L’Union européenne investit-elle assez dans l’adaptation au réchauffement climatique ? 

L’Europe, qui est frappée depuis des semaines par des vagues de chaleur historiques, se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Pour s’adapter au réchauffement climatique, l’UE et ses Etats-membres ont-ils assez investi ? C’est le débat de la semaine dans l’émission Ici l’Europe, diffusée sur France 24, LCP et Public Sénat.
Alexandre Poussart

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Comme le montre la canicule historique qui a touché la France la semaine dernière mais aussi la Belgique, l’Italie et l’Espagne, le continent européen est frappé de plein fouet par le réchauffement climatique, et même davantage que les autres continents… Selon l’Organisation météorologique mondiale, l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne de la planète. « Il y a urgence pour atténuer ce réchauffement. Regardons aussi les océans. Dans le golfe de Gascogne, les océans ont absorbé en un siècle 90 % de la chaleur que nous avons produite. Si les océans craquent, nous serons grillés », explique Christophe Clergeau, eurodéputé socialiste, interrogé dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat.

Adaptation au réchauffement climatique : 70 milliards d’euros d’investissements nécessaires chaque année

Une chaleur qui a des conséquences dramatiques puisqu’elle a provoqué en 2024, le décès de 62 000 personnes au sein de l’Union européenne.

Il y a urgence à diminuer ce réchauffement climatique en baissant nos émissions de gaz à effet de serre, mais la question de l’adaptation à ces vagues de chaleur est également posée et demande des investissements de la part des pays européens. Chaque année, 70 milliards d’euros d’investissements sont nécessaires pour réaliser en Europe cette adaptation climatique, selon les chiffres du Conseil consultatif scientifique européen.

Pour l’eurodéputé socialiste, l’Union européenne ne prévoit pas suffisamment de moyens financiers pour cette adaptation. « Il y a un recul de l’écologie dans le budget européen. On nous dit que la priorité c’est la compétitivité économique et on abandonne partiellement la priorité du changement climatique. Il y a un déficit d’investissement de l’Union mais aussi des Etats-membres. Les collectivités locales sont peut-être celles qui font le plus d’efforts » dans cette adaptation.

Son homologue belge au Parlement européen, le centriste Yvan Verougstraete, « défend depuis des mois un New Deal Energy en Europe », autrement dit un vaste plan d’investissements publics dans la rénovation énergétique. « On doit faire un choc d’investissement pour préparer l’avenir. L’Europe devrait être en capacité de générer de la bonne dette, pour isoler nos écoles, nos hôpitaux, nos maisons, investir dans nos capacités de production énergétique ».

Comment financer ces investissements ?

Mais alors que certains Etats-membres comme la France sont très endettés, comment financer ce mur d’investissements ? Par de nouvelles taxes, répond le socialiste Christophe Clergeau. « Il faut créer de nouvelles ressources propres pour l’Union européenne. Elles doivent s’asseoir sur les activités nocives pour la société, les jeux de hasard, les profits excessifs des multinationales du pétrole comme Total Energies. Il faut taxer le carbone pour entraîner une évolution vertueuse des activités humaines. »

« La vraie taxe ce sont les milliards, voire les dizaines de milliards d’euros que nous coûte le réchauffement climatique. C’est une taxe qui n’est décrétée par aucun politicien », ajoute Yvan Verougstraete. Les dommages causés par le dérèglement climatique s’élèvent à 45 milliards d’euros par an au sein de l’Union européenne.

Un congé climatique pour les salariés victimes d’événements extrêmes ?

Dans ce contexte, les pays européens ont-ils les moyens de mettre en place un congé climatique permettant aux salariés d’être rémunérés même s’ils ne peuvent pas travailler à cause d’événements climatiques extrêmes ? C’est ce qu’a fait le gouvernement socialiste de l’Espagne, en 2024, après les inondations meurtrières qui ont touché le pays. « La responsabilité de la société c’est de protéger les victimes des phénomènes climatiques, les plus vulnérables… C’est un changement de paradigme qu’il faut assumer. Si un salarié ne peut pas aller à son travail, pourquoi ce serait à lui d’en payer le prix ? »

Un plan européen pour financer la climatisation ?

Dans les investissements nécessaires pour s’adapter aux vagues de chaleur, le développement de la climatisation fait débat. En France, le Rassemblement national propose un grand plan pour aider les Français à se doter d’une climatisation. « L’extrême droite, ce sont les pompiers pyromanes », tacle Christophe Clergeau. « Ce sont eux qui se sont battus contre les politiques de lutte contre la changement climatique. Ils ont allumé le feu, ils nous expliquent comment l’éteindre. Maintenant la climatisation ce n’est ni un tabou, ni une solution miracle. Il faut climatiser les lieux d’accueil mais la généraliser serait une catastrophe écologique. Et puis ce serait mieux d’acheter de la climatisation produite en Europe, plutôt que d’aller se fournir en Chine et chez Monsieur Trump. »

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