Adrien Quatennens : « Emmanuel Macron fait le choix de l’économie »
Adrien Quatennens, le coordinateur de La France Insoumise revient sur les annonces d’Emmanuel Macron. En annonçant cette date du 11 mai, le Président fait selon lui primer la relance de l’économie sur l’aspect sanitaire. Au-delà des aides et revalorisations, c’est tout notre modèle économique et social qui serait à revoir. Le député LFI du Nord répond aux questions d’Oriane Mancini.

Adrien Quatennens : « Emmanuel Macron fait le choix de l’économie »

Adrien Quatennens, le coordinateur de La France Insoumise revient sur les annonces d’Emmanuel Macron. En annonçant cette date du 11 mai, le Président fait selon lui primer la relance de l’économie sur l’aspect sanitaire. Au-delà des aides et revalorisations, c’est tout notre modèle économique et social qui serait à revoir. Le député LFI du Nord répond aux questions d’Oriane Mancini.
Public Sénat

Par Oriane Mancini

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Budget rectificatif :

« Il faut regarder dans le détail ce plan de finances rectificatif. La dernière fois, sur les 45 milliards mis sur la table, vous aviez une bonne partie qui n’était que des reports de charges. Ça laisse à penser qu’au moment de la relance de l’économie, finalement beaucoup de PME et d’artisans devront payer ces charges. Il n’y a pas beaucoup d’argent frais mis sur la table. Il y a des points de vigilance essentiels comme le financement de l’hôpital public et du matériel. Clairement, 2 milliards pour l’ensemble du matériel de santé de l’hôpital comme annoncé dans le précédent PLFR, c’est insuffisant. Les soignants alertent depuis un an sur sa situation particulièrement difficile. Nous, nous avons dit qu’il fallait au moins 10 milliards d’euros pour pouvoir financer tout ce qu’il faut financer.

Nous ne combattons pas seulement un virus. Nous combattons ses effets sur un modèle qui a tout fragilisé et notamment à l’hôpital. Nous avons perdu 69 000 lits depuis 15 ans. Rien qu’en 2018, 4 172 ont été perdus. Il faut remettre l’État sur pied et nos services publics dont on voit bien qu’ils sont en première ligne. Sur le premier PLFR, nous l’avons voté car foncièrement rien n’allait dans le mauvais sens mais il y avait beaucoup d’insuffisances.

En revanche, nous avions voté contre l’état d’urgence sanitaire parce qu’il y avait quelque chose qui allait à l’encontre des travailleurs de ce pays. Dans les premières ordonnances, le gouvernement faisait par exemple le choix de permettre à l’employeur de prendre la main sur les congés payés, sur les jours de repos, d’augmenter considérablement le temps de travail dans certains secteurs.

Pour moi le relâchement le plus dangereux, c’est celui que j’observe dans beaucoup de secteurs non indispensables et qui reprennent leurs activités sans offrir toutes les protections à leurs salariés. »

Rétablissement de l’ISF :

« Nous allons redemander le rétablissement de l’ISF même de manière temporaire. Ce sont plus de 3,2 milliards qui pourraient être ainsi récupérés et injectés dans la planification sanitaire.

D’ailleurs nous avons lancé une pétition en ligne qui marche très bien. Enfin, les Français ne comprennent pas que dans la 6ème puissance économique qui va bientôt être équipée de la 5G, les soignants n’aient toujours pas accès au matériel rudimentaire pour faire face à cette épidémie. On marche sur la tête. Oui, il faut pouvoir investir beaucoup plus et en particulier dans l’hôpital public qui a été fragilisé. Le dernier plan santé d’Agnès Buzyn, c’était 1,5 milliard sur 3 ans. À titre de comparaison, c’est le budget annuel du CHU de Lille.

Revalorisation des soignants :

« Cela me paraît absolument nécessaire. Il faut soulager, encourager et reconnaître le travail de celles et ceux qui sont en première ligne mais aussi tous les autres. Moi je suis très soucieux que les Français ne subissent pas les effets économiques de la crise. Nous proposons d’ailleurs 11 mesures d’urgence qui visent à dire qu’il ne doit pas y avoir de perte de revenus. On pourrait par exemple imaginer suspendre les loyers. »

Prime aux fonctionnaires :

« Il est évident qu’au vu de la mobilisation des personnels du public, qu’ils doivent être revalorisés. Tout le monde le comprend. Ceux qui sont en première ligne ce sont d’abord eux et les petites paies. Donc oui, c’est essentiel qu’il y ait un geste fort de reconnaissance. Moi je pense que tous les salariés, publics comme privés, qui sont mobilisés doivent pouvoir être récompensés. »

Aide aux familles modestes :

« Il y a beaucoup de choses qui vont dans le bon sens même si on peut les juger insuffisantes. Tout le monde voit bien que nous sommes confinés dans nos inégalités. Il est clair qu’être confiné au bord de l’océan dans une maison, ce n’est pas la même chose que de l’être dans un studio en Ile-de-France. Cet effort que l’on demande aux Français, il faudra se rappeler qu’on leur demande parce que notre système de santé n’était pas prêt à absorber un tel choc. Oui tout ce qui peut être fait pour soulager cet effort doit être salué. »

Discours d’Emmanuel Macron :

« Moi je me méfie de tous ces acteurs de la vie politique qui sont prêts à toutes les contritions dans ce genre de période en espérant leur amnistie. En 2008, Nicolas Sarkozy nous promettait la fin du capitalisme financiarisé. 12 ans plus tard, aucune leçon n’a été retenue. La preuve, cette crise d’aujourd’hui est certes d’une autre nature mais elle révèle l’échec de ceux qui ont préféré le libre marché à l’État, la concurrence libre et non faussée et des cadres de coopération et le grand déménagement du monde.

Alors, il est clair qu’entendre Emmanuel Macron citer les Jours heureux et parler de planification, ce n’est pas commun et ce n’est pas pour me déplaire. On n’attend pas seulement des mots mais des actes. Par exemple, on pouvait s’attendre à ce qu’il fasse des gestes en annonçant la suppression de la réforme des retraites, en annonçant la suppression de celle de l’assurance chômage ou en annonçant des nationalisations. Se réinventer, cela doit commencer dès maintenant et j’observe que le gouvernement est plutôt en train de considérer que nous vivons une parenthèse et qu’il va falloir relancer la machine au plus vite. Moi je dis qu’une telle mise à l’arrêt de notre économie, ne doit pas avoir pour priorité de relancer la machine mais de la remplacer. L’après crise ne peut pas être identique à ce qui se passait avant. Il faut changer de modèle et bâtir le monde d’après sur l’entraide et la solidarité. Ce n’est pas forcément ce que fait Emmanuel Macron depuis 3 ans. »

Le déconfinement :

« Il faut bien sûr des perspectives de déconfinement. Mais Emmanuel Macron annonce la date du 11 mai sans annoncer clairement de stratégie. Nous ne savons pas les moyens mis en place en termes de réquisitions du secteur textile pour les masques par exemple, pour pouvoir y parvenir. Le déconfinement repose sur 3 critères : le taux de la population immunisée, la capacité de tests et la possibilité d’avoir un traitement ou un vaccin. Sur ces 3 critères, on voit que c’est assez faible aujourd’hui. Je pense qu’Emmanuel Macron va un peu vite en besogne. Comme il n’a pas voulu renforcer le confinement et mettre à l’arrêt les secteurs non indispensables, je crois qu’Emmanuel Macron est en train de faire un choix qui favorise plutôt la reprise de l’activité économique que celui d’assumer que le confinement peut encore durer. J’adjure le Président de ne pas rentrer dans le déconfinement dans l’improvisation et sans planification ce qui laisserait craindre une deuxième vague de l’épidémie. »

L’après crise :

« Depuis 10 jours, on a cette petite musique qui consiste à dire qu’à l’issue de la crise tout le monde va se remonter les manches, que les salariés vont travailler plus… Moi ce que je crois c’est que ce gouvernement commence à avoir le vertige à ne pas pouvoir ressusciter son monde d’avant. Au contraire, cette mise à l’arrêt doit être une injonction à ne pas relancer avec les mêmes paramètres. Ça, Emmanuel Macron est incapable de le penser. Dans son discours, sa priorité semble être la relance de l’économie peut être au prix que certains Français soient contaminés et cela m’inquiète. La priorité doit être la santé. Sans changement, la seule perspective ne doit pas être pour plusieurs générations de rembourser les dettes. On a tant de choses à faire. Le défi climatique va nécessiter que l’on mette beaucoup d’argent sur la table et de grandes bifurcations mais je n’ai pas l’impression que ce soit le logiciel qui guide le gouvernement en ce moment. »

Le risque de fracture sociale :

« Il y a la nécessité de retrouver du consentement. Je continue de soutenir l’idée d’une assemblée constituante qui définirait des règles communes. On va en avoir besoin. Beaucoup d’acteurs de la vie politique utilisent désormais des mots qui font écho à nos propositions. Je vois qu’il y a une sorte de mélenchonisation des esprits. Pour certains, il faut tout reprendre à zéro ou s’amnistier de ce qu’ils ont fait avant, nous nous avançons avec stabilité sur la base de notre programme. J’espère que la manière de voir et penser le service public sera notamment profondément modifiée. Cette crise doit nous transformer. »

 

Pendant toute la période du confinement, retrouvez chaque jour de semaine à midi notre interview politique, en ligne sur publicsenat.fr et notre chaîne YouTube.

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