Brexit : un divorce compliqué
Les invités de l’émission « On va plus loin » débattent des difficultés des négociations de la sortie de l’Union Européenne du Royaume-Uni et de ses conséquences sur l’Europe.

Brexit : un divorce compliqué

Les invités de l’émission « On va plus loin » débattent des difficultés des négociations de la sortie de l’Union Européenne du Royaume-Uni et de ses conséquences sur l’Europe.
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Le 29 mars 2019 à minuit, heure anglaise, le Royaume-Uni sortira de l’Union européenne. Mais pas si simple en réalité car les négociations entre les Britanniques et l’Union européenne sont un véritable casse-tête. Michel Barnier, le négociateur en chef de l’Union européenne pour le Brexit, auditionné au Sénat jeudi 16 novembre, vient de boucler un sixième cycle de négociations et de nombreux points clés restent en suspens. Des progrès supplémentaires ont été demandés au Royaume-Uni par Donald Tusk, le président du Conseil européen, afin de passer à la deuxième phase des négociations, en décembre prochain.

Elvire Fabry, chercheure à l’Institut Jacques Delors, estime que Theresa May, la première ministre britannique, a en fait, elle-même peu de marges de manœuvre : « La situation politique du côté britannique reste compliquée. Theresa May n’a pas le soutien politique qui lui permettrait de s’engager plus clairement ».

Pour Hélène Conway-Mouret, sénatrice (PS) représentant les Français établis hors de France, toute cette instabilité vient du fait que rien n’avait été anticipé, côté britannique.

Gaëtan Dussausaye, directeur national du Front National Jeunesse et membre du bureau politique du FN, voit, au contraire, dans les difficultés de ces négociations la preuve de la trop grande main mise de l’Union européenne sur les pays européens : « Négocier ça prend du temps (…) parce que l’Union européenne s’est infiltrée sur tous les plans de pouvoir, toute la politique des différentes nations européennes (…) C’est de la soumission à une structure technocratique qui est l’Union européenne. Une structure administrative. Et donc évidemment quand il faut renégocier les accords bilatéraux sur le plan commercial, renégocier les politiques en matière migratoire… »

Un risque de « no deal »

Les Britanniques veulent discuter rapidement des négociations commerciales pour préparer l’après-Brexit alors que les Européens souhaitent d’abord régler la question de la facture du divorce et les conséquences du départ du Royaume-Uni. Ce dernier s’est engagé à honorer sa participation au budget de l’Union européenne jusqu’en 2020, pour ne pas plomber l’UE. Mais la facture du divorce va être salée et l’Union européenne ne veut pas que les contribuables européens soient obligés de la régler, in fine.  

Le « no deal » (absence d’accord avec les Britanniques) est même évoqué par les Européens, pour mettre la pression sur Londres. Mais que se passerait-il s’il n’y avait pas d’accord ?

« Le Royaume-Uni revient à 45 ans [en arrière]. C’est-à-dire [un] pays tiers. Ce ne sera pas un accord comme avec la Norvège ou la Suisse » explique Hélène Conway-Mouret.

 « Cela veut dire que c’est (…) un retour aux tarifs douaniers de l’OMC [Organisation mondial du Commerce NDLR] renchérit  Elvire Fabry. « Une deuxième chose, c’est le rétablissement des frontières (…) Donc cela veut dire énormément de frottements pour tout le commerce (…), pas simplement l’importation de produits finis et l’exportation de produits finis, c’est toutes les chaînes de valeur, les produits intermédiaires (…) Aujourd’hui, [les Britanniques] sont en train d’imaginer ce que cela représente de rétablir des frontières, des systèmes de contrôle, la capacité humaine et technique. Et c’est un scénario noir qu’il est très difficile de relever dans des délais aussi courts que d’ici mars 2019 » s’alarme la chercheure.  

Revenant sur les négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, Patrick Martin Genier, spécialiste des questions européennes et internationales rappelle : « La Grande-Bretagne s’était engagée à financer un certain nombre de projets, les fonds européens et également les pensions des fonctionnaires britanniques qui travaillent pour l’union européenne. Donc tout ça, ça coûte de l’argent (…) La différence porte sur le montant que devront régler les Britanniques. Et là, on est loin d’un accord ».

Et si certains estiment que le Brexit peut représenter une opportunité économique pour la France, à l’image de Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, il ne s’agit pas d’un bon calcul pour Patrick Martin Genier : « Il ne faut pas se réjouir car la décision du Royaume-Uni de partir aura également des conséquences négatives pour l’Europe (…) et je crois que c’est pour cela qu’il faut absolument un accord ».  

 

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