Glyphosate : « Aujourd’hui c’est Monsanto qui a le pouvoir »  pour l’eurodéputé Guillaume Balas
Alors que la licence autorisant la mise sur le marché du Glyphosate expire à la fin de l’année, les experts et les institutions se divisent sur la dangerosité du produit. La fiabilité des études est mise en cause et la procédure de décision européenne est dénoncée par les invités d’Europe Hebdo.  

Glyphosate : « Aujourd’hui c’est Monsanto qui a le pouvoir » pour l’eurodéputé Guillaume Balas

Alors que la licence autorisant la mise sur le marché du Glyphosate expire à la fin de l’année, les experts et les institutions se divisent sur la dangerosité du produit. La fiabilité des études est mise en cause et la procédure de décision européenne est dénoncée par les invités d’Europe Hebdo.  
Public Sénat

Par Amélia Morghadi

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Commercialisé par Monsanto depuis 1974 sous la marque Roundup, le glyphosate est l‘herbicide le plus utilisé au  monde, et la question de sa dangerosité potentielle divise. Là où les études de l'Agence européenne de la sécurité des aliments (EFSA) et des produits chimiques (ECHA) ont estimé qu’il n’y avait aucun risque pour la santé, le Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS a classé le glyphosate comme un « cancérogène probable ».

Pour Guillaume Balas, député européen socialiste, il est nécessaire de faire la lumière sur les décisions européennes. Pour lui, c’est l’industriel qui tire les ficelles et est au bout du compte décisionnaire : « Aujourd’hui c’est Monsanto qui a le pouvoir ».

« Le système européen est défaillant »

Pourtant, officiellement, c’est bien la commission européenne qui est prend la décision finale. Charles Goerens, député luxembourgeois, est aussi sceptique sur la procédure : « le système européen est défaillant ». Il accuse aussi les États membres. Pour régler ce type d’affaires, il faudrait « responsabiliser d’avantages les États membres ».

Affaire du glyphosate dans l'UE : "Il y a un contre-pouvoir: c'est l'opinion publique"
00:48

Face aux conclusions des agences européennes « la Commission est pieds et poings liés », confesse le journaliste Isabelle Ory. Selon elle, c’est la médiatisation de ces affaires, et la reprise en main de ces questions par les citoyens qui peuvent faire la différence : « il y a un contre-pouvoir: c'est l'opinion publique.»

En effet, pour la journaliste Isabelle Ory, le débat autour du Round up est signe que les choses sont en train de changer : « Chaque année on renouvelle les licences de produits sans aucun regard démocratique […] et aujourd’hui, ça n’est plus accepté ».
« Le glyphosate est l’exemple parfait pour montrer que le système européen n’est plus adapté à la demande des consommateurs, à l’envie de comprendre et d’être rassuré » atteste la correspondante à Bruxelles d’Europe 1.

« À quoi sert l’Union européenne? » se questionne Guillaume Balas, si elle ne s'oppose pas à ce qu'il qualifie « un dumping écologique ».

« Il faut enquêter sur Monsanto »

Les révélations du journal  « le Monde », et les Monsato Papers sur certains courriers internes de Monsanto montrent que l’entreprise aurait influencé les résultats des expertises officielles et de publications scientifiques sur leurs produits.

Pour tenter d’y voir plus clair, le Parlement européen a souhaité entendre les représentants de Monsanto mais ceux-ci ont refusé de se présenter à l’audition. En réaction, les chefs des groupes politiques ont demandé l’interdiction d’accès au Parlement aux lobbyistes de Monsanto et plusieurs députés réclament une commission d’enquête.
« C’est la première fois que le Parlement européen sanctionne une entreprise qui ne veut pas participer à une audition » et « il a rétabli son autorité » affirme Charles Goerens. Selon lui les pouvoirs publics ne sont pas impuissants face à ces problématiques, « La Commission arrive à faire plier des géants, comme Google pour ce qui est de la fiscalité ». Le député luxembourgeois souligne la difficulté pour les politiques de se positionner sur ces questions techniques : « Il y a un problème de confiance. Quand la science reste muette ou quand elle se contredit, le politique est en désarroi. Il faut faire en sorte d’avoir des instances au-dessus de tout soupçon ».

 « Il faut qu’on puisse avoir les éléments d’appréciation sur le glyphosate, parce que nous ne les avons pas.  Et il faut enquêter sur Monsanto » conclut le socialiste Guillaume Balas.

 

Retrouvez notre débat dans l'émission Europe Hebdo, présentée par Nora Hamadi mercredi 18 octobre à 18h, vendredi 20 octobre à 18H30 et dimanche 22 octobre à 12h30 sur Public Sénat.

 

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le

ZFE la fin des Zones a Faibles Emissions votee par l Assemblee Nationale
3min

Politique

Loi de « simplification » : le Conseil constitutionnel censure la suppression des ZFE et l’assouplissement du ZAN

Le Conseil constitutionnel a censuré ce jeudi 21 mai plusieurs articles emblématiques de la loi de « simplification économique », parmi lesquels la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) et un assouplissement des règles du « zéro artificialisation nette » (ZAN). Jugées sans rapport direct avec le projet de loi initial, ces dispositions ont été qualifiées de « cavaliers législatifs ». Au total, 25 articles sur 84 ont été censurés totalement ou partiellement, au terme d’un feuilleton parlementaire de deux ans.

Le