Antisémitisme en France: Macron dénonce une « résurgence » inédite depuis 1945
Le président Emmanuel Macron a dénoncé mercredi "une résurgence de l'antisémitisme sans doute inédite depuis la Seconde Guerre mondiale" en...

Antisémitisme en France: Macron dénonce une « résurgence » inédite depuis 1945

Le président Emmanuel Macron a dénoncé mercredi "une résurgence de l'antisémitisme sans doute inédite depuis la Seconde Guerre mondiale" en...
Public Sénat

Par Karine PERRET et Laurence BENHAMOU

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le président Emmanuel Macron a dénoncé mercredi "une résurgence de l'antisémitisme sans doute inédite depuis la Seconde Guerre mondiale" en France et en Europe, y assimilant l'antisionisme et annnonçant des mesures pour tracer de nouvelles "lignes rouges" après une série d'incidents dans le pays.

"Depuis plusieurs années, et la situation s'est encore aggravée ces dernières semaines, notre pays - comme d'ailleurs l'ensemble de l'Europe et la quasi-totalité des démocraties occidentales - est confrontée à une résurgence de l'antisémitisme sans doute inédite depuis la Seconde Guerre mondiale", a déclaré le chef de l'Etat devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), à Paris.

"À nouveau, depuis plusieurs années, l'antisémitisme tue en France", a-t-il poursuivi, alors que la France a connu en 2018 une flambée de 74% des actes antisémites.

Le chef de l'Etat a estimé que le temps des "actes" était venu, réitérant la promesse qu'il avait faite mardi en se rendant à Quatzenheim, dans l'est de la France, où une centaine de tombes du cimetière juif ont été recouvertes de croix gammées.

Le président a notamment annoncé le dépôt prochain d'une proposition de loi pour contrer la prolifération des propos racistes et antisémites sur le net en "renforçant la pression sur les opérateurs".

Le président Emmanuel Macron et le président du Crif, Francis Kalifat (g), le 20 février 2019 à Paris
Le président Emmanuel Macron et le président du Crif, Francis Kalifat (g), le 20 février 2019 à Paris
POOL/AFP

Répondant au voeu des instances juives et du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, il a annoncé que la France allait "mettre en oeuvre" - sans toutefois l'intégrer au Code pénal - une définition de l'antisémitisme élargie à l'antisionisme, qui est "une des formes modernes de l'antisémitisme".

- lignes rouges -

Il a demandé la dissolution d'"associations ou groupements" racistes ou antisémites", dont "pour commencer" trois organisations d'extrême droite.

"Parce que la période met en cause ce que nous sommes, la France doit tracer de nouvelles lignes rouges", a-t-il déclaré.

Les tombes profanées d'un cimetière juif, le 20 février 2019 à Quatzenheim, dans le Bas-Rhin
Les tombes profanées d'un cimetière juif, le 20 février 2019 à Quatzenheim, dans le Bas-Rhin
AFP

"L'antisémitisme n'est pas le problème des Juifs, c'est le problème de la République", a-t-il ajouté, demandant au ministre de l'Education de se pencher sur le problème à l'école publique, et sur celui d'établissements touchés par la déscolarisation d'enfants de confession juive.

M. Macron s'exprimait après une série d'incidents antisémites en France ces derniers jours.

L'intellectuel et membre de l'Académie française Alain Finkielkraut a été violemment pris à partie samedi en marge d'un défilé des "gilets jaunes" par des manifestants, dont l'un a notamment utilisé le mot "sioniste". Cela a suscité un débat en France sur le sens à donner à ce mot dans ce contexte.

Mardi, 96 tombes avaient été découvertes profanées avec des croix gammées dans le cimetière juif de Quatzenheim.

- "un travail très long" -

Quelques jours plus tôt, des portraits de Simone Veil, rescapée d'Auschwitz et figure récemment décédée de la vie politique française, avaient été barrés d'une croix gammée. Et un arbre planté à la mémoire d'Ilan Halimi, un jeune juif torturé à mort en 2006, avait été retrouvé scié.

Des fleurs et des bougies près d'une photo d'Ilan Halimi, le 13 février 2019 à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans l'Essonne
Des fleurs et des bougies près d'une photo d'Ilan Halimi, le 13 février 2019 à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans l'Essonne
AFP/Archives

La France a recensé 541 actes antisémites en 2018, un chiffre en hausse de 74% sur un an, mais qui reste inférieur aux pics de 2014 (851) et de 2004 (974). Et en 2018, l'Agence juive estimait à 45.000 - un dixième de la communauté - le nombre des juifs de France ayant fait leur "aliyah", l'émigration vers Israël, en une décennie.

Dans son discours, le président du Crif, Francis Kalifat, avait lancé un appel aux musulmans et aux imams à lutter contre l'antisémitisme et à "en finir avec la justification religieuse de la haine des juifs".

Ce dîner annuel intervenait au lendemain d'une mobilisation contre l'antisémitisme à l'appel de responsables politiques, religieux et associatifs, qui a réuni des milliers de personnes dans plusieurs villes du pays et notamment à Paris, Marseille ou Strasbourg, sans pour autant prendre le caractère massif espéré par certains.

"La masse n'était pas là, la foule n'était pas là", a ainsi regretté à l'antenne de la chaîne CNews l'avocat Serge Klarsfeld, connu pour sa traque d'anciens nazis. "L'antisémitisme, ça ne se guérit pas facilement, c'est un travail très long".

Partager cet article

Dans la même thématique

Antisémitisme en France: Macron dénonce une « résurgence » inédite depuis 1945
6min

Politique

Nouvelle-Calédonie : le projet de loi constitutionnelle passe l’étape du Sénat

Mardi après-midi, le Sénat a adopté le projet de loi constitutionnelle relatif à la Nouvelle-Calédonie, grâce aux voix de la majorité sénatoriale de droite et du centre. Le texte prévoit notamment la création d’un État calédonien inscrit dans la Constitution française. Mais ce scrutin est une victoire en trompe-l’œil pour le gouvernement qui va peiner à réunir la majorité des 3/5ème du Parlement réuni en Congrès, nécessaire pour approuver la révision constitutionnelle.

Le

Antisémitisme en France: Macron dénonce une « résurgence » inédite depuis 1945
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, ce mardi 24 février, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le

Antisémitisme en France: Macron dénonce une « résurgence » inédite depuis 1945
4min

Politique

Municipale à Biarritz : revivez notre grand débat

Les six principaux candidats à l’élection municipale à Biarritz ont participé au débat organisé par Public Sénat, TV7 et Sud-Ouest. La question du logement et de l’immobilier a largement animé les débats. Incontournables à Biarritz, les rapports entre la ville et le club de rugby ont également été au cœur des échanges.

Le