A Ungersheim, village « en transition », la vision du maire au défi d’un 6e mandat
Pionnière de l'écologie, la petite commune alsacienne d'Ungersheim est engagée de longue date sur la voie de l'autonomie énergétique et...

A Ungersheim, village « en transition », la vision du maire au défi d’un 6e mandat

Pionnière de l'écologie, la petite commune alsacienne d'Ungersheim est engagée de longue date sur la voie de l'autonomie énergétique et...
Public Sénat

Par Béatrice ROMAN-AMAT

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Pionnière de l'écologie, la petite commune alsacienne d'Ungersheim est engagée de longue date sur la voie de l'autonomie énergétique et alimentaire mais son maire atypique, en quête d'un 6e mandat, peine

La "transition" ne saute pas forcément aux yeux quand on déambule dans ce bourg de 2.400 habitants installé au pied des Vosges, en grande banlieue de Mulhouse... jusqu'au moment où une carriole emplie d'enfants et tirée par un solide cheval comtois apparaît au détour d'une rue.

Facette la plus pittoresque de la transformation engagée, Diabolo, Cosak ou Richelieu ont la charge du ramassage scolaire, épargnant 4.000 kilomètres par an aux parents, selon le maire Jean-Claude Mensch.

A 74 ans, cet ancien électrotechnicien et syndicaliste de la mine de potasse désormais fermée, yeux bleus sous des cheveux gris, chemise à petites fleurs, se montre aussi pessimiste pour l'avenir de la planète que foisonnant d'idées pour sa commune.

"On ne peut plus rien faire, on est déjà dans l'effondrement, on peut juste trouver des solutions pour s'adapter", constate-t-il depuis son bureau un peu en désordre car, dit-il, il se prépare comme avant chaque élection municipale à déménager.

Inspiré par le Britannique Rob Hopkins, chantre de la transition des villes vers l'après-pétrole, ce maire sans étiquette mais compagnon de route d'EELV vise l'autonomie énergétique -elle devrait être atteinte en 2022 ou 2023, assure-t-il-, alimentaire mais aussi "intellectuelle" pour sa commune.

- "Meilleur qu'à la maison" -

Alors que la potasse extraite pendant de longues années de la mine servait d'engrais pour l'agriculture conventionnelle, les engrais chimiques n'ont plus droit de cité depuis 2006 dans les espaces verts communaux.

De la cantine bio où sont concoctés quelque 500 repas chaque jour pour les écoles d'Ungersheim et des environs à la chaufferie à bois qui alimente sept bâtiments communaux, du vaste parc photovoltaïque à la régie agricole communale, de l'éco-hameau "passif" à la "conserverie", beaucoup de projets ont en commun une "méthode Mensch": la mairie lance l'idée, fournit parfois le terrain, puis une association ou une entreprise assure la gestion, à l'image de l'entreprise d'insertion qui veille sur la cuisine bio.

Une carriole de transport scolaire à Ungersheim, le 23 janvier 2020
Une carriole de transport scolaire à Ungersheim, le 23 janvier 2020
AFP

Pour la plupart des parents rencontrés devant l'école primaire, pas de doute, il fait bon vivre à Ungersheim.

"A la cantine, c'est bon, mon fils adore y manger, c'est meilleur qu'à la maison, où on mange beaucoup de surgelés !" s'amuse Pascale Moll, enseignante qui réside à Ungersheim depuis 2012.

Pourtant, cette commune qui réélit son maire très vert depuis 1989 plébiscite l'extrême droite aux autres élections. Au second tour de la présidentielle, Marine Le Pen y a obtenu 56,5% des voix. "Un revers" pour Jean-Claude Mensch, qui prône "le partage, la fraternité".

Au-delà de ce paradoxe, tous les habitants ne pensent pas les énergies fossiles au passé et certains expriment des préoccupations plus immédiates que leur maire.

- "Mélange des genres" -

Derrière l'image idyllique de la carriole se profile l'ombre des poids-lourds: 400 à 500 traversent la commune quotidiennement. "Y a quand même beaucoup de camions, alors à quoi ça sert la transition ?" s'interroge Martine, assistante maternelle.

Et si les repas servis à la cantine sont bien bio, tous les ingrédients ne sortent pas de terre dans la commune, certains sont même congelés.

"Quel est le profit pour les habitants de tous ces investissements ? Cela ne nous apporte rien, à part de le rayonnement international du maire. On ne paie pas moins cher l'électricité !", s'agace Dominique Wurch, conseiller municipal d'opposition, numéro 3 sur la liste "Un nouvel air pour Ungersheim" (sans étiquette).

"Le rôle d'une mairie n'est pas de vendre des légumes bio mais d'aider les agriculteurs à se mettre au bio et vendre leurs produits, là il y a un mélange des genres", complète sa colistière, Ghislaine Rouge Dit Gaillard, engagée dans le parti régionaliste Unser Land.

La conserverie communale d'Ungersheim, le 23 janvier 2020
La conserverie communale d'Ungersheim, le 23 janvier 2020
AFP

Exaspérée par ce maire acclamé de toutes parts, l'opposition dénonce une "dérive dogmatique", une gestion "opaque" et, là où M. Mensch vante la démocratie participative, pointe l'emprise d'un "clan", rappelant sa condamnation à une amende avec sursis pour un permis de construire concernant la maison de son épouse.

Elle raille des initiatives qui n'ont "strictement aucun sens", comme la monnaie locale, le Radis, dont l'utilisation reste très marginale.

M. Mensch reconnaît aisément qu'il n'y a "ni adhésion massive ni participation assidue" à la dynamique de la transition, évoquant "quelques centaines de personnes vraiment engagées".

Une relative apathie qui ne l'empêche pas de lancer de nouveaux projets, microbrasserie, panneaux photovoltaïques qui doivent transformer l'école primaire en bâtiment à énergie positive ou encore épicerie faisant la part belle au local.

Partager cet article

Dans la même thématique

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le

FRA – AN – ASSEMBLEE – COMMISSION AUDITION AURORE BERGE
6min

Politique

« Grand remplacement » : une théorie « raciste », rappellent les historiens à Aurore Bergé

La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a suscité la polémique au sein même de son propre camp, en refusant de qualifier de « raciste » la théorie du grand remplacement conceptualisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus. La ministre a néanmoins qualifié la théorie de « mensongère », a affirmé qu'elle entendait la combattre, et estimé que le débat sur ce sujet « faisait partie de la liberté d'expression ». Une position intenable pour l'historien de la colonisation Nicolas Bancel, qui rappelle que « la composante raciale » est au cœur de cette théorie.

Le

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
2min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : « Coup de poignard », rien ne va plus entre Bruno Retailleau et ses alliés centristes

En choisissant de soutenir Valérie Boyer (LR), candidate à sa réélection dans les Bouches-du-Rhône, le président des Républicains, Bruno Retailleau, s'est attiré les foudres de ses alliés centristes au Sénat qui lui rappellent que la sénatrice Brigitte Devésa conduit une liste d'union de la droite et du centre dans le département. Le choix de Bruno Retailleau est qualifié de « coup de poignard » par le compte X des sénateurs centristes.

Le

Le Sénat
16min

Politique

Recul des LR, arrivée d’un groupe RN et la gauche qui veut limiter la casse : les enjeux des sénatoriales

Le Sénat ne devrait pas connaître de grand bouleversement après les élections sénatoriales du 27 septembre, avec le maintien d’une majorité de droite et du centre pour Gérard Larcher, où le groupe Union centriste pourrait cependant voir son poids renforcé. Mais les sénateurs se préparent à une petite révolution : l’arrivée possible du premier groupe RN. A gauche, PS et Écologistes espèrent limiter la casse par des accords « gagnant-gagnant ».

Le