Pionnière de l'écologie, la petite commune alsacienne d'Ungersheim est engagée de longue date sur la voie de l'autonomie énergétique et...
A Ungersheim, village « en transition », la vision du maire au défi d’un 6e mandat
Pionnière de l'écologie, la petite commune alsacienne d'Ungersheim est engagée de longue date sur la voie de l'autonomie énergétique et...
Par Béatrice ROMAN-AMAT
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Pionnière de l'écologie, la petite commune alsacienne d'Ungersheim est engagée de longue date sur la voie de l'autonomie énergétique et alimentaire mais son maire atypique, en quête d'un 6e mandat, peine
La "transition" ne saute pas forcément aux yeux quand on déambule dans ce bourg de 2.400 habitants installé au pied des Vosges, en grande banlieue de Mulhouse... jusqu'au moment où une carriole emplie d'enfants et tirée par un solide cheval comtois apparaît au détour d'une rue.
Facette la plus pittoresque de la transformation engagée, Diabolo, Cosak ou Richelieu ont la charge du ramassage scolaire, épargnant 4.000 kilomètres par an aux parents, selon le maire Jean-Claude Mensch.
A 74 ans, cet ancien électrotechnicien et syndicaliste de la mine de potasse désormais fermée, yeux bleus sous des cheveux gris, chemise à petites fleurs, se montre aussi pessimiste pour l'avenir de la planète que foisonnant d'idées pour sa commune.
"On ne peut plus rien faire, on est déjà dans l'effondrement, on peut juste trouver des solutions pour s'adapter", constate-t-il depuis son bureau un peu en désordre car, dit-il, il se prépare comme avant chaque élection municipale à déménager.
Inspiré par le Britannique Rob Hopkins, chantre de la transition des villes vers l'après-pétrole, ce maire sans étiquette mais compagnon de route d'EELV vise l'autonomie énergétique -elle devrait être atteinte en 2022 ou 2023, assure-t-il-, alimentaire mais aussi "intellectuelle" pour sa commune.
- "Meilleur qu'à la maison" -
Alors que la potasse extraite pendant de longues années de la mine servait d'engrais pour l'agriculture conventionnelle, les engrais chimiques n'ont plus droit de cité depuis 2006 dans les espaces verts communaux.
De la cantine bio où sont concoctés quelque 500 repas chaque jour pour les écoles d'Ungersheim et des environs à la chaufferie à bois qui alimente sept bâtiments communaux, du vaste parc photovoltaïque à la régie agricole communale, de l'éco-hameau "passif" à la "conserverie", beaucoup de projets ont en commun une "méthode Mensch": la mairie lance l'idée, fournit parfois le terrain, puis une association ou une entreprise assure la gestion, à l'image de l'entreprise d'insertion qui veille sur la cuisine bio.
Une carriole de transport scolaire à Ungersheim, le 23 janvier 2020
AFP
Pour la plupart des parents rencontrés devant l'école primaire, pas de doute, il fait bon vivre à Ungersheim.
"A la cantine, c'est bon, mon fils adore y manger, c'est meilleur qu'à la maison, où on mange beaucoup de surgelés !" s'amuse Pascale Moll, enseignante qui réside à Ungersheim depuis 2012.
Pourtant, cette commune qui réélit son maire très vert depuis 1989 plébiscite l'extrême droite aux autres élections. Au second tour de la présidentielle, Marine Le Pen y a obtenu 56,5% des voix. "Un revers" pour Jean-Claude Mensch, qui prône "le partage, la fraternité".
Au-delà de ce paradoxe, tous les habitants ne pensent pas les énergies fossiles au passé et certains expriment des préoccupations plus immédiates que leur maire.
- "Mélange des genres" -
Derrière l'image idyllique de la carriole se profile l'ombre des poids-lourds: 400 à 500 traversent la commune quotidiennement. "Y a quand même beaucoup de camions, alors à quoi ça sert la transition ?" s'interroge Martine, assistante maternelle.
Et si les repas servis à la cantine sont bien bio, tous les ingrédients ne sortent pas de terre dans la commune, certains sont même congelés.
"Quel est le profit pour les habitants de tous ces investissements ? Cela ne nous apporte rien, à part de le rayonnement international du maire. On ne paie pas moins cher l'électricité !", s'agace Dominique Wurch, conseiller municipal d'opposition, numéro 3 sur la liste "Un nouvel air pour Ungersheim" (sans étiquette).
"Le rôle d'une mairie n'est pas de vendre des légumes bio mais d'aider les agriculteurs à se mettre au bio et vendre leurs produits, là il y a un mélange des genres", complète sa colistière, Ghislaine Rouge Dit Gaillard, engagée dans le parti régionaliste Unser Land.
La conserverie communale d'Ungersheim, le 23 janvier 2020
AFP
Exaspérée par ce maire acclamé de toutes parts, l'opposition dénonce une "dérive dogmatique", une gestion "opaque" et, là où M. Mensch vante la démocratie participative, pointe l'emprise d'un "clan", rappelant sa condamnation à une amende avec sursis pour un permis de construire concernant la maison de son épouse.
Elle raille des initiatives qui n'ont "strictement aucun sens", comme la monnaie locale, le Radis, dont l'utilisation reste très marginale.
M. Mensch reconnaît aisément qu'il n'y a "ni adhésion massive ni participation assidue" à la dynamique de la transition, évoquant "quelques centaines de personnes vraiment engagées".
Une relative apathie qui ne l'empêche pas de lancer de nouveaux projets, microbrasserie, panneaux photovoltaïques qui doivent transformer l'école primaire en bâtiment à énergie positive ou encore épicerie faisant la part belle au local.
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