Le résultat des midterms aux États-Unis conditionnera grandement la fin du second mandat de Donald Trump. S’il perd la chambre des représentants et le Sénat, il aura en partie les mains liées par une majorité démocrate. Mais sans perdre son pouvoir de nuisance puisque le président américain a promis de se transformer en « Mr Veto » dans une interview à la chaîne conservatrice Fox News. C’est-à-dire de bloquer des projets de réforme en opposant un veto présidentiel.
Une crise institutionnelle ?
Mais la contestation présidentielle pourrait aller encore plus loin. Donald Trump a promis de respecter le résultat du scrutin « s’il est honnête ». Une manière de préparer les esprits à un rejet d’une éventuelle défaite, notamment si le résultat est serré dans une des deux chambres du Congrès. Pour Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à l’IRIS, « nous allons assister à deux scénarios : une contestation, très probable, la question est jusqu’où ira cette contestation […] ou alors Trump décidera de s’assoir sur les résultats et donc de gouverner durant deux ans par décret ». Avant d’avertir que cette seconde option déboucherait « sur une crise sans précédent entre le législatif et l’exécutif ».
Un vote pour ou contre Trump
Les élections de mi-mandat sont presque systématiquement défavorables au camp présidentiel, pourtant Donald Trump n’a pas choisi d’enjamber le scrutin, avec une défaite annoncée. Il en a au contraire fait un combat personnel, appelant à voter pour les candidats républicains comme si son nom était sur le bulletin de vote.
Mais cette stratégie est à double tranchant. Elle renforce les convaincus, mais fédère aussi les opposants. L’impact de la guerre en Iran avec notamment la hausse du prix des carburants est aussi à prendre en compte. « La guerre avec l’Iran est très mal perçue et notamment par les MAGA, qui sont frappés au portefeuille par la hausse du baril, et dont certains se détournent de lui » analyse encore Romuald Sciora.
Un renouveau des démocrates
Les démocrates espèrent profiter de cette faiblesse présidentielle pour ravir le Congrès, et prendre leur revanche après la défaite de Kamala Harris il y a deux ans. De nouvelles figures du parti émergent aussi que ce soit sur l’aile gauche ou chez les plus centristes du parti.
Dans la foulée de la victoire de Zohran Mandani aux municipales à New York, l’aile gauche du parti revit. Donald Trump les caricature volontiers en « radicaux » ou en « communistes », mais ils en font une force, certains revendiquant même l’étiquette de socialiste, ce qui a longtemps été un fardeau aux USA.
Abdul El-Sayed fait partie de cette nouvelle génération. À 42 ans, il est le candidat démocrate au Sénat dans le Michigan. Et pourrait devenir le premier sénateur musulman du pays. « S’il gagne, c’est la preuve que la ligne plus à gauche rassemble ailleurs que dans les États progressistes comme New York, mais s’il perd, cela sera la preuve que trop à gauche, cela fait fuir les électeurs centristes et indécis » analyse Romuald Sciora.
De l’autre côté du parti démocrate, des candidats modérés comme Jon Ossof, candidat à sa réélection en Géorgie, espèrent profiter du scrutin pour faire monter leur cote en vue de la présidentielle dans deux ans.
Si les deux lignes cohabitent au sein du parti démocrate, les midterms pourraient être un bon juge de paix des rapports de force et des chances de victoire pour 2028.
Ouvrir la page de l’après Trump
Pour les candidats Républicains en revanche, impossible pour l’instant de s’afficher comme anti Trump dans un parti qu’il a entièrement placé sous son contrôle. Mais certains essayent de faire campagne loin du président, comme en Floride, où le vote de la communauté latino-américaine est important. Un électorat qui a voté Trump en 2024 pour des raisons économiques mais dont une partie pourrait changer de vote lors de ces élections de mi-mandat, après deux années de politique anti-immigration radicale.
Signe qu’une page est en train de se tourner, même des États jugés imprenables pour les démocrates pourraient basculer. Au Texas, qui n’a pas envoyé un représentant démocrate au Sénat depuis 1994, les sondages annoncent un résultat ultra serré entre le séminariste protestant de 36 ans James Talarico, candidat des démocrates, et Ken Paxton, trumpiste convaincu. Donald Trump tente le tout pour le tout pour sauver ce siège crucial au Texas et a pour cela effectué trois visites dans cet État en trois semaines. Sans pour l’instant renverser les sondages qui donne Talarico gagnant d’une courte tête.