Macron boucle son grand débat en Corse sur un regain de tension avec les nationalistes
Emmanuel Macron a bouclé sous les applaudissements son grand débat avec des maires corses jeudi, mais déclenché la colère des nationalistes en...

Macron boucle son grand débat en Corse sur un regain de tension avec les nationalistes

Emmanuel Macron a bouclé sous les applaudissements son grand débat avec des maires corses jeudi, mais déclenché la colère des nationalistes en...
Public Sénat

Par Maureen COFFLARD, Laurence BENHAMOU

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Emmanuel Macron a bouclé sous les applaudissements son grand débat avec des maires corses jeudi, mais déclenché la colère des nationalistes en leur reprochant de ne pas exprimer de "regrets" au sujet de l'assassinat du préfet Erignac en 1998.

Le débat, organisé avec les 160 maires ayant répondu présent sur les 360 de l'île, s'annonçait comme le plus délicat de son périple lancé à la mi-janvier pour répondre à la crise des "gilets jaunes".

Si le chef de l'Etat a séduit son auditoire, restreint, dans le village montagnard de Cozzano, à une heure de route d'Ajaccio, il a provoqué la fureur à distance des dirigeants nationalistes au pouvoir qui avaient boycotté la réunion.

Après un premier tacle, sur les Corses qui "méritent mieux que des guerres de tranchées", Emmanuel Macron s'est ensuite voulu conciliant en déclarant que "la fierté des Corses (l)e rend fier aussi", reconnaissant qu'"à chaque fois qu'on a voulu nier sa singularité", la violence a repris.

Mais à une question du maire LREM de Bonifacio Jean-Charles Orsucci lui demandant de "trouver les mots de paix", il est repassé à l'offensive, retrouvant les critiques de sa visite de l'an dernier.

"Ceux qui veulent aujourd'hui défendre l'identité corse doivent faire ce travail mémoriel" et exprimer des "regrets" sur l'assassinat du préfet Claude Erignac" le 6 février 1998, a-t-il lancé.

"Rien ne pourra avancer si on ne condamne pas aussi les crimes qui ont été commis (...) Tant que certains n'auront pas le courage de dire: +C'est une plaie, notre cicatrice et la souffrance de la famille Erignac est aussi la nôtre+, ils feront bégayer l'Histoire", a-t-il ajouté.

Les maires sur place ont applaudi. Mais à distance, cette sortie a ulcéré le président autonomiste du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni et le président indépendantiste de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni.

"Je crains que ce soit cet argument, jusqu'à présent jamais formulé, qui soit le véritable argument qui empêche de renouer le dialogue et si c'est le cas, c'est à la fois politiquement indéfendable et profondément injuste parce que ça consiste à faire peser une responsabilité collective sur les nationalistes voire sur les Corses qui se transmettrait de décennie en décennie voire de génération en génération", a déploré M. Simeoni auprès de l'AFP, estimant que le travail mémoriel sur "le dramatique assassinat" du préfet Erignac avait "été fait".

- "Expier perpétuellement" -

Même tonalité pour Jean-Guy Talamoni, aux yeux duquel M. Macron "s'est laissé emporter par les mots, sinon ça serait extrêmement grave. Ca voudrait dire que les Corses doivent expier perpétuellement la mort du préfet Erignac, qu'ils en seraient collectivement responsables et que par conséquent il ne peut pas y avoir de dialogue entre la Corse et Paris", a-t-il dit à l'AFP.

Le chef de l'Etat était arrivé sur l'île jeudi matin dans un climat déjà tendu avec les nationalistes.

Le président Macron visite une usine de saucisses le 4 avril 2019, à Cozzano en Corse
Le président Macron visite une usine de saucisses le 4 avril 2019, à Cozzano en Corse
POOL/AFP

Un mouvement de mécontentement "île morte" avait été lancé à l'appel de mouvements nationalistes et soutenu par des syndicats. Quelque 200 personnes ont manifesté à Ajaccio avant d'être dispersées par une forte pluie. Aucune arrestation n'a été signalée sur l'île, selon la justice.

Frustrés de ne pas obtenir d'avancées sur leur demande d'une autonomie plus large, Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni avaient refusé de venir à Cozzano.

A la place, ils avaient "invité" mercredi Emmanuel Macron à venir les rencontrer à l'Assemblée de Corse. "Je ne réponds pas en tant que président de la République à la convocation devant une assemblée territoriale ou alors c'est une perte de repères profonde, une inversion ds valeurs", a répondu agacé le chef de l’État.

La droite a salué cette fermeté alors que la France Insoumise dénonçait une attitude "provocante" du président.

Une vague d'explosions a secoué l'île depuis trois semaines, la plus importante depuis 2012, qui rappelle le mode opératoire de groupes clandestins nationalistes.

Des militants avaient placardé des drapeaux corses tout au long du trajet vers Cozzano.

Après ces 80 jours de grands débats du président, l'opinion publique s'impatiente, réclamant des réponses concrètes. La veille, devant 900 maires bretons, Emmanuel Macron a promis de répondre sans "reniement" ni "entêtement" aux souhaits des Français, un "en même temps" qui maintient le flou.

Avec cet ultime marathon, M. Macron totalise 92 heures de discussions avec des élus ou citoyens de toutes les régions.

Le chef de l'Etat, de nouveau en baisse dans les sondages, devrait annoncer de premières mesures mi-avril.

Partager cet article

Dans la même thématique

Macron boucle son grand débat en Corse sur un regain de tension avec les nationalistes
4min

Politique

Nos villes en 2050 : « Nous y vivons déjà, à 90 % le travail consiste à adapter l’existant » affirme cet urbaniste

Après un été caniculaire en France, la question de l’adaptation de la ville au réchauffement climatique se pose avec urgence particulière. Comment rendre la ville plus respirable et plus vivable ? Comment adapter le bâti ? Faut-il tout détruire pour reconstruire ? Comment végétaliser nos rues et nos bâtiments afin de faire baisser les températures ? Marie Drucker et ses invités imaginent la ville du futur dans Agenda 2050, l’émission qui se projette dans le monde de demain.

Le

image (5)
2min

Politique

Agenda 2050 : Les villes du futur, enfer ou paradis, d’où viennent nos chiffres ?

Vous avez regardé l’émission « Agenda 2050 : Villes du futur : enfer ou paradis ?», présentée par Marie Drucker ? Retrouvez l’ensemble des sources sur lesquelles nous nous sommes appuyés pour réaliser cette émission consacrée au visage de la ville d'aujourd'hui et aux adaptations de l'espace à l'horizon 2050.

Le

Macron boucle son grand débat en Corse sur un regain de tension avec les nationalistes
3min

Politique

« La température est montée jusqu’à 50 degrés sur la façade de l’immeuble » rappelle cette jeune mère de famille de Pantin.

Confiné pour cause de canicule dans un appartement du centre de Pantin en Seine-Saint-Denis, épuisé par les vagues de chaleur à répétition, soucieux de l’état de santé d’un jeune bébé, Marion raconte, dans ce nouvel épisode de Dialogue Citoyen, comment elle et sa famille ont décidé de quitter la région parisienne quelques jours pour s’extraire de la fournaise dans laquelle ils vivaient depuis des semaines.

Le

Macron boucle son grand débat en Corse sur un regain de tension avec les nationalistes
3min

Politique

L’impatience des sinistrés des incendies de l’été « Il faut accélérer les procédures » de reconstruction

L’été caniculaire a été, à bien des égards, particulièrement violent. Cinquante-trois jours de vagues de chaleur ont entraîné sécheresses, incendies et températures insupportables. Florence Van Overmeire a perdu sa maison lors des terribles incendies qui ont frappé la Gironde. Sur le plateau de Dialogue citoyen, face aux sénateurs, cette habitante de la commune du Porge a accepté de revenir sur cette épreuve et appelle à l’accélération des procédures de reconstruction.

Le