Agroalimentaire: une loi pour doper  l’agriculture et contre la guerre des prix
Le gouvernement a présenté mercredi un projet de loi censé mettre fin à la guerre des prix entre distributeurs, et redonner un...

Agroalimentaire: une loi pour doper l’agriculture et contre la guerre des prix

Le gouvernement a présenté mercredi un projet de loi censé mettre fin à la guerre des prix entre distributeurs, et redonner un...
Public Sénat

Par Emmanuelle TRECOLLE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le gouvernement a présenté mercredi un projet de loi censé mettre fin à la guerre des prix entre distributeurs, et redonner un peu d'air aux agriculteurs, premier volet de sa feuille de route pour réformer le secteur de l'agroalimentaire français.

Le "projet de loi pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable" est la traduction législative des travaux réalisés pendant cinq mois par toute la filière agroalimentaire lors des Etats généraux de l'alimentation (EGA) et devrait aboutir "en septembre", a assuré le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, à l'issue du conseil des ministres.

C'est la "première brique" de la politique de l'alimentation voulue par le gouvernement; la "deuxième brique", ce seront les plans de filière par lesquels le président Macron a demandé aux acteurs économiques de se mobiliser, un plan de sortie et de réduction des produits phytosanitaires, ainsi qu'un plan bio qui sera dévoilé au Salon de l'agriculture.

Une grande partie de la loi vise à améliorer les relations commerciales dans le secteur agroalimentaire en commençant par inverser la construction du prix payé aux agriculteurs.

- plus de vente à perte -

"La profession agricole c'est la seule que je connaisse qui ne facture pas et qui ne négocie pas son prix de vente", a expliqué M. Travert, en indiquant que "demain, grâce à cette contractualisation inversée, les agriculteurs qui seront réunis en organisations de producteurs avec des indicateurs qui seront fournis par les filières agricoles pourront déterminer sur un bassin donné une indication de prix en deçà duquel ils ne pourront pas vendre leurs produits, car ils ne pourront pas vendre à perte".

Du côté de la grande distribution, la loi prévoit de limiter les promotions et de relever le seuil de revente à perte (SRP) de 10%. Cela signifie que les supermarchés seront obligés de revendre un produit alimentaire au minimum au prix où ils l'ont acheté, majoré de 10%, pour couvrir les frais de logistique et de transport.

"Cette valeur que nous allons récupérer à travers l'encadrement des promotions, elle va donner une bouffée d'air aux distributeurs, pour aller chercher des points de marge ailleurs, sur d'autres produits, et faire en sorte de mieux rémunérer les produits agricoles", a indiqué M. Travert.

Le ministre a également assuré qu'il "y aura toujours des promotions, le deux (produits) achetés un gratuit sera toujours possible", mais c'est par contre la fin de l'offre un produit acheté, un produit offert.

"Nous sommes ici pour réguler les choses, pour rappeler à chacun ses obligations", a également rappelé le ministre qui va recevoir tous les acteurs vendredi pour faire un point sur les négociations commerciales en cours en attendant que la loi soit mise en place.

- "cadeau à la grande distribution" -

Le relèvement du SRP est un "cadeau offert à la grande distribution sur le dos du consommateur, avec un bénéfice très hypothétique pour le producteur", a regretté Olivier Andrault, chargé de mission "alimentation" pour l'association de consommateurs UFC-Que Choisir, dans une interview au Télégramme.

Il chiffre la charge supplémentaire pour les consommateurs "à un milliard d'euros sur les deux ans que durera l'expérience".

Ce que M. Travert a démenti en assurant que "le panier moyen de nos consommateurs n'augmentera pas de la manière dont certains le voient", car il y aura un "lissage" entre les différents produits.

La coordination rurale comme le Modef, deux syndicats agricoles minoritaires ont manifesté leur déception devant ce projet de loi. "Les engagements pris à la suite de l'opération de communication des EGA sont une fois de plus reniés", selon un communiqué de la coordination qui compte maintenant sur les parlementaires pour le transformer "en outil efficace et sauver ainsi les agriculteurs du naufrage".

"La loi laisse un goût amer car les producteurs pourront proposer leur prix aux distributeurs, mais ces derniers ne sont pas dans l'obligation de les accepter", a renchéri le Modef dans un communiqué.

Serge Papin, le patron de Système U, s'est lui déclaré "très satisfait" du projet de loi car il "vise à la réconciliation, à dépasser le rapport de forces" entre distributeurs et agriculteurs.

Partager cet article

Dans la même thématique

Emmanuel Macron chairs G7 leaders’ videoconference on economic impact of Iran war
3min

Politique

Guerre en Iran : Emmanuel Macron confirme le déblocage de 400 millions de barils de pétrole issus des réserves stratégiques

Le président français s’est entretenu avec les représentants du G7, ce mercredi 11 mars, dans un contexte de guerre inflammable en Iran. A l’issue de cette réunion, il a confirmé le déblocage de 400 millions de barils de pétrole des réserves stratégiques par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) en réponse au blocage du détroit stratégique d’Ormuz. Sur la Russie, il a précisé qu’« aucune sanction » ne serait levée à l’encontre du pays agresseur de l’Ukraine.

Le

Capture
5min

Politique

Municipales 2026 : A son tour, le PS accuse LR de « fusion par la base » avec le RN

Après la conférence de presse de Bruno Retailleau, au cours de laquelle il a présenté les « accords de la honte », ces alliances entre le PS et LFI pour les municipales, les socialistes lui ont rendu la pareille. Lors d’un exercice similaire ce matin, ils ont présenté des chiffres démontrant selon eux l’avènement d’une « fusion par la base » entre la droite et l’extrême-droite. Des données réfutées par LR, qui permettent difficilement de conclure à une collusion entre le parti et le RN, mais qui traduisent un glissement vers l’extrême-droite des militants de droite sur le terrain.

Le

Maire et echarpe tricolore
5min

Politique

Municipales 2026 : combien touche un maire dans l’exercice de son mandat ?

Les maires des 35 000 communes de France, ainsi que leurs adjoints, perçoivent une indemnité qui va de quelques centaines d’euros à plusieurs milliers d’euros par mois selon la taille de la commune. L’immense majorité d’entre eux touche une rémunération qui ne dépasse pas les 2 000 euros net par mois. Explication.

Le