En amont de la réunion interministérielle de crise qui s’est tenue ce lundi 27 juillet à 10 heures, le ministre de l’Economie, Roland Lescure, n’a pas manqué de rappeler que plus de 13 500 entreprises avaient dû cesser leur activité à cause des incendies qui touchent le département de la Gironde depuis plusieurs jours.
Si la réponse et les compensations mises en place par l’Etat doivent encore être précisées dans les jours à venir, Roland Lescure a également fait savoir que les frais des personnes évacuées et relogées seraient pris en charge par les compagnies d’assurances. « L’ensemble des assureurs français se sont engagés à ce que toutes celles et ceux qui sont déplacés puissent voir leurs frais de relogement remboursés suivant les termes du contrat, que leur résidence soit endommagée ou non », a annoncé le ministre de l’Economie Roland Lescure, à l’issue d’une réunion d’urgence avec les acteurs économiques locaux. Par ailleurs, les compagnies étendent le délai classique pour faire valoir une demande de prise en charge. Normalement fixé à cinq jours, le délai est prolongé jusqu’au 31 août.
Le secteur du tourisme menacé
Malgré cette mesure rassurante pour les particuliers, une prolongation de la durée du feu pourrait mettre en péril l’économie du département. « Concrètement, il y a près de 14 000 entreprises qui sont directement impactées, mais, en tout, ce sont 40 000 entreprises qui sont neutralisées et donc les salariés ne peuvent se rendre sur leur site de travail », alerte la sénatrice de Gironde et ancienne ministre déléguée chargée du tourisme, Nathalie Delattre (RDSE). Alors que l’incendie se concentre entre les pourtours du bassin d’Arcachon et la commune de Lacanau, l’activité touristique est particulièrement menacée.
« Le tourisme, c’est 7 % du PIB de la Gironde et ça représente 40 000 emplois », s’inquiète l’ancienne ministre. « L’une des difficultés, c’est qu’il y a beaucoup de travail saisonnier et les événements font craindre une interruption de l’activité jusqu’à la fin de la saison », abonde Florence Lassarade, sénatrice LR de Gironde. Alors qu’Emmanuel Macron se déplace en Gironde ce lundi 27, le suivi de la situation par l’Etat sera particulièrement scruté. « L’administration avait été très présente en 2022 pour faciliter la reprise d’activité des campings, des hôtels ou des restaurants », rappelle Nathalie Delattre.
Néanmoins, les deux sénatrices veulent rappeler que l’ensemble du département n’est pas touché. « Le tourisme viticole n’est pas impacté en dehors du Médoc, il ne faut pas contourner la Gironde comme a pu le dire la préfète », insiste Florence Lassarade. Dans la nuit de dimanche à lundi, la préfète de la Gironde, Sophie Brocas, a suspendu les activités des colonies de vacances et camps scouts dans le département, ainsi que les séjours adaptés aux personnes handicapées. « J’incite les touristes à ne pas venir, ne pas rejoindre la Gironde », avait-elle déclaré dimanche, invitant par ailleurs « les touristes présents à envisager une autre destination ». « Je m’inscris en faux, il faut évidemment éviter les zones touchées par les flammes, mais on ne peut pas dire qu’il faut éviter tout le département », commente Nathalie Delattre.
Un feu dangereux pour la filière agricole
Alors que le feu est « stabilisé mais pas fixé », les conditions météorologiques d’une nouvelle canicule pourraient compromettre les chances d’endiguer rapidement la progression des flammes. En plus d’un impact catastrophique pour la biodiversité, les retombées de cendres et de fumées pourraient menacer l’activité agricole.
« Au niveau de la filière agricole, en limite du bassin, il y a la zone du sable des Landes où vous avez énormément d’exploitations agricoles notamment légumières qui travaillent pour des grands groupes comme Bonduelle et la pollution atmosphérique qui va retomber sur les légumes peut rendre des denrées impropres à la consommation. Au-delà du feu, on a un problème de gestion des fumées et de qualité de l’air qui concerne tout le département », constate Hervé Gillé, sénateur socialiste de la Gironde. Un phénomène qui touche tout particulièrement les productions viticoles.
Par ailleurs, l’ampleur du feu remet sérieusement en question la pérennité de certaines activités comme la sylviculture. En effet, la Gironde est l’un des principaux producteurs nationaux de pins maritime. « Beaucoup de communes ont perdu leurs forêts qui représentaient une source de revenus, il va falloir désormais se poser la question de savoir comment est-ce que l’on reconstruit », avance Nathalie Delattre.