A Bordeaux, Macron courtise l’électorat juppéiste et cogne Fillon
Venu sur les terres bordelaises d'Alain Juppé, Emmanuel Macron s'est efforcé jeudi soir de séduire l'électorat juppéiste, qu'il espère ravir à...

A Bordeaux, Macron courtise l’électorat juppéiste et cogne Fillon

Venu sur les terres bordelaises d'Alain Juppé, Emmanuel Macron s'est efforcé jeudi soir de séduire l'électorat juppéiste, qu'il espère ravir à...
Public Sénat

Par Marc PRÉEL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Venu sur les terres bordelaises d'Alain Juppé, Emmanuel Macron s'est efforcé jeudi soir de séduire l'électorat juppéiste, qu'il espère ravir à un François Fillon affaibli par l'affaire des emplois présumés fictifs.

Lors d'un meeting qui a fait le plein à Talence (Gironde), ville de proche banlieue bordelaise au maire Modem, le candidat d'En Marche! à la présidentielle a commencé son discours par un hommage appuyé au "grand maire" de Bordeaux, "grand responsable politique français", et décoché ses flèches les plus acérées au "triste candidat" Fillon.

Sur la décision "pas facile" de renoncer définitivement à jouer le +plan B+ pour la droite, M. Macron, qui compte François Bayrou dans ses soutiens, a aussi été louangeur: "Quand on a sa carrière, quand on a eu son engagement, reconnaître le besoin qu'a ce pays à la fois de renouvellement et en même temps d'extrême probité, ce n'était pas facile et il l'a fait. Il y a très peu de gens qui sont capables de faire ça". Applaudissements nourris et exclamations de soutien ont retenti quand il a prononcé le nom d'Alain Juppé.

Et l'ancien ministre de l’Économie s'en est pris le plus vivement à droite à François Fillon, l'estimant pas en mesure de gouverner s'il était élu, faute de majorité solide.

"Ne pensez pas que le triste candidat de la droite, qui marie les réactionnaires et les opportunistes, puisse construire quoi que ce soit", a-t-il lancé devant 2.000 personnes.

"Les 15 derniers jours ont suffi à vous montrer une chose: ils ne partagent plus les mêmes valeurs, ils n'ont plus le même projet, le moindre coup de vent fait filer tout le monde... Et ils reviennent dès après, quand l'intérêt est là", a ironisé M. Macron.

Emmanuel Macron avec ses partisans à Talence près de Bordeaux le 9 mars 2017
Emmanuel Macron avec ses partisans à Talence près de Bordeaux le 9 mars 2017
AFP

Pour l'ancien conseiller de François Hollande, "ils ne construiront rien parce que des coups de vent nous en aurons dans les cinq années à venir. Il faudra savoir résister et vous avez déjà la liste de toutes celles et de ceux qui se déroutent".

La renonciation définitive d'Alain Juppé à jouer un éventuel recours pour la droite a semblé ouvrir un espace au centre, dont le candidat d'En Marche! espère profiter. Il poursuivra son déplacement à Bordeaux vendredi matin.

Claire, retraitée faisant la queue pour le meeting, semblait convertie: "Si Juppé s’était présenté, j’aurais voté pour Juppé, mais bon vu les circonstances (...) finalement ils ont un programme qui se ressemble un peu, l’idée d’ouverture, c’est un peu commun aux deux".

- Le Drian, cible de choix -

Emmanuel Macron embrasse sa femme Brigitte Trogneux avant son meeting à Talence près de Bordeaux le 9 mars 2017
Emmanuel Macron embrasse sa femme Brigitte Trogneux avant son meeting à Talence près de Bordeaux le 9 mars 2017
AFP

A l'entrée de la salle, des affiches du candidat Macron dissimulaient des dégâts commis la nuit précédente et imputés à "un groupe extrémiste" non identifié, qui a brisé plusieurs vitres et tagué des slogans hostiles à l'ancien banquier d'affaires.

S'il était prévu avant qu'Alain Juppé ne jette l'éponge, ce déplacement est tombé à pic pour l'ex-ministre de Bercy.

Pour l'heure, le seul ralliement juppéiste officiel se résume à l'élue régionale francilienne LR Aurore Bergé. Mais "cinq ou six" membres de l'équipe de campagne d'Alain Juppé ont rejoint ou sont en passe de rejoindre l'équipe Macron, selon des sources concordantes.

Après Bertrand Delanoë, figure du centre gauche, En marche! espère engranger rapidement d'autres soutiens, surtout celui du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, cible d'un "traitement spécifique", selon l'entourage du candidat.

"Il est effectivement en discussion avec Macron", a déclaré un membre de l'entourage du président de la région Bretagne, assurant que la décision n'était pas encore prise, contrairement à ce qu'affirment plusieurs médias.

Le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis a encore appelé les socialistes "tentés par Macron" à "garder leur sang-froid". Et Bernard Cazeneuve a rendu visite jeudi au QG du candidat socialiste Benoît Hamon, confronté aux doutes de certains hiérarques.

Selon un sondage Harris Interactive pour France Télévisions, Emmanuel Macron est passé pour la première fois en tête des intentions de vote au premier tour, à 26%, devant Marine Le Pen (25%, stable) et François Fillon (20%, -1 point). Il battrait nettement, avec 65%, la candidate frontiste au second tour.

Partager cet article

Dans la même thématique

Clashes During Paris Austerity Protests
6min

Politique

Après les pillages du 17 octobre, faut-il couper les réseaux sociaux ?

Gabriel Attal relance l’idée d’un blocage temporaire des plateformes dans les zones touchées par les violences, après le chao du week-end. Elles facilitent les rassemblements et démultiplient les images de casse, mais leur rôle dépasse la seule organisation des émeutes.

Le

Paris France Protests
9min

Politique

Violences du 17 octobre : pourquoi l’état d’urgence est écarté par le gouvernement ?

Après un week-end marqué par des scènes de chaos et de pillages dans plusieurs villes, l’exécutif exclut pour le moment le recours à l’état d’urgence, préférant la mise en place de « couvre-feux localisés ». De quels moyens dispose l’exécutif pour rétablir l’ordre ? Inventaire de la boîte à outils sécuritaire dont dispose le gouvernement pour rétablir l’ordre.

Le

NORD – RASSEMBLEMENT MAIRIE
3min

Politique

Après les violences du 17 octobre, les maires font front devant leurs mairies

Au lendemain d’une mobilisation contre la vie chère qui a dégénéré en pillages et en assauts contre des hôtels de ville, l’Association des maires de France (AMF) appelle à un rassemblement ce lundi 19 octobre, à partir de midi. Les maires de Paris, Lyon et Marseille seront reçus par Sébastien Lecornu, à leur demande.

Le

France: Emmanuel MACRON Addresses The French People After Violent Protests
6min

Politique

Violences du 17 octobre : Macron exprime sa « colère » et sa « honte » et promet « toute la transparence »

Au lendemain des pillages et des dégradations qui ont frappé plusieurs villes françaises, le chef de l’État a promis de tirer « toutes les leçons » de la journée du 17 octobre. Face aux appels de la droite à décréter l’état d’urgence, il a privilégié le renforcement des mesures de protection et tenté de dissocier les violences des revendications contre la vie chère.

Le