Régionales : les sondages en question
Les résultats des régionales ont fait mentir les enquêtes d’opinion suscitant nombre de critiques envers les instituts de sondages. Une loi partie du Sénat avait pour objet de mieux encadrer la sincérité des sondages électoraux, mais elle « n’est pas appliquée » pour le sénateur PS, Jean-Pierre Sueur.

Régionales : les sondages en question

Les résultats des régionales ont fait mentir les enquêtes d’opinion suscitant nombre de critiques envers les instituts de sondages. Une loi partie du Sénat avait pour objet de mieux encadrer la sincérité des sondages électoraux, mais elle « n’est pas appliquée » pour le sénateur PS, Jean-Pierre Sueur.
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Par Héléna Berkaoui

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Faire mentir les sondages, l’objectif a été accompli dimanche 20 juin, jour du premier tour des départementales et des régionales. Bien plus forte qu’attendue, l’abstention s’est élevée à 66,7 %. Du jamais vu, excepté pour le référendum sur le quinquennat en 2000 (69,81 % d’abstention).

Mais il n’y a pas que l’abstention qui n’était pas là où on l’attendait. Les résultats du Rassemblement national ont été plus bas qu’annoncés par les sondages. « Le gros problème des sondeurs est qu’ils ont surestimé les résultats du RN parce qu’ils étaient incapables d’estimer la démobilisation », analyse, le politologue, Olivier Rouquan.

Un raté bien étrillé par les responsables politiques. « Quelle claque aux commentateurs et aux sondeurs », envoyait Rachida Dati (LR) ce matin sur France Inter, quand Julien Dray demandait aux instituts de sondages, sur une autre chaîne, de « rendre l’argent ».

« L’abstention est un des phénomènes les plus difficiles à évaluer », reconnaissait le directeur général délégué d’Ipsos, Brice Teinturier sur France inter. « Vous prenez les conséquences d’une abstention encore plus forte que ce que nous avions et vous aboutissez à quelque chose qui est effectivement assez différent », s’est-il encore défendu.

Pour Olivier Rouquan, les enquêtes d’opinions ne sont pas à jeter, mais doivent être prises pour ce qu’elles sont. « Les sondages donnent une estimation du rapport de force assez imprécis, mais restent un instrument intéressant, souligne-t-il. En tendance, on peut toujours noter quelques données, le taux d’abstention ou l’intérêt du vote. En recoupant plusieurs indicateurs, vous arrivez à vous faire une idée ».

Le débat autour de la fiabilité des sondages n’est pas nouveau et les ratés sont nombreux dans l’histoire politique : de l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour en 2002, à la victoire de François Fillon à la primaire de la droite en 2017.

« Un sondage, ce n’est pas une prévision »

« On veut régulièrement faire dire à ces sondages ce qu’ils ne disent pas, explique Olivier Rouquan. Un sondage, ce n’est pas une prévision or c’est ce qui est ancré dans bien des têtes ». Pour autant, ces sondages prennent de plus en plus de poids, Les Républicains envisageant même une enquête d’opinion pour désigner leur candidat à la présidentielle.

Pourtant, Olivier Rouquan note une « imprévisibilité croissante des intentions de vote » qui s’est vue « notamment chez les électeurs peu diplômés, peu intégrés socialement et économiquement » lors de ces élections. Un facteur qui, selon lui, explique les faibles scores du Rassemblement national. « Cette catégorie de l’électorat à tendance à s’abstenir ou à voter pour des partis populistes, mais il reste difficile d’anticiper cette mobilisation ».

Contrairement à 2015, où le scrutin avait été favorable au parti de Marine Le Pen, il apparaît aujourd’hui que « le Rassemblement national souffre d’une certaine usure. Ils n’ont pas eu une stratégie aussi polarisée mais une volonté de normalisation avec un lissage des profils qui visiblement n’a pas fonctionné », commente Olivier Rouquan.

L’accélération de l’information joue aussi sa part. « Il y a un complexe mis en place entre les sondeurs, les stratèges politiques et les médias. Les chaînes d’information n’ont pas le temps de décortiquer les sondages et se laissent guider par les sondeurs », constate le politologue. Pour lui, « il faudrait des spécialistes d’enquêtes d’opinion dans les médias pour garantir une indépendance du média vis-à-vis du sondeur ».

Contrôle des sondages : « La loi n’est pas appliquée »

Au Sénat, la question des sondages a déjà été posée conduisant même à une loi qui contraint notamment les instituts à afficher les marges d’erreur de leurs enquêtes. « Il s’agissait d’assurer la sincérité des sondages électoraux et de donner une bonne information aux citoyens », rappelle le sénateur PS Jean-Pierre Sueur qui oeuvrait alors avec l’ex-sénateur LR, Hugues Portelli. Mais leur rapport et la proposition de loi qu’ils ont portés pour rendre les sondages électoraux plus transparents n’ont pas vraiment porté leurs fruits malgré un durcissement pour que les marges d’erreur apparaissent systématiquement.

« En vertu de la loi, les instituts de sondage doivent transmettre un certain nombre d’informations à la Commission des sondages notamment concernant le redressement des résultats », explique Jean-Pierre Sueur. Le redressement des sondages consiste à intégrer une information pour améliorer la précision de l’enquête. « Avant, les gens n’osaient pas dire qu’ils votaient FN donc les instituts ont commencé à redresser les résultats », précise le sénateur socialiste.

« La Commission des sondages doit savoir quels résultats sont bruts et lesquels ont été redressés, mais sur le site de la commission ce que disent les sondeurs est complètement sibyllins », regrette-t-il.

Par ailleurs, « la Commission des sondages est extrêmement pusillanime ». En 2014, Valeurs actuelles avait publié un sondage donnant Nicolas Sarkozy seul à même de battre Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, sauf que ce sondage n’a jamais existé. Après enquête de la commission, aucune poursuite n’a été engagée contre l’hebdomadaire.

« La loi n’est pas appliquée », s’inquiète Jean-Pierre Sueur qui demande à ce « que l’on rende publics les marges d’erreurs et les critères de redressement ».

« C’est important car tout le monde bâtit sa stratégie en fonction des sondages », appuie le socialiste prenant l’exemple des régionales : « Tout le monde s’est mis à parler de la sécurité, il y a effet un peu moutonnier ». Une dynamique qui risque fort de s’accentuer avec la présidentielle.

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