Campagne au ton feutré en Nouvelle-Calédonie, à deux mois du référendum
L'enjeu pour l'avenir du territoire est crucial. Mais à deux mois du référendum sur l'indépendance, la campagne se déroule sur un...

Campagne au ton feutré en Nouvelle-Calédonie, à deux mois du référendum

L'enjeu pour l'avenir du territoire est crucial. Mais à deux mois du référendum sur l'indépendance, la campagne se déroule sur un...
Public Sénat

Par Claudine WERY

Temps de lecture :

4 min

Publié le

L'enjeu pour l'avenir du territoire est crucial. Mais à deux mois du référendum sur l'indépendance, la campagne se déroule sur un ton feutré en Nouvelle-Calédonie, où les partis politiques veulent à tout prix éviter les dérapages.

"C'est une sorte de faux plat. On a l'impression que tout est immobile mais que les choses peuvent se déchaîner assez rapidement", confie le député Philippe Gomès, patron de Calédonie Ensemble (droite modérée).

"Tout ce que l'on fait, c'est pour que la paix continue. Il faut qu'on aille vers la consultation la plus apaisée possible", martèle-t-il, muni d'un fascicule sur la "charte des valeurs calédoniennes" et le "bilan partagé de l'accord de Nouméa", que son parti a signé avec les indépendantistes du FLNKS.

Après une quasi guerre civile dans les années 1980, qui fit quelques 70 morts, "caldoches" pro-français et indépendantistes kanak ont enterré la hache de guerre en signant les accords de Matignon (1988) puis celui de Nouméa (1998).

Un processus de décolonisation par étapes aboutira le 4 novembre à un référendum sur l'indépendance. Quelques 175.000 électeurs seront amenés à répondre à cette question: "Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante?". Selon les sondages, le non à l'indépendance est donné largement gagnant.

Le référendum étant susceptible de réveiller potentiellement les démons d'antan, les états-majors politiques semblent vouloir tenir leurs bases pour éviter toute surchauffe.

"Le NON à l'indépendance va l'emporter de manière large et forte. Mais cette arithmétique électorale n'est pas en elle-même une solution. Il faut offrir une solution politique nouvelle", explique M. Gomès, qui anime tous les soirs des réunions de campagne. "Il faut éviter le grand bond en arrière", assène-t-il.

Incarnant l'aile droite des loyalistes, Philippe Blaise, secrétaire des Républicains Calédoniens, milite "pour une victoire massive du Non" et son parti agite le spectre d'une Calédonie ruinée en cas d'indépendance.

Pour autant, il refuse de "diaboliser" les indépendantistes et promet "beaucoup d'humilité dans le camp du Non". "On ne veut écraser personne", assure-t-il, saluant la modération des indépendantistes, "qui sont très impliqués dans la vie des affaires publiques et ne sont plus des partis révolutionnaires".

Partisan d'une "Kanaky Nouvelle-Calédonie souveraine" sans rupture totale avec la France, le FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak Socialiste) s'emploie dans ses réunions publiques à "rassurer".

-A la pêche-

"Il ne faudrait pas croire que demain Kanaky Nouvelle-Calédonie, c'est l'anarchie. Tout le monde, quelle que soit son origine, sera respecté et protégé", a déclaré la semaine dernière Emile Néchéro, élu indépendantiste, lors d'un meeting en banlieue de Nouméa.

Bien que l'ambiance ne soit pas survoltée et les salles loin d'être combles, les dirigeants kanak n'affichent pas d'inquiétude.

"La campagne part lentement et c'est tant mieux. On y va petit à petit. La plupart des indépendantistes sont apaisés dans leur tête car nous sommes des héritiers des accords de Matignon et de Nouméa", a déclaré dimanche à la chaîne NC la 1ère Gilbert Tyuienon, vice-président de l'Union Calédonienne (FLNKS).

A la gauche du FLNKS, le parti Travailliste, opposé au corps électoral référendaire jugé trop ouvert aux non Kanak, prône "une non participation massive", mais sans mot d'ordre va-t-en guerre. "Nos militants joueront aux boules ou iront la pêche", selon son leader, Louis Kotra Uregei.

Outre les "trente ans d'accord", qui ont émoussé les antagonismes, cette pondération des discours s'explique aussi par la crainte qu'un incident vienne mettre le feu aux poudres, dans un archipel où une partie de la jeunesse kanak, marginalisée, se réfugie dans l'alcool et la délinquance.

"Attention à l'étincelle qui embrasera le territoire! Il existe une jeunesse incontrôlable, qui en veut aux responsables politiques. C'est une bombe à retardement", confie, inquiet, un vieux militant indépendantiste.

En fin de semaine, la venue de Laurent Wauquiez, président des Républicains et d'Eric Ciotti, seules personnalités politiques nationales pour le moment annoncées, pourraient pimenter le débat.

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le