Affaire Lyhanna : « Les hommes se servent, utilisent et abusent du corps des femmes et des enfants en toute impunité », dénonce la sénatrice Laurence Rossignol (PS)

À l’unisson de la gauche, la sénatrice socialiste Laurence Rossignol pointe ce vendredi, sur Public Sénat, le manque d’éducation et de prévention face aux violences masculines dans le sillage du meurtre de la jeune Lyhanna. Elle regrette le manque de moyens d’enquête pour les crimes sur enfants, mais n’appelle pas à la démission du garde des Sceaux Gérald Darmanin.
Christian Mouly

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La colère et l’émotion ne sont pas retombées, plus d’une semaine après le meurtre de la jeune Lyhanna. Les femmes, en particulier, montent au créneau, aussi bien dans la rue, dans le milieu associatif et, depuis plusieurs jours, parmi la classe politique, y voyant le symptôme d’une violence masculine « systémique » contre les femmes et les enfants.

Ancienne ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes sous François Hollande, la sénatrice PS Laurence Rossignol fait partie de ces femmes en première ligne à gauche. « Depuis des siècles, les hommes se servent, utilisent, usent et abusent du corps des femmes et des enfants en toute impunité. Ils bénéficient d’une complaisance, d’une organisation de la société qui consiste à détourner les yeux. […] Ce ne sont malheureusement pas des exceptions, c’est massif », dénonce-t-elle, ce vendredi, dans l’émission Parlement Hebdo sur Public Sénat et LCP.

Un discours proche de celui de sa collègue écologiste Mélanie Vogel, qui a fait s’agiter les rangs du Sénat, mercredi, lors des questions d’actualité au gouvernement : « Le viol est un problème d’hommes. Le meurtre est un problème d’hommes. La violence est un problème d’hommes. […] Pas tous les hommes, mais tous des hommes », avait-elle cinglé. « Donc, notre société a besoin d’une révolution culturelle », reprend ce vendredi Laurence Rossignol.

« Nous avons besoin d’une révolution culturelle »

Invitée face à elle sur Public Sénat, la députée MoDem Perrine Goulet partage avec la socialiste le constat d’un dysfonctionnement général de la justice. Les deux élus reconnaissent une augmentation des moyens – le budget du ministère de la Justice a augmenté de 50 % depuis 2017 –, mais pas à la hauteur de l’évolution de la société sur ces sujets. « Nous ne sommes pas dimensionnés pour accueillir toute cette libération de la parole sur ces violences systémiques faites aux femmes et aux enfants », regrette Perrine Goulet, par ailleurs présidente de la délégation des droits des enfants à l’Assemblée nationale.

D’autant que « l’augmentation des moyens (de la justice) a principalement concerné l’administration pénitentiaire et le bâti. Mais on est toujours en sous-effectif, pas simplement dans la justice, dans toute la chaîne d’enquête », poursuit Laurence Rossignol. L’élue du Val-de-Marne veut renforcer la formation des enquêteurs dans le recueil de la parole des enfants, alors que « quantité de magistrats ne connaissent rien au sujet », estime-t-elle. Contrairement à LFI, elle ne réclame toutefois pas la démission du garde des Sceaux, Gérald Darmanin : « Pour le remplacer par qui ? Ce n’est pas tant le sujet ».

Dans l’affaire Lyhanna, les critiques portent principalement sur la liberté totale dont a pu profiter le principal suspect, Jérôme Barella. Avant sa mise en examen pour le meurtre de la fillette, il n’avait jamais été arrêté ni convoqué malgré plusieurs plaintes et signalements pour des violences sexuelles sur mineures.

« Ce n’est pas simplement une question de répression »

Les deux élues insistent aussi sur la nécessité d’engager des actions de prévention et d’éducation, plutôt que de s’en tenir à des mesures de répression. « Ce n’est pas simplement une question de répression. La peur du gendarme ne suffit pas », juge Laurence Rossignol, qui s’agace : « Quand est-ce qu’on parle de la prévention, de réparation, de la prise en charge des victimes ? »

« On a besoin d’investir énormément dans le soin des victimes, mais aussi des auteurs. Parce que si on ne traite pas les auteurs, quoi qu’il arrive, ils sortiront de prison et ils pourront recommencer », abonde Perrine Goulet. Face au risque de récidive, la députée MoDem se montre perplexe quant à la proposition de Bruno Retailleau d’instaurer la castration chimique obligatoire des criminels sexuels. « C’est regarder encore le sujet par le petit coin de la lorgnette. Ça peut être intéressant, mais tout seul, ça ne résoudra pas le sujet », déplore-t-elle.

Les espoirs de la « loi intégrale »

C’est pourquoi les deux parlementaires attendent beaucoup de la proposition de « loi intégrale » sur les violences faites aux femmes et aux enfants. D’origine transpartisane, le texte prévoit notamment la création d’unités judiciaires et de juridictions spécialisées, ainsi qu’un parquet dédié. Les mesures contenues dans ses 80 articles exigent un effort budgétaire d’environ 2,7 milliards d’euros. Mais il ne figure, à ce stade, à l’ordre du jour d’aucune des deux chambres.

En attendant, le projet de loi de l’exécutif sur la protection des enfants sera examiné le 15 juillet à l’Assemblée avec, à la clé, un renforcement des peines pour les violeurs en série et une réduction des délais d’enquête pour les crimes et délits sur enfants. Le Sénat, lui, devra attendre : entre l’embouteillage législatif et les élections sénatoriales, la proposition n’arrivera pas avant le 8 octobre au Palais du Luxembourg. Au grand dam de Laurence Rossignol : « Cette semaine, on va étudier au Sénat la proposition de loi qui porte atteinte au jour férié chômé du 1er mai. On va passer trois heures dans l’hémicycle pour permettre aux boulangeries d’ouvrir. Je pense que ce n’est pas une priorité. En revanche, la protection des enfants en est une. »

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