L’Europe a connu l’été le plus chaud de son histoire. Les températures enregistrées au mois d’août étaient supérieures de 2,7 degrés aux normales de saison. Les feux de forêts ont frappé de nombreux territoires européens, dans l’espace méditerranéen (300 000 hectares brûlés en Espagne) mais aussi au nord : la Belgique a connu un incident historique dans la réserve naturelle des Hautes-Fagnes. Un été brûlant qui a causé la mort de 35 000 personnes en Europe.
« On n’a trop peu parlé de ces 35 000 personnes décédées », regrette Saskia Bricmont, eurodéputée belge écologiste, invitée de l’émission Ici l’Europe, diffusée sur France 24, LCP et Public Sénat. « Si on avait eu autant de morts liés à un attentat, une crise sanitaire, cela aurait été le branle-bas-le-combat et un plan d’urgence aurait été déclenché. On n’a pas vu ce plan d’urgence contre la canicule, ni au niveau national ni au niveau européen », regrette-t-elle.
Incendies : près de 800 pompiers et 22 avions mobilisés par l’UE
Pour faire face à ces feux de forêts très intenses, l’Union européenne avait mis à disposition dans les différents Etats près de 800 sapeurs-pompiers et 22 avions bombardiers. Le mécanisme européen de protection civile qui prévoit qu’un Etat-membre touché par les incendies peut demander de l’aide aux membres de l’UE a été activée 10 fois cet été.
Mais pour son homologue français Grégory Allione, membre du groupe centriste Renew et ancien président de la Fédération française des sapeurs-pompiers, dans la protection civile, « l’Europe ne peut pas tout car elle n’a pas la main sur une compétence qui appartient aux Etats. En France par exemple, la solidarité ne s’organise que quand les autorités communales et départementales le demandent. C’est une politique très territoriale et on demande tout le temps à l’Union européenne d’agir. »
Un cadre européen pour la résilience climatique
Alors que l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite et que les prochains étés s’annoncent au moins aussi extrêmes que l’été dernier, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé, mercredi 16 septembre, lors de son discours sur l’état de l’Union, un nouveau cadre européen pour la résilience climatique : « Nous identifierons 100 des territoires les plus vulnérables d’Europe. Et nous évaluerons les risques, ainsi que le niveau auquel ils doivent être gérés. »
« J’espère que ce n’est pas un énième effet d’annonce », a réagi Saskia Bricmont. « L’adaptation est hyper importante. Les citoyens européens l’ont vu cet été, on n’est pas prêts. Pas prêts à faire face aux méga feux, aux inondations. On doit adapter nos villes, nos maisons, notre agriculture. Mais on ne peut pas s’adapter sans atténuer le réchauffement climatique. Mais depuis deux ans, on a sur la table du Parlement européen, par l’action de la Commission européenne, un agenda de détricotage des lois environnementales et des ambitions climatiques européennes. »
Grégory Allione poursuit : « Oui il faut actionner en même temps ces deux leviers de l’adaptation et de l’atténuation du réchauffement climatique… Faisons comprendre à nos concitoyens que ces deux politiques sont aussi des vecteurs économiques, et ceux qui l’ont compris ce sont les Chinois, qui nous vendent la plupart des batteries de voitures électriques et de panneaux photovoltaïques.
Vers un plan européen de gestion de l’eau ?
La présidente de la Commission européenne a également annoncé un texte de l’UE pour améliorer la gestion de l’eau alors que l’Europe a connu une sécheresse record. Au pic de l’été, les deux tiers du territoire de l’Union européenne se sont retrouvés en état d’alerte, de quoi fragiliser la végétation, notre agriculture, et également faciliter la propagation des incendies. « Fournir la population en eau potable est un besoin vital, premier », rappelle l’eurodéputée écologiste. « Ensuite il risque d’avoir des conflits d’usage autour de l’eau pour l’agriculture. On doit pouvoir penser cela intelligemment à l’échelle de l’Union européenne pour ne pas arriver au stade de la pénurie et éviter des conflits liés à l’eau. J’ajoute qu’on n’a pas entendu Madame von der Leyen sur les data centers qui sont en train d’être déployés en Europe et qui sont extrêmement consommateurs en eau par exemple. »
La question du stockage de l’eau cristallise les tensions dans certains pays, notamment en France autour de l’autorisation des mégabassines pour l’agriculture. Pour Grégory Allione, « à un moment donné, stocker de l’eau va être nécessaire pour de nombreux usages : l’eau potable de la population, l’agriculture, l’industrie, la lutte contre les incendies. En période de pluie abondante, il faudra être capable de la garder et ne pas tomber dans la doctrine absolue « j’empêche de tout faire ». »