Pour la rentrée, les syndicats ont prévu une grande manifestation le 29 septembre, principalement centrée sur la défense de la fonction publique et de son pouvoir d’achat. Mais d’autres combats semblent se greffer au mouvement contestataire de ce mois de septembre. En pleins arbitrages gouvernementaux sur le projet de loi de finances 2027, ce mardi, de nombreuses manifestations et appels à la grève de nombreux secteurs se sont lancés à travers la France, pour protester, entre autres, contre l’inflation. En effet, selon des chiffres de l’Insee, l’inflation, qui a atteint 2,4 % en août, pourrait continuer d’augmenter pour se situer à 2,9 % en fin d’année. En conséquence, le pouvoir d’achat des ménages reculerait de 0,4 % sur l’année.
Salaires et carburants, des revendications au cœur des mobilisations
Dans l’enseignement supérieur et la recherche, une intersyndicale a appelé à se mobiliser pour « obtenir des financements à la hauteur des besoins » et dénonce le « sous-financement chronique » de l’État. Idem du côté de la santé, qui manifeste contre « l’austérité budgétaire », « la dégradation des conditions de vie et de travail » et « l’effondrement du pouvoir d’achat ». La police manifeste également ce jour à Paris, de l’avenue des Champs-Élysées à l’Assemblée nationale. Le syndicat Alliance revendique notamment des mesures salariales, mais aussi plus de moyens.
Dans les Bouches-du-Rhône, plusieurs dizaines de pêcheurs ont commencé à bloquer ce matin un dépôt pétrolier à Fos-sur-Mer pour protester contre la hausse des prix du carburant et la dégradation de leurs conditions de travail. Les comités régionaux des pêches d’Occitanie, de Paca et de Corse, les trois organisations de producteurs de Méditerranée, et des syndicats de marins (salariés et patronaux) ont lancé lundi un mouvement commun qui « se poursuivra tant que des réponses concrètes n’auront pas été apportées aux principales revendications de la profession », selon leur communiqué.
Sans le tarif agent, « au niveau salaire, EDF ce n’est pas terrible »
Depuis ce matin, les électriciens et gaziers se sont mis massivement en grève contre une remise en cause de leur tarif préférentiel de l’énergie, un avantage qui fait partie de leur rémunération, avec notamment quelque 59 % des salariés d’EDF SA (hors filiales) à la mi-journée, selon la direction. Afin de mettre la pression sur le gouvernement, les grévistes se sont mobilisés dans plusieurs centrales nucléaires, entraînant de fortes baisses de puissance disponible, comme au Tricastin, à Flamanville, Nogent-sur-Seine, Penly, Cattenom, Paluel et Saint-Alban.
Remis en cause par la Cour des comptes dans un rapport publié en juillet 2026, le tarif agent a attiré l’attention de la ministre de l’Énergie, Maud Bregeon, qui avait envisagé de le revoir. Or, la mise en œuvre des recommandations publiées en juillet par la Cour des comptes entraînerait « une perte de pouvoir d’achat », déplore Nicolas Dessertenne, responsable syndical CGT au sein de la centrale nucléaire de Gravelines, évaluant cet avantage à 2 000 euros par an pour un foyer de quatre personnes. Sans le tarif agent, « au niveau salaire, EDF ce n’est pas terrible », grince Jessica, 36 ans, employée de la centrale de Gravelines. « Le tarif agent permet que ce soit correct », or sans cet avantage, les salaires dans les usines voisines d’Aluminium Dunkerque et AstraZeneca seraient « plus attractifs que nous », craint-elle, alors que le secteur de l’énergie est engagé dans une grande campagne de recrutement, sur fond d’électrification du pays et de relance du nucléaire.
À Paris, à Marseille et à Lyon, les électriciens et gaziers se sont mobilisés pour défendre ce tarif agent qui concerne au total 140 000 salariés du secteur et près de 160 000 retraités des entreprises issus des opérateurs EDF et GDF ainsi que des distributeurs locaux d’énergie. Cet après-midi, à Gravelines, plus grande centrale nucléaire de France, c’était environ 80 % des salariés en grève, selon les syndicats : « Ce qu’on veut, c’est frapper fort, avoir une journée qui marque les esprits, […] et par la suite, si on n’est pas entendu, on ira plus loin », a déclaré Nicolas Dessertenne de la CGT à l’AFP.
Toutefois, il n’est pas question de « passage en force », a assuré ce matin Maud Bregeon sur France 2, pour qui « la question c’est le niveau de fiscalisation », explique-t-elle. Cette grève, qui reste pour l’heure sans incidence pour les usagers, pourrait se durcir si le gouvernement persiste à vouloir relever la fiscalité de ce tarif agent, ont prévenu certains responsables syndicaux.
La question du climat est aussi au rendez-vous
Si les questions salariales et budgétaires sont au cœur des mobilisations, les 7 300 décès dus aux incendies et les 117 000 hectares brûlés cet été sont aussi une source de contestation.
Alors que les températures de ce mois de septembre dépassent encore les 30 degrés sur une grande partie du pays, Jean-Marie Pernot, politologue et chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES), s’interroge sur l’impact du réchauffement climatique dans les mobilisations sociales actuelles : « Est-ce qu’aujourd’hui la question climatique n’impose pas un nouvel agenda à une mobilisation sociale ? », confie-t-il à l’Agence France Presse, avec éventuellement « une nouvelle génération qui fasse le lien entre la faiblesse des réponses politiques à la question du climat et l’absence d’anticipation sur les questions d’énergie ».
Un appel citoyen pour une marche « partout en France » le 26 septembre a été lancé « pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale ». En attendant, un collectif de 53 organisations, dont des syndicats de pompiers, infirmiers ou encore étudiants, se donnent rendez-vous ce soir à 19h30 à Bercy devant le ministère de l’Economie et des Finances.
Le mouvement des gilets jaunes de retour ?
« Ressors ton gilet » voit-on circuler sur les réseaux sociaux. En 2018 et 2019, le mouvement populaire des gilets jaunes rassemblait chaque samedi des milliers de personnes partout en France et s’était distingué par l’occupation de ronds-points, symboles d’une France périphérique obligée de faire le plein de sa voiture pour tout. Emaillée de violences avec les forces de l’ordre, la mobilisation s’était peu à peu essoufflée, avant le coup de grâce des confinements du Covid-19.
Pour François Bayrou, patron du MoDem et ex-Premier ministre, interrogé sur LCI, un retour des gilets jaunes est « possible » et « toujours un risque » pour François Hollande, ancien chef de l’État, au micro de RTL. Toutefois, « c’est très difficile de pronostiquer ce genre de mouvements », souligne le chercheur à l’IRES, Jean-Marie Pernot, à l’Agence France Presse, même si la hausse de l’essence et de l’inflation sont des éléments qui « rappellent l’époque ». Ce qui est différent aujourd’hui est surtout le fait qu’il y ait l’élection présidentielle en 2027 car « les gens peuvent se projeter sur l’après-Macron, éventuellement essayer une issue électorale » en votant, souligne-t-il.
À gauche, La France insoumise (LFI) et le Parti socialiste se sont chacun dit prêts à soutenir des mouvements sociaux contre la vie chère, Olivier Faure affirmant dimanche être « à leurs côtés » si « les Français se soulèvent ». Le chef des communistes, Fabien Roussel, a quant à lui « appelé les Français à se mobiliser comme nous avons su le faire en 2018 ».