Emploi : « Pas de grandes annonces » pour les syndicats reçus à l’Élysée
Syndicats et patronat ont été reçus par l’exécutif pour trouver des solutions pour préserver l’emploi, durement touché par la récession liée à la crise du covid-19. Une réunion « sans grandes annonces » pour la majorité des participants.

Emploi : « Pas de grandes annonces » pour les syndicats reçus à l’Élysée

Syndicats et patronat ont été reçus par l’exécutif pour trouver des solutions pour préserver l’emploi, durement touché par la récession liée à la crise du covid-19. Une réunion « sans grandes annonces » pour la majorité des participants.
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Par Jonathan Dupriez

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C’est dans la vaste salle des fêtes de l’Élysée que les partenaires sociaux ont été conviés. Respect des gestes barrières oblige. A bonne distance les uns des autres, syndicats et patronat ont fait face, pendant près de 4h, au Président de la République, à Édouard Philippe, Bruno Le Maire, ou encore Muriel Pénicaud. Au menu des discussions, « sauver l’emploi » et « bâtir une nouvelle donne » selon les mots de la ministre du Travail, à l’heure où la situation macroéconomique du pays apparaît catastrophique et l’horizon bouché pour des millions de Français. En attestent les récents chiffres annoncés par le Ministre de l’Action et des comptes publics, Gérald Darmanin. Le déficit public français devrait se creuser à 11,4% du PIB cette année, contre 3% en 2019. Les indicateurs sont au rouge. Mais « pas de grandes annonces » selon Cyril Chabanier, président de la CFTC, 5ème syndicat français. Même sentiment pour FO, ou la CFE-CGC.

Sur l’apprentissage « on n’a pas eu à discuter beaucoup »

La seule annonce notable, et plutôt consensuelle prise à l’issue de la réunion concerne les jeunes. Plus précisément l’apprentissage. Désormais, les entreprises qui recruteront un apprenti du 1er juillet au 28 février bénéficieront d'une aide élargie à l'embauche de 8.000 euros pour les majeurs et 5.000 euros pour les mineurs. « On n’a pas eu à discuter beaucoup sur ce point » reconnaît Yves Veyrier, secrétaire général de Force ouvrière. 


« Roux de Bézieux il est culotté »
 

De son côté, le MEDEF plaidait pour une prime de 10 000 euros par alternant, sans grandes contreparties demandées aux entreprises. François Hommeril, président de la CFE-CGC s’agace : « Roux de Bézieux il est culotté : il demande 10 000 euros pour les apprentis. Et il dit surtout "ne faites pas une usine à gaz pour conditionner tout ça, oui il y aura des effets d’aubaine, mais après tout ce n’est pas grave, c’est le prix à payer". Il se fout de qui en disant ça ? »

Yves Veyrier pointe lui aussi, un autre bémol : « Les employeurs, ils obtiennent immédiatement des aides publiques, c’est tant mieux pour les jeunes, je ne vais pas dire le contraire, mais pour revaloriser les salaires des éboueurs, des caissières et des femmes de ménage, moi je n’ai pas eu de réponse. Donc on voit bien que les réponses sont à géométrie variable.»

« Pas de réponse satisfaisante » sur l’abandon de la réforme de l’assurance chômage

Autre sujet brûlant sur la table : l’abandon de la réforme de l’assurance-chômage. Depuis le début de la crise, les syndicats, CFDT, CGT, FO, CFE-CGC ou même CFTC réclament son abandon pur et simple. Son deuxième volet, qui durcit le calcul de l'allocation pour les travailleurs alternant contrats courts et périodes de chômage, a déjà été reporté au 1er septembre. « On n’a pas eu de réponses précisément si ce n’est celle d’un report à plus longue échéance sur un certain nombre de dispositions qui ont été suspendues » peste Yves Veyrier. « Mais ça ne résout pas suffisamment le problème. Moi je n’ai pas de réponse qui me satisfait à ce stade-là » poursuit-il. Le Président « n’a rien dit sur le sujet » abonde le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez cité par l’AFP. « C'est simple de dire: on annule, on verra plus tard » a-t-il ajouté. De son côté, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a déclaré que des discussions sur l'assurance-chômage allaient s'ouvrir « dans les semaines qui viennent.»

« Faire perdurer le chômage partiel » 

Dans ce contexte de grande incertitude, les partenaires sociaux ont également réaffirmé la nécessité d’étendre le dispositif du chômage partiel. Pour Cyril Chabanier : « Il va falloir faire perdurer le système actuel pour les secteurs pour lesquels il n’y a pas de reprise et enclencher un autre système sur le chômage longue durée pour permettre de pouvoir alterner reprise de l’activité, et chômage avec des compensations qui ne seront pas totales de la part de l’État »

Le dernier projet de loi du gouvernement dit « fourre-tout » prévoit ce possible allongement dans le temps du chômage partiel sous certaines conditions. Depuis le 1er juin, seuls les secteurs soumis à des interdictions administratives de reprise totale comme l’hôtellerie, la restauration ou encore les lieux culturels ou le milieu du sport peuvent prétendre à rester à une prise en charge à 100% du chômage partiel par l'État.

« Pas un centime aux entreprises » sans contrepartie

« Il faut que ce soit conditionné » martèle de son côté François Hommeril, soucieux que l’on ne donne pas « un centime d’argent public » sans conditions aux entreprises. La CFE-CGC milite pour l'instauration de « conditions sur la formation, sur la montée en compétences ou encore sur les investissements. » Car pour François Hommeril  « il y a eu une fraude massive au chômage partiel pendant la période de confinement » avec des salariés bénéficiaires du dispositif « en télétravail, voire même sur site. » Même circonspection du côté de Force ouvrière. Yves Veyrier a de son côté rappelé « la nécessité d’évaluer les aides publiques en tout genre, les conditionner, les contrôler » pour « éviter qu’à l’arrivée cela ne se transforme en suppressions d’emploi. »

Plus de huit millions de Français sont actuellement bénéficiaires de ce dispositif du chômage partiel.

Vers un « pacte » entre syndicats et patronat ? 

Si rien n’a été véritablement acté lors de cette réunion de travail, le Président de la République a exhorté syndicats et patronat à plancher ensemble sur des propositions dans l’optique de futures annonces dans les prochaines semaines. « Il veut solliciter les partenaires sociaux pour une sorte de « pacte de confiance » afin d'agir dans la crise, pour l’emploi » croit savoir François Hommeril.

Même interprétation du côté de la CFTC : « L’idée est de voir si on est prêts à travailler, à faire une espèce de pacte et avancer ensemble sur ces sujets pour sortir des pistes dès la mi-juin » abonde Cyril Chabanier. Sur twitter, le leader du MEDEF Geoffroy Roux de Bézieux a affirmé « être prêt à travailler avec les partenaires sociaux sur tous ces sujets » pour « préserver l’emploi ». Yves Veyrier prédit déjà des discussions tendues.

Si l’épidémie semble ralentir, le front économique et social du pays se tend. Et les chiffres du chômage sont alarmants. En avril, Pôle emploi a décompté 4,6 millions de demandeurs d'emploi de catégorie A inscrits sur ses listes, un triste record.

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