Après un mois de blocus et de manifestations, les annonces du gouvernement lundi étaient très attendues. Mais elles ne semblent pas avoir convaincu les syndicats lycéens et étudiants. Si des organisations se sont félicitées d’annonces allant « dans notre sens », elles veulent « continuer la mobilisation », le temps « d’avoir des retours très concrets du terrain », selon Nathanaël Combary de Renouveau lycéen.
Mais à quelques mois de l’élection présidentielle, le gouvernement semble bloqué politiquement et renvoie le problème au prochain gouvernement.
Parcoursup : « On ne peut rien changer sans passer par la loi »
Parcoursup connaîtra une « évolution forte » dès la rentrée 2027, avec plus de clarté concernant les algorithmes, « avant un remplacement en 2028 », a annoncé lors d’une conférence de presse le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste. « Ça fait depuis 2018 au Sénat que j’alerte sur le manque de transparence des algorithmes locaux », fustige le sénateur PCF Pierre Ouzoulias, « et là, par la mobilisation, tout devient possible pour le gouvernement ». Si le gouvernement a effectivement la possibilité d’agir rapidement sur le fait de rendre anonymes les lycées d’origine lors de la sélection des élèves dans l’enseignement supérieur, il ne pourra toutefois pas « remplacer » Parcoursup sans le vote d’une loi au Parlement.
La plateforme a en effet été créée par la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants (dite loi ORE) en 2018. Dans ce cadre, « tout dispositif dérogatoire doit passer par la modification de la loi », explique Pierre Ouzoulias, « et l’ancienne ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, l’avait clairement dit ». Or, si un nouveau texte est nécessaire, « il faut trouver une majorité pour le voter, ce que le gouvernement n’a pas », précise le sénateur centriste Laurent Lafon. « Le texte passerait dans tous les cas après l’élection présidentielle », poursuit-il.
Le gouvernement parle de « remplacement » mais « pour faire quoi à la place ? », interroge le sénateur Union Centriste. Pour Pierre Ouzoulias, « on ne peut pas supprimer Parcoursup, on a besoin d’un logiciel. On ne va pas revenir à l’époque où l’on faisait la queue devant les universités pour s’inscrire ». Il s’agira alors plutôt d’une « évolution » que d’un « changement », selon Laurent Lafon.
« Le gouvernement a craqué l’allumette et veut maintenant utiliser l’extincteur »
Dans les annonces d’hier, le gouvernement renonce aux 836 suppressions de postes dans le second degré prévues au budget 2027 et prévoit la création de 500 postes supplémentaires d’infirmiers, de psychologues et d’assistants sociaux dès le budget. « Cela fait 3 ans que l’on porte au Sénat que la suppression de postes est absurde et maintenant le gouvernement revient dessus », soupire la sénatrice socialiste Colombe Brossel.
Alors que le budget 2025 avait supprimé 4 000 postes d’enseignants en 2026, le gouvernement souhaite réussir, d’ici deux ans, à plafonner les classes de seconde à 28 élèves : « Mais pour faire baisser le nombre d’élèves par classe, il faut un recrutement massif. Il n’y a pas besoin de deux années pour cela », s’agace la sénatrice socialiste. « Le gouvernement a craqué l’allumette et veut maintenant utiliser l’extincteur », poursuit-elle, « nous avons laissé des lycées passer leur bac dans des salles à 40 degrés ».
« Ce ne sont que des annonces de demi-mesures avec un engagement incertain », assure Colombe Brossel. A six mois de l’élection présidentielle, le gouvernement semble effectivement contraint : « Sa seule marge de manœuvre se trouve dans le budget », explique le sénateur centriste Laurent Lafon. Mais, « encore faut-il qu’il soit voté » et « s’il passe sur ordonnances, je ne suis pas sûr que ces annonces y seront », déclare-t-il.
Quelques « points positifs » sur les formations BTS et BUT
« Je note que beaucoup de mesures portent sur le bac professionnel et technologique », salue le sénateur PCF Pierre Ouzoulias. En effet, le gouvernement prévoit la création de 15 000 places supplémentaires dans l’enseignement supérieur dont 10 000 places de BTS, 4 000 places d’IUT et 1 000 places supplémentaires dans les formations de santé. « Il n’y a effectivement pas assez de places dans ces formations professionnelles, alors que ces filières ont fait leur preuve », souligne Laurent Lafon, sénateur centriste.
Toutefois, « là aussi, on ne va pas jusqu’au bout », déplore Pierre Ouzoulias. Selon lui, il n’y a pas de remise en cause de la réforme du baccalauréat de l’ancien ministre de l’Éducation Xavier Darcos qui a généralisé le baccalauréat professionnel en 3 ans. Depuis sa création en 1985, il fallait en principe quatre années d’études après le collège pour obtenir un bac professionnel. Or, « cette quatrième année a été supprimée pour des questions budgétaires », explique le sénateur. Le problème de cette réforme est que « la quatrième année était nécessaire ». Aujourd’hui, « certains postulent en licence, mais n’ont pas le niveau », d’où la nécessité d’une année supplémentaire contre trois ans pour le bac général.
Pour le sénateur LR Max Brisson, le problème est plutôt que « l’université est aujourd’hui trop ouverte », « il est plus difficile de rentrer en BTS ou en BUT que de rentrer en licence ». Il faut « plus de sélection transparente à l’université », conclut-il.
« On ne s’attaque pas au vrai sujet qui est la réforme du bac Blanquer »
« Le gouvernement bricole » car « il n’a pas de marge de manœuvre », affirme le sénateur LR, même s’il reconnaît que c’est un « bon bricolage ». Selon lui, ces mesures sont tout à fait entendables mais ne pointent pas le « vrai sujet » qui est « le bac Blanquer » : « Les deux revendications légitimes c’est Parcoursup et les emplois du temps, mais cela concerne le bac Blanquer ».
Le gouvernement prévoit en effet une refonte des emplois du temps à partir de la rentrée 2027, avec la garantie d’une pause déjeuner d’au moins une heure pour tous les lycéens ainsi qu’une révision des combinaisons d’enseignements de spécialité. Mais, « il faut revoir tout le système », assure Pierre Ouzoulias, sénateur communiste. « Il faut penser la réforme de Parcoursup avec celle du baccalauréat, et je n’ai entendu aucune annonce sur cela », déplore-t-il. « On ne s’attaque pas au problème de fond : revoir Parcoursup est une chose, garantir une heure de pause déjeuner également mais il est nécessaire de se confronter au problème de ce bac Blanquer », souligne la sénatrice socialiste, Colombe Brossel.
À l’approche d’une nouvelle journée d’action à l’appel des gilets jaunes le 31 octobre, et surtout d’une journée nationale de grèves et de manifestations le 5 novembre à l’initiative des syndicats de salariés, l’exécutif espérait endiguer le front de la jeunesse avec ces réponses. Mais les syndicats lycéens et étudiants ont appelé à poursuivre la mobilisation, malgré la reprise des cours lundi.