Student protests
Manifestation du 24 octobre, à Paris. Crédit : Gardelle M/Andia/Universal Images Group/Newscom/SIPA

Parcours de la manifestation du 31 octobre : « Remise en cause du droit de manifester » ou « nécessité » de protéger les commerces ?

La préfecture de police de Paris a interdit les deux parcours déposés dans le centre de la capitale par les syndicats et les gilets jaunes, imposant un trajet alternatif, à la limite de Paris, que dénonce l’intersyndicale. « On est dans le découragement organisé de venir manifester », réagit le sénateur PS Rémi Cardon. « Nécessité fait loi », rétorque le sénateur LR, Olivier Paccaud.
François Vignal

Temps de lecture :

5 min

Publié le

A la veille de la nouvelle journée de manifestation, prévue ce samedi 31 octobre, la question du parcours du cortège, à Paris, est source de polémique. Pour l’« acte III » du mouvement contre « la vie chère » et les cortèges de lycéens, deux parcours ont été déposés. L’un, de Bastille à Nation, par l’intersyndicale Ile-de-France (CGT, FO, FSU, Solidaires, FAGE, UNEF, Union étudiante). L’autre, de Bastille à Concorde, par la coordination de gilets jaunes. Les deux ont été interdits par la préfecture de police de Paris.

Comme la semaine dernière, la préfecture impose un autre parcours, inhabituel, aux lisières de Paris. Il est cette fois fixé entre la porte de Bagnolet et la porte de Charenton, en empruntant les boulevards des maréchaux, à deux pas du périphérique. Par ailleurs, la préfecture a ordonné un couvre-feu dans les secteurs de la place de la République et de Châtelet-Les Halles pour les nuits de samedi à dimanche et de dimanche à lundi.

« La préfecture nous balade de parcours en parcours »

L’intersyndicale, qui a saisi la justice pour contester les interdictions, dénonce ces décisions. « La préfecture nous balade de parcours en parcours », a dénoncé la trésorière de l’UNEF, Clara Privé, lors d’une conférence de presse ce vendredi. « Ils considèrent que tout Paris est un centre-ville ». « On trouve ces manières inadmissibles et cela montre que la préfecture veut museler la parole de la jeunesse », ajoute l’intersyndicale.

Sur RMC, la porte-parole de la préfecture de police, Hélène Denéchère, a justifié cet itinéraire, avec des « lieux plus aisés à sécuriser et moins exposés pour les commerçants ». « La liberté constitutionnelle de manifester ne doit pas aller à l’encontre de la liberté du commerce, de la liberté d’aller et venir », a-t-elle encore affirmé. Pourtant, les boulevards des maréchaux comptent aussi des commerces (pharmacie, petits commerces, fast food, supermarchés).

« On a le sentiment qu’on est en train de perdre un droit »

Le sujet fait réagir les sénateurs. « C’est un peu problématique que dans une ville comme Paris, avec les services du maintien de l’ordre, qui sont nombreux, qu’on ne soit pas en mesure de proposer un parcours qui se rapproche d’un trajet classique, même si un parcours raccourci, plus sécurisé. On a plutôt l’impression qu’on est dans le découragement organisé de venir manifester », réagit Rémi Cardon, sénateur PS de la Somme.

« Si à chaque fois, on remet en cause le droit de manifester, c’est quand même très compliqué. Dans certains départements on interdit, dans d’autres non. On a le sentiment qu’on est en train de perdre un droit, en tout cas, plus on avance, plus on peut s’interroger sur le fait que ce droit est plus ou moins respecté », ajoute le sénateur socialiste.

« On hésite entre le mépris ou – le mot est fort – le sabotage »

« On hésite entre le mépris ou – le mot est fort – le sabotage : ils changent tout le temps, les choses ne sont pas claires et stabilisées, on l’a vu la semaine dernière », ajoute encore Rémi Cardon.

Les interdictions de manifester dans le centre-ville ne concernent d’ailleurs pas que Paris. C’est le cas à Amiens, dans le Somme par exemple. « Dans mon département, il y a une interdiction. Notre parcours a été interdit hier. C’est fort, car chez nous, la prise de risque n’est pas énorme. La semaine dernière, il n’y avait juste qu’un peu de lacrymo », relève le sénateur PS de la Somme.

« Les honnêtes gens ne peuvent pas comprendre cette polémique », selon le sénateur LR Olivier Paccaud

« Nécessité fait loi », rétorque le sénateur LR, Olivier Paccaud. Le sénateur de l’Oise soutient totalement les décisions des préfectures. « Très concrètement, les forces de l’ordre savent quels sont les parcours les plus faciles à sécuriser. Ce sont des professionnels de la sécurité. Ils veulent éviter de reproduire les scènes de pillages du 17 octobre. Et c’est évident, que s’il y a moins de magasins devant lesquels on passe, il y a moins de risques », relève Olivier Paccaud, qui ne comprend pas la polémique.

« Le but d’une manifestation, c’est de faire entendre un message. Qu’on le fasse sur la RD 50 ou la RD 52, ça n’a aucune importance. Je suis même choqué que certains syndicats veuillent polémiquer là-dessus. Ça veut dire que la sécurité des biens est le cadet de leurs soucis », pense le sénateur LR, qui ajoute encore : « Les syndicats font comme s’il n’y avait pas eu des milliers de magasins pillés ces dernières semaines. On ne leur interdit pas de manifester, on essaie de leur permettre d’exercer leur droit de manifester de manière la plus compatible avec le maintien de l’ordre public. Ils ont perdu une occasion de se taire. Les honnêtes gens ne peuvent pas comprendre cette polémique ».

« Les manifestants sincères devraient remercier en fait les préfectures »

Et de conclure : « Les casseurs font beaucoup de mal aux manifestants, ils polluent leur message. Les manifestants sincères devraient remercier en fait les préfectures, de proposer des parcours sécurisés ».

Le ministère de l’Intérieur a prévu un gros dispositif de sécurité ce samedi, avec quelques 70.000 membres des forces de l’ordre mobilisés, soit le même effectif que le 24 octobre, face au risque jugé « très élevé » de débordements, selon le ministre Laurent Nuñez, au cours des 180 manifestations attendues sur tout le territoire.

Partager cet article

Dans la même thématique

Parcours de la manifestation du 31 octobre : « Remise en cause du droit de manifester » ou « nécessité » de protéger les commerces ?
3min

Société

Attentat raciste de Trappes : l’hommage national sera présidé par le Premier ministre, annonce Aurore Bergé

Les modalités de cet hommage, notamment le lieu et la date, seront précisées ultérieurement, du fait notamment que certaines victimes se trouvent toujours dans un état critique, a précisé la ministre devant les sénateurs, ce mercredi 28 octobre. Vendredi, un homme a ouvert le feu dans les rues de Trappes et La Verrière, faisant un mort et sept blessés. Cette attaque a été qualifiée « d’attentat raciste » par Emmanuel Macron, en raison de l’origine des victimes.

Le

Encadrement des loyers a Paris
6min

Société

Encadrement des loyers : un « compromis » entre l’Assemblée et le Sénat qui permet « d’échapper au pire », selon le sénateur communiste Ian Brossat

Le Sénat a voté mercredi pour prolonger de deux ans l'expérimentation de l'encadrement des loyers dans une version minimaliste : il ne sera ni étendu ni renforcé. Un « compromis » nécessaire pour le maintien du dispositif dont la date butoir est fixée au 24 novembre. Le texte doit désormais revenir à l’Assemblée nationale.

Le