Législatives : le rapprochement programmatique se précise entre le PS et LFI
Le PS fait ses propositions au parti de Jean-Luc Mélenchon dans un texte de 4 pages, qui pourrait être une base pour acter les convergences. Le texte s’appuie sur les « marqueurs » mis sur la table par LFI, que le PS complète avec ses propositions. La retraite à 60 ans et la VIe République y figurent. Le texte ne parle pas de « désobéissance » aux traités européens, défendue par LFI, mais de la possibilité de ne « pas respecter certaines règles ».

Législatives : le rapprochement programmatique se précise entre le PS et LFI

Le PS fait ses propositions au parti de Jean-Luc Mélenchon dans un texte de 4 pages, qui pourrait être une base pour acter les convergences. Le texte s’appuie sur les « marqueurs » mis sur la table par LFI, que le PS complète avec ses propositions. La retraite à 60 ans et la VIe République y figurent. Le texte ne parle pas de « désobéissance » aux traités européens, défendue par LFI, mais de la possibilité de ne « pas respecter certaines règles ».
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

C’est un pas de plus vers un vers accord entre La France Insoumise et le Parti socialiste pour les législatives. Dans un document de quatre pages (voir ci-dessous), le PS liste les points de convergences avec les Insoumis. « Un premier socle de propositions », qu’attendait LFI après une rencontre positive, mercredi.

« Il n’y a pas d’accord », « on poursuit la discussion »

Contrairement à ce qui a pu être dit par la presse dans un premier temps, « il n’y a pas d’accord. Il y a eu une interprétation trop rapide », précise à publicsenat.fr Laurent Baumel, responsable des relations extérieures du parti et membre des négociateurs (à gauche, sur la photo). « C’est un texte d’intention où on fait figurer notre vision de ce que pourrait être le contenu d’un accord. C’est une démarche du PS, ce n’est pas un texte cosigné. Il ne faut pas aller plus vite que la musique », ajoute le député d’Indre-et-Loire, « on poursuit la discussion ».

« Notre devoir est aussi d’entendre le message que nous ont adressé les électrices et électeurs de la gauche et de l’écologie lors du premier tour de l’élection présidentielle », écrit la direction du PS dans ce texte, « il nous appartient désormais de faire naître une nouvelle espérance en construisant, à l’occasion des élections législatives, un large rassemblement de la gauche et de l’écologie, populaire et citoyen, autour d’un pacte pour la justice sociale et écologique », qui s’appuie sur « un programme partagé ».

Les principaux points du texte

« L’union Populaire a mis douze marqueurs en discussion », explique le communiqué. Le PS y répond en apportant aussi les propositions qu’il souhaite « inclure ». Parmi les nombreux points mis sur la table, on trouve « le SMIC à 1.400 euros », « le blocage des prix des produits de première nécessité et la création d’une garantie d’autonomie pour la jeunesse », l’idée d’« instaurer la retraite à 60 ans », volonté de LFI, mais « avec une première étape comprenant la prise en compte des carrières longues et des métiers pénibles », l’abrogation de la loi El Khomri votée sous Hollande et des ordonnances Macron, « encourager la vaccination », « renformer les moyens humains à l’hôpital public » et augmenter le nombre de lits, le renforcement des services publics « à travers le refus des privatisations et de l’ouverture à la concurrence ».

Figure également une « politique de justice écologique qui fait de l’écologie un levier de justice sociale », « l’agroécologie » comme « modèle de référence », le « basculement vers une VIème République » et le référendum d’initiative citoyenne, l’abrogation des lois sur le séparatisme et sécurité globale, 150.000 logements sociaux par an, le renforcement de la lutte pour l’égalité femmes-hommes, la fin de vie, la suppression de la réforme du bac et de parcours sup, un plan pour l’enseignement supérieur et la recherche, ou encore la défense de « la République laïque et universaliste, par la défense de la liberté de conscience et d’expression ». Bref, tout un programme. Et promis, il ne s’agit pas, pour l’essentiel, de s’aligner sur LFI. « Les points dans ce texte étaient déjà dans le projet socialiste en réalité, après ils n’étaient pas visibles », soutient Laurent Baumel.

La question sensible de l’Europe

Reste la question sensible de l’Europe. Les socialistes rappellent qu’ils « sont profondément attachés à la construction européenne ». Alors que LFI parle de « désobéissance » aux traités, le PS ne reprend pas le terme. Mais « la mise en œuvre du programme que nous construisons conduira nécessairement à des tensions, à constater des contradictions, et à ne pas respecter certaines règles. Nous ne serons ni les premiers ni les derniers à le faire, en France comme en Europe », soutient le communiqué.

« Nous refuserons de mettre en danger la construction européenne ou de laisser s’installer une fracture entre la France et l’UE. Mais nous avons désormais besoin d’une rupture dans le cours libéral de la construction européenne », précise encore le PS. « Nous nous opposerons par exemple au retour du pacte de stabilité, considérons que l’objectif de souveraineté de la France et de l’Union Européenne dans de nombreux domaines rend nécessaire de déroger aux règles actuelles de concurrence et que la conférence sur l’avenir de l’UE doit conduire à une révision des traités ».

« On va discuter de tout maintenant, du fond, de la stratégie, des circonscriptions »

Les deux parties se revoient aujourd’hui. « On va engager la conversation sur les points qui restent difficiles, l’Europe ce n’est pas un sujet à évacuer. Tout ça reste à discuter », explique Laurent Baumel, qui précise que « nous, on n’est pas d’accord pour utiliser le terme de désobéissance, qui ne paraît pas rendre compte du bon rapport à la construction européenne. Le concept de désobéissance peut générer des malentendus ». Reste que le texte dit que la France doit pouvoir ne « pas respecter certaines règles ». « Peut-être que la formulation est un peu nouvelle, mais en tout état de cause, la France, déjà, ne respecte pas toutes les règles, comme sur le Pacte de stabilité », rétorque le responsable des relations extérieures.

Lire aussi » « Le ralliement à la bannière de l’Union populaire avec Mélenchon premier ministre, pour moi c’est non », prévient Patrick Kanner

L’accord n’est donc pas encore conclu et il reste de nombreux points à voir, à commencer par l’épineuse question des candidatures, qui sera abordée ce vendredi. « On va discuter de tout maintenant, du fond, de la stratégie, des circonscriptions, tout ça va être abordé peu à peu », explique Laurent Baumel.

La règle de calcul qu’a fixé Jean-Luc Mélenchon, à savoir une répartition selon le score de chacun à la présidentielle, ne laisserait que très peu de place au PS. Une trentaine de candidats sur 577 circonscriptions, alors qu’il faut faire 1 % des voix dans au moins 50 circonscriptions pour permettre un financement de l’Etat. Pour le PS, ce ne serait pas acceptable. « Ça ne peut pas être la base d’un accord possible. Si on veut un accord, ça ne peut pas être ça », prévient un dirigeant socialiste, qui serait néanmoins « étonné que ce soit la proposition ». Il faudra aussi voir la teneur et le périmètre des discussions : faut-il un accord global sur 577 circonscriptions ? Ou des candidatures communes dans le cadre d’un accord partiel ? Il reste peu de temps pour trouver la voie d’un accord. S’il peut être scellé, ce sera « dans les jours qui viennent ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Illustration of the headquarters of the French media group Canal +
9min

Politique

Tribune anti-Bolloré et réaction de Canal + : le cinéma français au bord de la fracture

Après la tribune anti-Bolloré signée par près de 600 professionnels du cinéma, la riposte du patron de Canal+, Maxime Saada, a déclenché une onde de choc politique et culturelle. Entre accusations de « maccarthysme », dénonciation d’une « caste gauchiste » et inquiétudes sur l’emprise idéologique du groupe Vivendi, la polémique révèle une fracture profonde, celle d’un cinéma français pris entre dépendance économique et bataille culturelle.

Le

People vote in Bordeaux for the legislatives elections
6min

Politique

Municipales 2026 : un électeur sur six a utilisé l’IA pour l’aider dans son choix de vote, révèle une étude

Les élections municipales ont vu, pour la première fois en France, un nombre significatif d’électeurs, environ un sur six, faire appel à l’IA conversationnelle pour déterminer leur choix de vote, d’après une étude Toluna Harris Interactive. Une pratique encore très minoritaire, mais qui interroge sur l’influence politique réelle de l’IA à un an de l’élection présidentielle.

Le

New Caledonia’s vote on independence from France
4min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : le texte visant à élargir le corps électoral adopté en commission au Sénat

A l’approche des élections provinciales en Nouvelle-Calédonie qui se tiendront le 28 juin, la commission des lois du Sénat a adopté la proposition de loi organique visant à élargir le corps électoral aux natifs de l’Archipel. L’exécutif, qui compte aller plus loin en y intégrant également les conjoints des natifs, déposera son amendement en séance publique, cet après-midi.

Le

Législatives : le rapprochement programmatique se précise entre le PS et LFI
3min

Politique

Candidature de Gabriel Attal pour 2027 : « On s’y prépare, il s’y prépare depuis des années », explique Franck Riester

Invité de la matinale de Public Sénat, Franck Riester détaille les raisons de son soutien à Gabriel Attal et considère qu’il est le mieux placé pour être le candidat du bloc central pour l’élection présidentielle de 2027. L’ancien ministre de la Culture estime par ailleurs qu’une candidature commune pour le bloc central pour 2027 pourrait être actée “en début d’année prochaine”.

Le