Le mouvement social qui gagne l’Europe est « du jamais vu depuis 30 ans » pour cet expert

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Selon une enquête IPSOS, 64 % des Européens disent ne plus savoir « sur quelles dépenses faire des compromis ». Car ils ont beau se serrer la ceinture, les citoyens des 27 voient leur pouvoir d’achat diminuer et les factures augmenter. Une grogne sociale qui monte dans tous les pays de l’Union européenne. Les appels à la grève et les manifestations se multiplient. « Du jamais vu », pour Philippe Pochet, directeur général de l’institut syndical européen.
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La France n’a plus le monopole des grandes grèves. En Allemagne, en Belgique et dans la péninsule ibérique, des grèves sont annoncées tout au long du mois de novembre. En cause, la flambée de prix de l’énergie et de l’alimentation, qui rognent le pouvoir d’achat des Européens sans que les salaires ne suivent cette inflation record.

« Beaucoup de mouvements sociaux dans les pays d’Europe centrale et orientale »

Une fièvre sociale touche l’ensemble du continent européen, comme l’observe Philippe Pochet, directeur général de l’institut syndical européen. « Ça ne se passe pas que dans les pays où on a une certaine habitude [des mouvements sociaux], comme la Belgique ou la France. Il y a beaucoup de mouvements sociaux qui se passent dans les pays d’Europe centrale et orientale. Il faut dire qu’il y a une bonne raison, l’inflation est élevée, parfois très élevée. Dans les pays baltes c’est plus de 20 %. En Lettonie, les gens qui ont le salaire minimum ont perdu 20 % de pouvoir d’achat ! Et ça, c’est quelque chose qui est assez étonnant, d’avoir autant de manifestations dans les différents pays. »

Appel à manifester, le 9 novembre en Grèce et en Belgique, le 10 en France, le 11 en Bulgarie, le 26 aux Pays-Bas… En Allemagne, le puissant syndicat IG Metall de l’automobile et de la chimie a lancé des grèves préventives et annonce un mois de novembre noir.  « On voit qu’il y a un mouvement social qui se développe partout en Europe, un peu moins dans les pays scandinaves. Moi qui suis les mouvements sociaux liés aux questions européennes depuis 30 ans, c’est quelque chose qui est du jamais vu », avoue Philippe Pochet.

« Ce n’est pas la crise pour tout le monde »

Et le dialogue social entre le patronat et les syndicats apparaît bien difficile à amorcer. Pour Marc Botenga, eurodéputé belge la Gauche, le rapport de force initié est légitime, et la réponse européenne face à la crise que traversent les citoyens européens n’est pas à la hauteur. « On voit effectivement et heureusement les travailleurs qui s’élèvent dans différents pays pour demander, revendiquer finalement leur dû. Parce qu’effectivement il y a une inflation importante, les gens sont terrifiés de voir arriver leurs factures de l’énergie. Et la question ici, est-ce que le monde politique, les gouvernements et l’UE prennent les mesures pour faire quelque chose, pour aider les gens. Et là concrètement, la réponse que voient les gens, c’est non. Il y a la question par exemple du pouvoir d’achat, la question des salaires, les gens veulent une augmentation salariale. Ils y ont droit. Car il ne faut pas oublier que ce n’est pas la crise pour tout le monde. Les grandes entreprises européennes, que ce soit en Belgique ou dans d’autres pays n’ont jamais fait autant de profit, leurs marges brutes sont à des niveaux records. »

Bientôt un fonds de secours social européen ?

Pour Sylvie Brunet, eurodéputée Renew, l’Europe amorce « des débuts de réponse ». Et l’élue française de mettre en avant « la contribution de solidarité des énergéticiens » mais également « le plafonnement du tarif de l’électricité ». Mais elle reconnaît qu’il faut aller plus loin. Elle est d’ailleurs favorable à la mise en place d’un « fonds de secours social dédié aux plus démunis ». La proposition a commencé à être examinée la semaine dernière au parlement européen. Pour les 27, il s’agit d’agir vite afin d’apaiser les contestations sociales.

Selon de nombreux économistes, le plus dur pour l’Europe reste à venir. LE FMI (Fonds monétaire international) table sur 0,5 % de croissance en 2023, avec un risque sérieux de récession pour l’Allemagne et l’Italie, les deux grandes puissances industrielles.

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Le deal implique l’achat « à vie » par le fonds de 13 % du capital d’une nouvelle société à peine créée, la LFP Media, filiale de la Ligue en charge de commercialiser les droits TV, ainsi que de la gestion du marketing et de la publicité. En échange, CVC Capital partners a versé 1,5 milliard d’euros à une Ligue exsangue à la sortie du covid, à la recherche de liquidités. Parmi ce 1,5 milliard, 1,130 a été réparti entre les clubs, de manière inégale en fonction du prestige de chacun. Le PSG a ainsi touché 200 millions d’euros, quand les clubs de Ligue 2 ont touché 3 millions d’euros. Cette vente est très contestée par certains, comme l’ancien patron de l’Olympique de Marseille (OM) Christophe Bouchet. Il affirme qu’elle est déséquilibrée en faveur de CVC. Une enquête du Parquet national financier (PNF) a d’ailleurs été ouverte à ce sujet, notamment pour « détournement de fonds publics ». Une autre procédure judiciaire vise cet accord : celle du club du Havre, qui s’estime floué dans l’accord, car il n’a touché d’1,5 million d’euros. L’arrivée de CVC au capital de LFP Media est intervenue en pleine crise pour la LFP. En 2020, pendant la pandémie, les matches en France ont été arrêtés un temps, avant de reprendre à huis clos. Puis Mediapro, diffuseur de la Ligue, a fait défaut, engendrant une chute de près de 50 % pour les droits TV du football français. Vincent Labrune, président de la Ligue, avait chiffré la perte pour les clubs à 1,8 milliard d’euros depuis 2019. C’est dire si en 2022 ces derniers étaient aux abois et cherchaient une solution. « Le football français ne vit-il pas au-dessus de ses moyens ? » C’est une tâche ardue que d’enquêter sur cette chronologie, qui implique de multiples acteurs, jusqu’à l’Elysée ont dit certains, mais les sénateurs s’y sont attelés avec minutie. C’est qu’en 2022, la Chambre haute avait adopté un texte de loi autorisant la Ligue à créer sa filiale commerciale, ensuite cédée en partie à CVC, à condition qu’elle conserve 80 % de son capital. Les auditions sénatoriales interviennent également à un moment clé de l’accord : à la saison prochaine, le fonds d’investissement commencera à percevoir ses dividendes, en plus de ceux qui avaient été reportés dans le temps. Ce sont 105 millions d’euros qu’il devrait percevoir au titre de dividendes différés, précise Laurent Lafon en début d’audition. « Le football français ne vit-il pas au-dessus de ses moyens ? », interroge-t-il. Une belle entrée en matière. Il faut dire que les complexités du dossier sont bien maîtrisées par les sénateurs. Cette table ronde est la huitième audition publique de la commission d’enquête, qui a déjà entendu toute une série d’acteurs, de l’ancienne ministre des Sports Roxana Maracineanu à Jaume Rourès, patron de Mediapro. 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Surtout, ce qui les a fâchés, ce sont les auditions de Christophe Bouchet, ancien patron de l’OM, et auteur de Main basse sur l’argent du foot français, où il dénonce l’accord passé avec CVC, ainsi que de Jean-Michel Roussier, président du Havre Athletic Club (HAC), qui a dénoncé devant la justice la somme perçue par son club dans le cadre du deal. L’un est décrit comme une personne « qui était aux affaires mais qui ne l’est plus depuis 20 ans, on peut imaginer qu’il n’est plus vraiment au fait de ce qu’est un club », l’autre de « président de chaînes qui ont toutes fait faillite ». Le ton était donné. Accord avec Mediapro : « Ce n’était pas une bonne idée » Premier sujet abordé par Michel Savin et Laurent Lafon : les enseignements tirés du retrait de Mediapro de l’accord qu’il avait avec la Ligue. En 2021, après la défaillance de ce dernier, la Ligue avait été contrainte de vendre ses droits in extremis à Canal + à prix cassé. Quelques mois plus tard, c’est Amazon qui récupère 80 % de la Ligue 1, au détriment de Canal +, qui ne garde que deux matches de L1. Au total, la LFP, qui espérait toucher un milliard par an de la part de Mediapro, se retrouve avec 663 millions d’euros. Les présidents de clubs ont tous fait valoir la difficulté de la période. L’arrêt des championnats, le covid, a porté un coup conséquent aux clubs. « La Ligue 1 a particulièrement souffert par rapport à la Ligue 2 », explique Jean-Pierre Caillot, à cause des salaires des joueurs, qui sont faramineux en Ligue 1, et qui ne peuvent pas être couverts par les aides mises en place par l’Etat à l’époque. « Les clubs ne pouvaient même pas ouvrir de compte bancaire », se souvient Maarten Petermann. Ce dernier interroge la crédibilité de Mediapro dès le départ, alors qu’un deal similaire à celui de la France avait été refusé en Italie. Joseph Oughourlian le qualifie « d’erreur », bien qu’il ne fût pas présent au moment de sa conclusion. « Je ne les connais que trop bien », explique-t-il, « je connais très bien leur réputation en Espagne. Donner 80 % de vos droits à un groupe qui n’a pas bonne réputation, qui ne vous donne pas les garanties financières, et qui n’est pas solide financièrement, ce n’était pas une bonne idée ». Accord avec CVC : « Une nouvelle inespérée » Les présidents de club ont tous, à l’unanimité, défendu l’accord passé avec CVC, dans une période de grande détresse. Le patron du RC Lens a défendu un « cercle vertueux » : « Le prix dans notre métier détermine le produit : si on a plus d’argent pour les droits, on investit, on est meilleurs, les gens regardent. C’est ce qu’il s’est passé en Angleterre avec Sky. C’est ça le deal avec CVC ». Les présidents en sont convaincus, malgré les garanties de protection que CVC a incluses au contrat, qui inquiètent les sénateurs, cet accord n’est pas une sortie de crise négociée à la va-vite par des clubs aux abois. Balayées aussi les accusations de pression auprès des présidents de clubs réticents à l’accord à l’époque de son vote. « Personne n’avait un revolver sur la tempe pour signer, tout le monde a pensé à l’intérêt général », a assuré Jean-Pierre Caillot. « Quand CVC vient mettre 1,5 milliard sur la table pour les clients français, c’est une nouvelle inespérée », s’est enthousiasmé Joseph Oughourlian. Ce dernier dénonce le manque d’investissements des sociétés nationales dans le football français. « On ne regarde pas avec bienveillance le foot », a-t-il regretté. Ils ont tous par ailleurs défendu la répartition inégale entre les clubs des fonds apportés par Mediapro. « Nous avons fait le choix de l’élitisme : nous espérons un ruissellement vers l’ensemble des clubs dans le cas où le plan proposé réussirait », a expliqué Jean-Michel Aulas. L’incertitude demeure entière sur l’attribution des droits 2024-2029 Autre sujet ultrasensible abordé par les sénateurs de la commission d’enquête : la valorisation des droits TV du football français pour la saison à venir. Alors que les négociations pour les droits sur la période 2024-2029 sont en cours, ce point est crucial. Dans le plan d’affaires prévisionnel présenté à CVC en 2022, la LFP a chiffré la valeur de ses droits à 863 millions d’euros. Les chiffres récemment ébruités dans la presse font plutôt écho d’une valeur aux alentours de 500 millions. Alors que les sénateurs interrogeaient les présidents sur cet écart, la situation s’est tendue. « C’est le marché », a répondu Jean-Michel Aulas, « CVC n’était pas seul à évaluer le foot français de cette manière à l’époque. La complexité de la valorisation n’est pas liée uniquement aux nombres d’abonnés, il y a aussi la technologie. Le plan d’affaires de CVC était et est rationnel dans son approche. A l’époque, je n’imaginais pas un instant que nous ayons fait une erreur d’évaluation ». Le patron du Stade de Reims s’est agacé : « Vous êtes en train de parler des droits TV en fonction de ce que vous lisez dans les journaux, mais ils ne sont pas fixés ». Pour le président du RC Lens, cette apparente survalorisation n’a rien d’étonnant : « Quand on vend ses affaires à quelqu’un, on fait des plans ambitieux. Nous, on a fait une bonne affaire ». Le même a aussi asséné : « Je trouve paradoxal de venir regarder le prix du deal avec CVC comme si on venait regarder le prix du sucre ou du lait, en demandant si vous avez payé le bon prix. Ça ne marche pas comme ça dans ce métier ». Il a été immédiatement rappelé à l’ordre par Laurent Lafon, le président de la commission d’enquête et de la commission de la culture du Sénat. « La ligue est une émanation de la Fédération française de football, qui elle-même descend du ministère des Sports, ce que vous faites est lié avec l’Etat il est normal, en tant que parlementaires, que l’on vous interroge sur ce que vous en faites. La question sur la somme et l’engagement pris il y a deux ans est légitime, alors que le président de la Ligue a dit qu’il y aurait maximum 500 millions », a-t-il répondu. La tension de cet échange traduit le caractère stratégique de l’enjeu de la valorisation des droits TV de la Ligue 1. Alors que les négociations avec Canal + sont à un point d’arrêt, la LFP a fait part de sa volonté de créer une chaîne pour diffuser tous les matches de Ligue 1. L’espoir pour les présidents de revenir sur la « confusion » créée lors de la dernière attribution, qui a vu l’éparpillement des diffuseurs.

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