PFAS, quatre lettres qui font froid dans le dos quand on parle de la pollution de notre environnement. Utilisés pour leur résistance à l’eau et la chaleur, leurs propriétés antiadhésives, les polluants éternels sont omniprésents dans les produits que nous utilisons (cosmétique, ustensiles de cuisine…) et se retrouvent aussi dans les sols et dans l’eau que nous buvons. En mars dernier, un rapport de l’Agence européenne des produits chimiques a alerté sur leur dangerosité pour notre santé, ces milliers de substances différentes étant à l’origine de cancers et de problèmes de reproduction.
« Des dizaines de milliers de décès à cause des PFAS »
« Les PFAS sont très certainement la bombe sanitaire de notre siècle. 16 millions d’Européens ont des problèmes de santé à cause de ces substances. Elles ont provoqué plusieurs dizaines de milliers de décès », alerte Marie Toussaint, eurodéputée écologiste française, interrogée dans l’émission Ici l’Europe sur France 24, LCP et Public Sénat.
Dans toute l’Europe, certains territoires ont découvert que l’eau consommée depuis des années par les habitants était contaminée aux PFAS. « En Belgique, en 2023, il y a une affaire de contamination de l’eau à cause des rejets d’une industrie flamande. A l’époque les autorités ont mis du temps à communiquer sur le sujet et à apporter des solutions de dépollution aux habitants », explique Benoît Cassart, eurodéputé belge, membre du groupe centriste Renew au Parlement européen.
« L’Agence européenne des produits chimiques réagit maintenant parce qu’elle a été saisie en 2023 par six pays européens, et notamment l’Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark, pour demander une interdiction de ces substances », explique Marie Toussaint.
Le rapport publié en 2026 préconise une interdiction large des polluants éternels. Mais l’industrie, notamment de la tech, de l’énergie, et de la santé, s’inquiète d’une interdiction totale et menace de délocaliser ses emplois, faute d’alternative crédible.
A quel rythme faut-il interdire les PFAS ?
La Commission européenne privilégie une restriction progressive des PFAS en ciblant les produits de consommation courante, avec une loi attendue en 2027.
« Sur ce sujet de l’interdiction, on peut diviser les PFAS en trois familles : les non-essentiels qu’on peut interdire, les substances substituables qu’on doit remplacer le plus vite possible et les substances essentielles mais non substituables, cela concerne essentiellement les métiers de la médecine, mais dans 5 ans, ces substances deviendront peut-être substituables », explique Marie Toussaint.
Pour son homologue centriste, cette interdiction des PFAS doit être plus nuancée, craignant « des conséquences économiques importantes dans certains secteurs comme l’énergie. Si on prend les énergies renouvelables, on a besoin des PFAS pour fabriquer des panneaux solaires et des pompes à chaleur. Il faut essayer de trouver des solutions de rechange mais ce n’est pas si simple. »
Benoît Cassart souligne aussi la pollution des produits importés. « Si on interdit ces polluants chez nous et qu’à la place on va importer des produits de pays où ces normes n’existent pas. »
« Nous sommes d’accord, il ne faut pas soumettre nos entreprises à une concurrence déloyale », répond Marie Toussaint. « Mais il faut avoir des ambitions élevées et faire en sorte que les autres aient ces ambitions élevées. Faisons de l’Europe une pionnière de la transition écologique et de la bienveillance envers les citoyens. »
Le coût exorbitant de la dépollution
D’autant que le coût de la dépollution des PFAS est estimé entre 300 milliards et 1700 milliards d’euros d’ici à 2050. Une dépollution que les écologistes souhaitent financer en taxant les entreprises industrielles polluantes. Selon Marie Toussaint, « les industriels de la chimie connaissent les effets de ces substances depuis 50 ans et sont responsables d’avoir continuer à développer ces produits. Ils doivent payer pour ce qu’ils ont fait. »