviter que les cartels et le narcotrafic ne gagnent du terrain sur la République. »
« Il faut surtout penser aux proches », ajoute Laurent Burgoa, car lui, il veut résister, mais il y a aussi une épouse, des proches qui sont encore plus touchés que l’élu lui-même ». Depuis vendredi, le maire d’Alès était sous protection policière, mais une nouvelle étape a été franchie dans la nuit de lundi 20 juillet à mardi 21 juillet, avec l’intervention de policiers au domicile de l’édile. « Il m’a dit que pour lui, cela avait été un choc. Il a été exfiltré par le Raid, car il y avait une suspicion de voiture piégée devant chez lui », précise Laurent Burgoa, avant d’ajouter : « On n’est pas habitué à cela. »
« Ce sont des guerres de territoire et de gangs, il ne faut pas aller plus loin ! »
Mais pourquoi Christophe Rivenq fait-il l’objet de menaces en particulier ? Alès, ville de 46 000 habitants, sous-préfecture du Gard, serait au cœur d’une conquête territoriale de la DZ Mafia depuis l’été 2025. Le groupe chercherait à supplanter les réseaux locaux de narcotrafic.
« Le maire, avec sa police municipale et en lien avec la police nationale, fait des opérations qui gênent le trafic et dans cette guerre de clans, ils s’en prennent maintenant à l’élu », analyse Laurent Burgoa.
« C’est un acte d’intimidation du maire d’Alès mais au-delà, de tous ceux qui luttent contre le narcotrafic et on ne se laissera pas intimider », a réagi Laurent Nuñez, en marge des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale. Depuis vendredi, le préfet avait équipé le maire d’Alès d’un bouton d’alerte lui permettant de prévenir la police en cas de besoin.
Une nouvelle étape franchie
« Avec Jérôme Durain, c’est ce que nous avions dit dans notre rapport sénatorial », commente aujourd’hui le sénateur LR Etienne Blanc, rapporteur en mai 2024 de la commission d’enquête sénatoriale sur le narcotrafic. La France présente un certain nombre de signes, laissant à penser qu’on s’oriente tout doucement vers un Etat qui est sous influence du narcotrafic. Une puissance publique qui est sous influence du narcotrafic. Nous l’avions écrit, et c’est en train d’arriver. Ce que je ressens, c’est que l’on passe les étapes, les unes après les autres, et il n’y a pas de signe que cela diminue. »
Quant à la situation à Alès, elle n’est pas étonnante pour Etienne Blanc : « Ils ne reculent devant rien. Ils tirent à la kalachnikov sur les gens ! Pourquoi s’en priveraient-ils contre les maires ? Quelque chose comme cela mérite des années de prison et la Justice est à la hauteur dans certains dossiers mais compte tenu de l’ampleur du phénomène, je ne pense pas que l’on soit à la dimension. »
La DZ Mafia se déploie comme une « nébuleuse » dans les territoires
Pour le sénateur écologiste des Bouches-du-Rhône, Guy Benarroche proche d’Amine Kessaci, le militant dont le frère a été tué par des narco-trafiquants, ces faits constituent effectivement une « étape nouvelle ». « Ce qui est certain, c’est que les maires sont perçus par la DZ Mafia comme des remparts de la République, et les derniers remparts dans certains cas, donc il faut avoir un soutien très fort vis-à-vis de ces personnes. ».
« Cela démontre autre chose : on peut penser qu’il y a une certaine déconcentration des réseaux criminels. (…) Il peut y avoir des « petites » organisations locales qui s’emparent à la fois des méthodes, du nom, et sont admis par la DZ Mafia, et qui ont -encore moins- d’organisation rationnelle, et qui sont donc encore plus dangereuses. » Et l’élu écologiste de conclure : « Il y a une sorte de nébuleuse autour de la DZ Mafia et, cela signifie que c’est moins contrôlable, moins contrôlé, et cela mène à des actions plus violentes aussi.
Comment lutter contre ces trafics ?
« Il y a peine 50% des décrets d’application qui ont été pris plus d’un an après l’adoption du texte », déplore auprès de publicsenat.fr, Etienne Blanc, à propos de la proposition de loi sur le narcotrafic.
Et le sénateur d’identifier d’autres trous dans la raquette : « Il y a deux sujets sur lesquels il fallait vraiment que la loi évolue : la surveillance des messageries cryptées, et aujourd’hui, il n’y a rien de nouveau. Et deuxièmement, c’est la saisie des produits de la drogue. Et là-dessus, il y a un véritable manque. » Et le sénateur LR de conclure, un peu défaitiste : « La France n’a toujours pas pris conscience de la gravité de cette problématique… ».
« Il faut qu’on s’attaque aussi aux consommateurs ! », conclut pour sa part Laurent Burgoa. « Il faut aussi taper sur le consommateur. Il faudrait être beaucoup plus répressif mais on pourrait être surpris, car cela touche toutes les classes sociales du pays. »