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Intelligence artificielle : un rapport américain alerte sur le risque d’une génération qui « désapprend » à apprendre

Et si le principal danger de ChatGPT à l’université n’était pas la triche ? Dans un rapport publié cet été, le prestigieux Massachusetts Institute of Technology s'inquiète des bouleversements provoqués par l'intelligence artificielle dans l'enseignement supérieur. Ses auteurs redoutent que les étudiants prennent l'habitude de déléguer à la machine l'effort intellectuel indispensable à l'apprentissage.
Steve Jourdin

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4 min

Publié le

Le temple de l’IA met en garde

La machine est-elle en train d’échapper à ses créateurs ? Ces derniers sont en tout cas très inquiets. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT), l’une des universités les plus en pointe en matière d’informatique et d’intelligence artificielle, met désormais en garde contre les conséquences de cette dernière sur ses propres étudiants.

Dans un rapport consacré à l’utilisation de l’IA, un comité composé d’étudiants, d’enseignants et de personnels du MIT appelle l’université à revoir profondément ses méthodes d’enseignement. « Ce rapport est un appel à l’action », préviennent ses auteurs.

 

L’IA peut désormais faire presque tous les devoirs d’un étudiant du MIT

 

Le constat est vertigineux. Les intelligences artificielles génératives sont aujourd’hui capables de fournir des réponses crédibles à « presque n’importe quel devoir écrit » proposé aux étudiants de premier cycle du MIT : dissertations, problèmes mathématiques et scientifiques, démonstrations ou exercices de programmation.

« L’IA change ce que les étudiants doivent savoir et les compétences qu’ils doivent acquérir », peut-on lire dans le rapport. Comment savoir si un étudiant maîtrise réellement une notion, lorsque ChatGPT peut effectuer le devoir à sa place ? Mais la triche n’est pas vraiment ce qui inquiète le plus le MIT.

Selon les auteurs, c’est tout le processus d’apprentissage qui est menacé. En effet, apprendre nécessite de chercher, d’hésiter, d’échouer, et de recommencer. Or, l’IA court-circuite ce cheminement intellectuel. Il permet à l’étudiant d’obtenir immédiatement la bonne réponse, sans effort, ce qui lui donne l’impression de comprendre quelque chose qu’il n’a en réalité jamais appris.

 

Le risque d’une « capitulation cognitive »

 

Le rapport évoque ainsi le risque d’une « capitulation cognitive » : l’étudiant prend l’habitude de solliciter l’intelligence artificielle dès que surgit une difficulté. Les premiers travaux scientifiques cités par le MIT suggèrent que cette dépendance à l’IA pourrait notamment affecter la pensée critique, la mémoire, la confiance en soi et la maîtrise réelle des connaissances.

L’IA ne menacerait pas seulement notre capacité à réfléchir seuls. Elle pourrait également, selon le MIT, nous dispenser de réfléchir avec les autres. Le rapport relève ainsi une baisse de la fréquentation des permanences organisées par les enseignants et des échanges sur les forums pédagogiques. Plusieurs témoignages évoquent également un recul des groupes de travail informels entre étudiants.

 

Des examens oraux et davantage de travail collectif

Comment lutter contre ces tendances ? Le MIT récuse les solutions simplistes : pas question d’interdire ChatGPT aux étudiants. Au contraire : l’université considère que ses étudiants doivent apprendre à maîtriser ces outils, puisqu’ils feront partie de leur vie professionnelle. Plus des deux tiers des étudiants interrogés considèrent ainsi que l’intelligence artificielle jouera un rôle important dans leur carrière. Mais seulement 25 % estiment aujourd’hui que leur université les prépare suffisamment à l’utiliser.

Le rapport propose de transformer l’enseignement plutôt que de tenter désespérément de protéger l’ancien modèle. Parmi les pistes avancées : davantage d’examens oraux, de portfolios, de projets collectifs, d’apprentissage expérimental et d’évaluations réalisées en présence des enseignants. Le MIT envisage même de créer davantage d’espaces où les étudiants pourraient travailler sans intelligence artificielle. Une idée qui pourrait à terme inspirer d’autres sphères de la société ?

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