Accord PS-LFI : « L’accord national d’Olivier Faure, dans l’Hérault on s’assoit dessus, et confortablement ! » prévient un sénateur PS
Après l’accord historique entre le PS et LFI sur les législatives, avec juste 70 circonscriptions à la clef pour le PS, « le parti est au bord de l’implosion » selon le sénateur PS Hussein Bourgi, soutien de Stéphane Le Foll. Chez les sénateurs PS, l’accord passe mal. Le conseil national, convoqué pour valider l’accord, s’annonce sportif.

Accord PS-LFI : « L’accord national d’Olivier Faure, dans l’Hérault on s’assoit dessus, et confortablement ! » prévient un sénateur PS

Après l’accord historique entre le PS et LFI sur les législatives, avec juste 70 circonscriptions à la clef pour le PS, « le parti est au bord de l’implosion » selon le sénateur PS Hussein Bourgi, soutien de Stéphane Le Foll. Chez les sénateurs PS, l’accord passe mal. Le conseil national, convoqué pour valider l’accord, s’annonce sportif.
Public Sénat

Par François Vignal et Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

10 min

Publié le

Mis à jour le

C’est l’accord qui change tout. Au sein de la gauche et au PS. L’accord conclu entre le Parti socialiste et La France Insoumise pour les législatives ne passe décidément pas au sein du parti à la rose. Une révolution. Après de longues négociations, tout au long de la nuit, les deux formations ont scellé leur union par un texte commun. Dans la corbeille de la mariée, 70 circonscriptions sont réservées au PS.

Pour les opposants à la direction, et surtout aux discussions avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, c’est le pire des cauchemars qui se concrétise. L’ancien premier ministre Bernard Cazeneuve a mis ses menaces à exécution et annonce quitter le PS. Déjà, la capacité de la direction à faire respecter l’accord est interrogée. Le maire PS du Mans, Stéphane Le Foll, entend prendre la tête de la fronde interne. Il s’est dit prêt sur France 2 à « conduire la campagne » des candidats PS dissidents pour les législatives. Un responsable socialiste sent bien la grande difficulté à venir pour faire accepter l’accord localement :

Ça va être compliqué pour des premiers secrétaires fédéraux du PS, qui ont des bons candidats, de dire à leurs militants d’aller se faire foutre, tous derrière LFI, tous derrière EELV, tous derrière le PCF. L’union est un combat mais là, c’est vraiment un peu rude pour nous.

Des candidats dissidents présentés par Carole Delga et Hussein Bourgi dans l’Hérault

Du côté de L’Hérault, on n’est pas loin de sortir les barricades. « Ce qui me choque, c’est qu’on commence par annoncer le nombre de circonscriptions réservées au PS et on continue à s’accorder sur le contenu programmatique. C’est le degré zéro de la politique », dénonce auprès de publicsenat.fr Hussein Bourgi, sénateur PS de l’Hérault, qui pointe des « négociations d’arrière-salle, de boutiquiers ». Ce soutien d’Hélène Geoffroy, qui s’était présentée contre Olivier Faure lors du dernier congrès, et de Stéphane Le Foll, pointe une « direction qui s’est bunkerisée, il n’y a rien qui filtre. Nous apprenons les choses au travers des médias ». Il « pense le plus grand mal de cet accord », qui « renie notre identité profonde » sur « la construction européenne » ou « l’Ukraine ».

Lire aussi » Législatives : accord entre le PS et LFI, « un événement majeur » qui change la donne

Clairement, cet accord n’engage pas Hussein Bourgi : « L’accord national d’Olivier Faure, dans l’Hérault, on s’assoit dessus, et confortablement ! » Le sénateur se place sans équivoque dans une logique de dissidence. « Vous avez plusieurs leaders socialistes qui vont conduire la campagne, une autre campagne. Je vous l’assure », prévient celui qui était premier fédéral de son département jusqu’en 2021. Il pense que « Bernard Cazeneuve va descendre dans l’arène pour dire ce qu’il pense et apporter son soutien ». Dès cet après-midi, Hussein Bourgi sera aux côtés de la présidente PS d’Occitanie, Carole Delga, et du président PS du département, Kléber Mesquida, pour « une conférence de presse pour présenter nos candidats dans trois circonscriptions ». Demain soir, c’est « un meeting de lancement » d’une autre candidate qui est au programme, « avec le maire de Montpellier, Michaël Delafosse ». Et ce n’est pas fini, assure le sénateur : « Ce qui va se passer dans l’Hérault va se passer dans des dizaines de départements en France. L’accord ne sera peut-être respecté que dans un département sur deux ». Hussein Bourgi conclut :

Le parti est au bord de l’implosion. Car on est à un moment crucial.

« On va avoir un vent contraire souffler. Chacun est sur la défensive dans les départements, où beaucoup de jeunes ont été désignés comme délégués », relate l’ancien ministre et sénateur PS, Jean-Marc Todeschini. Un conseil fédéral s’est tenu hier dans son département de la Moselle. « Ça grogne », relaye celui qui faisait partie des hollandais.

« Il y a un petit blême… »

Au groupe PS du Sénat, ils sont nombreux à s’interroger, à commencer par le patron des sénateurs socialistes, Patrick Kanner. Il attend le conseil national pour s’exprimer. Mais hier, il craignait l’issue des discussions : « J’espère qu’on ne sera pas humiliés. Si on se retrouve avec 60 ou 70 circonscriptions réservées, par rapport aux 100 de EELV et au 50 du PCF, je pense qu’il y a un petit blême », lâchait mardi matin Patrick Kanner…

D’autres ne retiennent pas leurs coups à l’égard de Pierre Jouvet, le porte-parole du PS, en première ligne dans les discussions bilatérales avec les Insoumis. « D’avoir comme seul négociateur quelqu’un qui était macroniste, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne chose. C’est un peu la foi du nouveau converti », raille un membre du groupe sénatorial. Ce socialiste déplore le côté « un peu amateur et inexpérimenté » des négociateurs.

« L’accord ne tient pas compte de la réalité électorale » selon Rachid Temal

Ce matin, le sénateur Rachid Temal, l’un des premiers à avoir dénoncé le rapprochement, estime lui que le PS a été particulièrement mal servi dans la répartition des circonscriptions. « Avoir moins que les écologistes et beaucoup moins que LFI, c’est un problème. Ça ne tient pas compte de la réalité électorale dans le pays. Le seul parti qui a 36 départements, 5 régions et des centaines de mairies, c’est le PS », rappelle celui qui avait assuré l’intérim à la tête du parti, avant l’arrivée d’Olivier Faure.

Le sort réservé à des députés sortants reste au travers de la gorge de plusieurs socialistes. La quatrième circonscription de la Sarthe, celle de Sylvie Tolmont, l’ancienne suppléante de Stéphane Le Foll, a particulièrement mis de l’huile sur le feu. A l’origine réservée aux communistes, la circonscription serait finalement garantie au PS. « On voit bien que les négociateurs n’ont qu’une ambition : préserver un certain nombre de circonscriptions, surtout celle d’Olivier Faure. Ils ont transformé le PS en un syndicat de préservation des intérêts de quelques-uns », attaque Hussein Bourgi.

Les socialistes de Paris dénoncent aussi l’accord

Les socialistes s’insurgent surtout du cas de la 15e circonscription de Paris, l’un des bastions du parti. Ils craignaient que Lamia El Aaraje, élue à l’occasion d’une partielle, ne fasse les frais de l’accord avec LFI, au profit de Danielle Simonnet. Au final, c’est bien ce qui se passe. La circonscription ne figure pas dans le lot promis aux socialistes.

Le PS n’a que deux circonscriptions dans la capitale, la 2e et la 11e, et pas la 15e. Pour le sénateur PS de Paris, Rémi Féraud, à la tête du groupe Paris en commun à la mairie, « ce n’est pas acceptable ». Une situation dénoncée aussi sur Twitter par le sénateur David Assouline, premier fédéral du PS à Paris. Il pointe du doigt « une proposition de la direction qui sacrifie une jeune députée sortante de gauche de son propre parti ».

« Le PS en est réduit à ramasser les miettes »

Martine Filleul, proche de Patrick Kanner, regrette d’ailleurs le manque d’association des sénateurs dans la négociation. « Notre direction a un peu négocié en solitaire. Je suis déçue qu’ils aient accepté une négociation sous cette forme-là ». Ni Patrick Kanner, ni même Valérie Rabault, à la tête du groupe PS de l’Assemblée, n’ont été mis dans la boucle des « négos », confie-t-on. Même sort pour Anne Hidalgo.

« J’étais favorable à ce que tous les partis se retrouvent autour de la table, et non pas que le PS en soit réduit à ramasser les miettes en passant après les autres formations politiques », ajoute Martine Filleul. L’ancienne ministre et sénatrice Marie-Arlette Carlotti abonde :

Les identités sont effacées. On passe sous les fourches caudines du patron Mélenchon. C’est un peu humiliant.

« On peut être fiers de nous » salue Rémi Cardon

Pour trouver un sénateur qui soutient l’accord, il faut aller chercher Rémi Cardon, sénateur de la Somme et secrétaire national du PS. « C’est un compromis qui s’est construit », salue le premier fédéral de son département, et « au PS je sais qu’on a l’art du compromis ». Il ajoute : « On peut être fiers de nous, d’avoir construit cette nouvelle union populaire écologique et sociale ». Regardez (interview de Samia Dechir) :

Le sénateur de la Somme conçoit que l’accord n’est pas des plus évidents à accepter. Un mal nécessaire selon lui. « Je me rends compte qu’il faut passer par des choses parfois douloureuses, il faut se faire mal parfois pour reconstruire », estime Rémi Cardon, qui se met « à la place d’un électeur de gauche. Il va voir qu’il y a un collectif qui s’est construit. Il y aura les bons joueurs et les mauvais joueurs : faisons partie des bons joueurs ».

Pour le benjamin du Sénat, qui vient tout juste de fêter ses 28 ans hier, cet accord ouvre de nouvelles perspectives, plus réjouissantes. « Je fais partie d’une génération qui a vu la fin du quinquennat de François Hollande. Et 10 ans après, j’ai vu plutôt un parti qui a subi beaucoup plus de défaites que de victoires. Un effondrement dans sa base militante et ses élus », rappelle Rémi Cardon. Au fond, c’est aussi, du moins en partie, un fossé générationnel qui explique la fracture qui divise le PS autour de cet accord.

Le conseil national s’annonce « compliqué »

Reste que pour l’heure, beaucoup d’élus socialistes expriment a minima leur scepticisme sur les conditions de cet accord. Un bureau national est prévu en fin de journée, avant un conseil national demain, convoqué pour valider l’union. Il s’annonce déjà sportif. « Ce sera très compliqué » reconnaît Rémi Cardon. « Si l’accord de principe de négocier avec LFI est passé à 160 voix (contre 75 voix, 10 abstentions et 58 qui n’ont pas pris part au vote, ndlr), je ne vois pas pourquoi cet accord, même s’il est compliqué, ne serait pas adopté. Ce sera plus serré, mais ça passera », pronostique cependant un soutien de la direction. Martine Filleul craint pour sa part une simple « chambre d’enregistrement ». Comme Patrick Kanner, la sénatrice Marie-Arlette Carlotti aurait aimé une consultation des militants sur ce « changement de nature ». Elle ajoute : « Le faire de manière détournée, je ne trouve pas ça digne d’un parti démocratique ». « C’est chaud », constate un défenseur de l’accord, mais « il faudra faire de la pédagogie dans les fédés ». Pas sûr que cela suffise pour éteindre le feu.

Partager cet article

Dans la même thématique

Capture d’écran du documentaire « 39-45, les cheminots dans la résistance » de Emmanuel Roblin
3min

Politique

Les « docus de l’été » : Les cheminots français sous le nazisme, de résistants individuels à la paralysie du réseau

Instrument essentiel de la logistique en temps de guerre, les cheminots français ont très tôt mesuré l’utilité du réseau de chemins de fer pour l’ennemi. Dès 1942, et avant toute autre forme de résistance, ils ont agi pour faire dérailler la machine nazie. "39-45, les cheminots dans la résistance", un documentaire de Emmanuel Roblin à voir cet été sur Public Sénat.

Le

« Ce qui m’a surpris, c’est… » : le premier débat de la présidentielle vu par les chefs d’entreprise présents à l’université d’été du Medef
7min

Politique

« Ce qui m’a surpris, c’est… » : le premier débat de la présidentielle vu par les chefs d’entreprise présents à l’université d’été du Medef

Le premier débat de la présidentielle s’est joué ce 27 août à Paris face aux tribunes de Roland-Garros, entre sept candidats déclarés, sur des thématiques économiques chères à l’organisation patronale. Les dirigeants ou cadres que nous avons rencontrés ressortent mitigés de cet échange. Les deux anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron, Gabriel Attal et Édouard Philippe, ont sans surprise pris l’ascendant face à ce parterre.

Le

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : Premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
9min

Politique

Dette, retraites, fiscalité… que retenir du premier débat des candidats à l’élection présidentielle ?

Ce jeudi, sept candidats à la présidentielle ont tenu le premier débat de la campagne, aux journées d’été du Medef. Pendant plus de deux heures, Bruno Retailleau (les Républicains), Edouard Philippe (Horizons), Raphaël Glucksmann (Place publique), Jean-Luc Mélenchon (la France Insoumise), Marine Le Pen (Rassemblement national), Gabriel Attal (Renaissance) et Marine Tondelier (les Ecologistes) ont échangé sur le sujet de la dette publique, des retraites ou encore du coût du travail.

Le

Meeting of French centrist Renaissance party
8min

Politique

Présidentielle : Retailleau, Attal, Bertrand, Philippe… Les candidatures se multiplient à droite et au centre, mais l’hypothèse d’une primaire divise toujours autant  

Les appels à une candidature unique de la droite et du centre, pour éviter un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, se font de plus en plus pressants. Dernière initiative en date : une tribune signée par 200 élus en faveur d’une primaire ouverte. Mais du côté des partis, les équipes continuent à espérer un rassemblement sans avoir à passer par un tel processus.

Le