Après plusieurs semaines de mobilisation, les lycéens continuent de dénoncer des emplois du temps trop chargés, un manque de moyens, des professeurs absents et demanden l’abrogation de la plateforme Parcoursup. Le gouvernement a annoncé lundi plusieurs mesures pour tenter d’y répondre : une réforme de Parcoursup d’ici 2028, 15 000 places supplémentaires dans l’enseignement supérieur, 500 personnels supplémentaires dès le budget 2027… Toutefois, ces annonces ne semblent répondre qu’à « une partie des revendications » et les organisations étudiantes et lycéennes appellent à continuer la mobilisation tant qu’il n’y a pas de résultats « très concrets sur le terrain », selon Nathanaël Combary de Renouveau lycéen.
Jean-Michel Blanquer a été auditionné par la Commission de la culture, de l’éducation, de la communication et du sport du Sénat ce mercredi, pour répondre à cette crise des lycéens. En tant qu’ancien ministre de l’Éducation entre 2017 et 2022, il est en effet à l’initiative, avec d’autres, de la réforme du lycée et de Parcoursup de 2018 ainsi que de la réforme du baccalauréat de 2021.
« C’est une réforme pour la liberté et la responsabilité des lycéens »
Durant son long propos liminaire, l’ancien ministre de l’Éducation n’a cessé de défendre sa réforme du baccalauréat : « C’est une réforme pour la liberté et la responsabilité des lycéens ». Jean-Michel Blanquer a commencé par une réflexion plus large sur la démocratie. Pour lui, « la démocratie commence à s’enrayer quand elle doit commencer à régler chaque problème de chaque citoyen ». Il pointe ici que si la réforme du lycée et du baccalauréat est critiquée par certains, elle reste une avancée par rapport à l’ancien bac. Il a alors poursuivi sur les problèmes et le « stress » que soulevait l’ancien bac qui proposait trois filières (S, ES, L) : « Le lycée était caractérisé par des couloirs prédéterminés où tout le monde disait que c’était un problème. (…) Les élèves se plaignaient d’avoir des épreuves sur trois jours d’affilés. Et effectivement, on voyait qu’il y avait un taux d’échec important lors de la première année d’enseignement supérieur ».
« Pour répondre à cet échec, il y a eu quatre réformes : la réforme du lycée, la réforme du bac, la réforme de l’affectation, Parcoursup, et la réforme ORE qui n’est pas de mon fait », souligne-t-il. « Ces quatre reformes ont permis l’amélioration de ce chiffre ». Selon ses calculs, « plus de 500 000 élèves ont échappé à l’échec de la première année d’enseignement supérieur » grâce à ces réformes. « Personne ne parle de ça dans le débat public », lance l’ancien ministre.
Il aurait toutefois voulu réformer le collège pour qu’il y a une « continuité logique » avec ces réformes.
Sur les emplois du temps : « Dans la semaine, il peut y avoir des jours où l’on a cours de 8h à 18h, et c’est normal »
Parmi les revendications lycéennes, la question des emplois du temps trop chargés est une contestation importante. Ils dénoncent notamment des heures de trou de 3 voire 4h en milieu de journée et des cours qui finissent à 18 ou 19h.
Jean-Michel Blanquer, de son expérience en tant qu’ancien recteur, rappelle que ces questions d’emploi du temps « ne sont pas nouvelles ». « Si cette réforme a complexifié un peu plus les emplois du temps, admet-il, cette complexité n’aboutit en aucun cas à des emplois du temps de 8h à 18h tous les jours de la semaine pour un lycéen. Et si cela est le cas, ça reste une exception ». Toutefois, « dans la semaine il peut y avoir des jours où l’on a cours de 8h à 18h, et c’est normal », assure l’ancien ministre. Il justifie également les heures de trou comme étant du temps pour étudier : « L’âge du lycée est un âge où il faut des temps d’études et de travail autonome ». « Je ne pense pas que cela soit un problème surtout lorsqu’on voit ce qu’il se passe parfois en dehors du lycée », conclut-il.
Concernant le contrôle continu, il rappelle que tous les débats avant la réforme portaient sur « une critique du contrôle terminale » : « Nous avons alors trouvé un équilibre avec les syndicats de 60% de contrôle terminale et 40% de contrôle continu ». « Je l’assume, les lycéens travaillent effectivement plus avec cette nouvelle réforme car les programmes sont plus exigeants et que le contrôle continu compte davantage. Mais les syndicats souhaitaient aussi que le contrôle continu prenne de l’importance dans les notes du bac », souligne l’ancien ministre.
« L’idée de Parcoursup était d’arriver à l’affectation la plus rationnelle et la plus bienveillante »
« J’affirme que la réforme du bac et de Parcoursup abouti à une meilleure affectation et à de plus grande opportunité pour les élèves », assure Jean-Michel Blanquer. Selon lui, Parcoursup a été créé avec l’idée d’une affectation « plus rationnelle et plus bienveillante » pour les lycéens. Un des grands combats de la plateforme était de « donner un choix plus grand à tous les lycéens de France ».
Toutefois, il reconnaît que l’anonymisation des candidatures sur la plateforme doit entrer dans le débat : « Je n’ai pas de dogme sur cette question mais si ça permet de rassurer, pourquoi pas ». Pour lui, c’est effectivement « une question pour faire évoluer Parcoursup ». Cependant, cela soulève « une autre question qui est celle du contrôle continu » et donc de l’inégalité des notes en fonction de l’établissement.
« La réforme a certes des imperfections mais l’inspiration reste la bonne »
Plusieurs sénateurs de gauche et du centre ont pointé les difficultés d’orientation que connaissent les lycéens et notamment l’absence des 54 heures prévues à cela qui se sont pas toujours intégrées dans les programmes. Pour Jean-Michel Blanquer, c’est la responsabilité des régions : « Les 54 heures ont été imparfaitement mises en place sur le territoire mais les collectivités peuvent tout à fait les mettre. Quand une région veut, elle peut ». Selon lui, il faut aussi une meilleure cohérence entre le lycée et l’enseignement supérieur notamment sur les choix de spécialités pour les études supérieurs : « Je considère qu’il faudrait deux ministères, un de l’Éducation et un de l’Enseignement supérieur ».
Également interrogé sur la baisse du niveau scolaire en France, l’ancien ministre de l’Éducation explique qu’il faut « savoir se poser les bonnes questions ». S’il y a en effet une baisse de niveau en France, il assure que c’est aussi « une baisse au niveau mondial ». « Lorsqu’on regarde les classements nationaux, il y a des améliorations sur certains points et le plus impressionnant est l’hétérogénéité de la France ». Il est important de noter « qu’il y a un contexte d’angoisse en dehors de la scolarité pour la jeunesse, notamment avec l’IA et la situation géopolitique » qui impactent les lycéens.
Enfin, s’il reconnaît que la réforme du lycée et du baccalauréat a fait peser un surpoids de travail pour les personnels, il considère « être allé au bout ». « La reforme a certes des imperfections mais l’inspiration reste la bonne. Depuis 2022, il y a certes eu des déséquilibres qui se sont créés », souligne-t-il.