Organisée en Turquie à Antalya, du 9 au 20 novembre 2026, la 31e Conférence des Parties (COP31) est particulièrement attendue et considérée comme la COP « de la mise en œuvre », selon la directrice générale de WWF France, Véronique Andrieux. Plus de 10 ans après la COP21, qui a été marquée par la signature de l’Accord de Paris, elle réunira tous les pays signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique. Seuls les Etats-Unis n’y participeront pas. Pour Véronique Andrieux, Directrice générale de WWF France, cette COP devra engager des discussions sérieuses autour des financements de la transition écologique, angle mort des politiques publiques.
Ce jeudi 8 octobre, l’organisation de Fonds mondial pour la nature WWF publie alors son nouveau rapport biennal qui dresse l’état des lieux de la biodiversité mondiale et de la santé de la planète. Celui-ci « marque une étape », déclare Véronique Andrieux, tant il souligne le manque d’action des politiques publiques.
Des réussites en termes de protection des animaux
Aujourd’hui, la taille de la population d’animaux vertébrés sauvages a chuté de 73 % entre 1970 et 2022. Mais ce chiffre recouvre des réalités différentes : certaines populations déclinent, tandis que d’autres restent stables ou augmentent. Si la biodiversité mondiale continue de se dégrader à grande vitesse, il faut toutefois remarquer certaines réussites : environ la moitié des populations suivies par l’Indice Planète Vivante sont stables ou en augmentation. En France spécifiquement, certaines espèces, qui avaient totalement disparu, reviennent. Le rapport donne notamment l’exemple de la cigogne noire qui recolonise peu à peu le territoire avec aujourd’hui entre 70 et 80 couples reproducteurs. « Grâce à notre projet Nature Impact, qui consiste à permettre aux forêts françaises privées de vieillir sans être exploitées, des animaux comme la cigogne noire, qui est très dépendante de ces forêts, reviennent », explique Yann Laurans, Directeur des programmes WWF France. De même, la loutre, autrefois proche de l’extinction en France, a augmenté de 40 % entre 2009 et 2023.
Selon le rapport, ces réussites sont le résultat d’un engagement collectif dans la durée : « La conservation fonctionne lorsqu’on s’en donne les moyens, mais elle ne peut pas inverser les effets de systèmes économiques qui continuent de dégrader les écosystèmes. Le défi politique est maintenant de changer d’échelle : transformer nos modèles pour que les solutions favorables à la nature deviennent la norme », explique la directrice générale de WWF France.
Protéger les espèces ne suffit pas
La protection des espèces ne peut répondre à l’ampleur des menaces qui pèsent sur la nature : « Nous ne sauverons pas durablement la biodiversité en protégeant quelques espèces tout en continuant à financer et développer les systèmes qui la détruisent », souligne le rapport. WWF France appelle alors à s’interroger sur trois systèmes : l’alimentation, le financement des politiques publiques en matière d’écologie et l’énergie. « En France, pour 1 euro qui répare, 10 euros détruisent », souligne le rapport, « ce qui finance la destruction aujourd’hui peut financer demain la restauration ».
A propos de l’agriculture, le rapport demande de repenser le système : « L’agriculture biologique, l’élevage durable ou encore des pratiques abouties d’agriculture régénératrice montrent qu’il est possible de concilier production, adaptation au changement climatique et préservation des ressources naturelles ». Une des propositions majeures est de faire de la PAC, qui « reçoit actuellement 56 % des subventions publiques à l’agriculture française », un « outil de transformation » vers une agriculture durable.
Mais cette transition ne peut se faire sans « sortir des énergies fossiles ». Principal source d’émission de gaz à effet de serre, la dépendance de la France aux énergies fossiles représente 60 % de l’énergie consommée en France. Le rapport propose, entre autres, de « réduire notre consommation d’énergie, accélérer l’électrification des usages et développer rapidement les énergies renouvelables, de manière compatible avec la protection du vivant ».
« Une opportunité manquée » sur le climat
Le bilan du mandat d’Emmanuel Macron en matière de biodiversité reste « mauvais » : « On a fait du surplace », souligne la directrice générale de WWF France. « De bonnes idées avaient été proposées mais qui « ont été malheureusement détricotées et fortement diminuées ». Ce « stop and go » du gouvernement et les lourdes « baisses de financement » en matière d’écologie ne permettent pas une transformation profonde de l’économie ni des entreprises concernées. C’est une « décennie de balbutiements » qui n’a pas permis à la France de s’émanciper de certaines dépendances comme les énergies fossiles. « On continue de mettre des milliards dans les énergies fossiles pour le financement de carburant fossile, qui se fait dans le contexte de budget contraint, au détriment d’un cap de moyen et long terme de décarbonation », conclut-elle.
La solution doit être « systémique » : il faut que la biodiversité « irrigue l’ensemble des politiques publiques. Or, force est de constater que ce n’est pas la tendance du moment en Europe ni en France », explique Jean Burkard, Directeur du plaidoyer chez WWF France. A la suite des incendies de cet été et de la forte sécheresse qui ont largement impacté les agriculteurs, la ministre de l’agriculture a lancé « un plan d’urgence nouveau pour l’agriculture ». « Ce plan d’urgence est peut-être le 5e du nom en l’espace de deux ans, et il y en aura toujours tant qu’on ne résoudra pas le problème systémique que pose le réchauffement climatique », poursuit-il. Selon lui, il est indispensable de questionner l’impact de l’activité humaine sur la nature pour avancer vers des solutions constructives et durables : « Favoriser l’utilisation de nouveaux pesticides ne permettra pas de régler le problème, et ne fera que l’amplifier ».