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Crédit : ISA HARSIN/SIPA

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.
François Vignal

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Les plus vieux hollandais s’en rappellent encore. Du côté du boulevard Saint-Michel, à Paris, derrière le porche d’un hôtel particulier, c’est ici, dans les locaux de la questure du Sénat, qui jouxtent le jardin du Luxembourg, que François Hollande réunissait en toute discrétion son premier cercle, en 2011. Il y préparait sa future candidature, avant de prendre l’Elysée, en 2012. Le socialiste Jean-Pierre Bel venait d’arracher à la droite la Haute assemblée. Une autre époque. Faire du Sénat sa base arrière lui a-t-il porté chance ? Ce n’est pas son intention cette fois-ci. Toujours est-il que c’est à nouveau à la questure de la Haute assemblée que François Hollande a réuni ses amis pour une rencontre très politique, comme l’avait annoncé Le Figaro.

Cercle des poètes disparus

Mais alors que chacun des principaux candidats, à l’exception de Marine Le Pen, a déjà organisé leur premier grand meeting, il s’agissait de remettre dans l’atmosphère l’hypothèse de sa candidature. Car si l’opération est loin d’être aisée, François Hollande rêve d’être le candidat de la gauche de gouvernement et de coiffer au poteau, ou plutôt de s’imposer à Raphaël Glucksmann et consorts.

S’il n’est pas (pour l’heure) candidat, c’est bien de 2027 dont il était question mercredi soir, dans les jardins de la questure, où 150 invités s’étaient réunis. « Je ne m’attendais pas à autant de monde pour un après 15 juillet » confie une sénatrice, qui avait reçu son carton d’invitation, dans l’une des boucles où l’information a circulé. Des socialistes, comme l’ex-premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, ou Patrick Kanner, à la tête du groupe PS du Sénat, « mais pas seulement ». Pas mal d’anciens de la hollandie, des ministres de son quinquennat, des parlementaires, des ex-conseillers, des personnes du monde « économique, sociétal, culturel »… « C’était des retrouvailles informelles », selon l’une des convives. « Il était entouré d’amis, ce n’était pas un meeting », ajoute un autre. Un petit côté Cercle des poètes disparus, mais assumé. « C’était le but », confie un socialiste. Histoire de raviver la flamme et d’envoyer une carte postale, avant la coupure estivale.

« Il va faire des propositions aux Français, pas une encyclopédie indigeste, mais quelques grandes idées »

Après un mot de la puissance accueillante, la sénatrice PS des Bouches-du-Rhône, Marie-Arlette Carlotti, questeure du Sénat et elle-même ancienne ministre de François Hollande, l’ex-chef de l’Etat a pris la parole. Ceux qui attendaient un retour officiel ont été déçus : il n’a pas déclaré sa candidature. Seule vraie nouvelle : « Il nous a annoncé qu’il écrivait son livre, qui sort tout début septembre », explique un parlementaire. Il devrait paraître le 3 septembre.

Reste que certains sont un peu restés sur leur faim. « On voulait savoir ce qu’il portait comme projet. On en est restés là à ce stade. Mais les copains qui étaient là auraient aimé un peu plus. Mais il va d’abord parler de fond, avant de parler de qui est candidat. Il va faire des propositions aux Français, pas une encyclopédie indigeste, mais quelques grandes idées », selon un invité présent sur place, qui ajoute : « Il pense que c’est sur le fond et pas le casting que les Français se décideront ».

« Sur l’international, il a toute la légitimité »

S’il faudra attendre pour un projet, et encore plus pour une candidature, l’ex-chef de l’Etat, a livré son sentiment sur « la situation politique et les enjeux ». « Il pense qu’il faut unifier le pays, faire confiance et donner de l’espoir à une nouvelle génération. Se présenter non pas pour battre qui que ce soit, mais gagner l’élection, car il y a un enjeu international et le prochain président devra s’élever à ce niveau-là », rapporte une sénatrice. Une autre renchérit sur ce thème : « Sur l’international, il a toute la légitimité, car il a l’expérience. Et quelle expérience avec le Mali, en 2013, les attentats terroristes de 2015. Il a été servi. Ça lui donne la légitimité que beaucoup de candidats n’ont pas ».

Un parlementaire, visiblement pas loin de porter un t-shirt #Hollande2027, le voit « au-dessus de la mêlée », jugeant « son discours d’une très grande sérénité et solennité, que ce soit par rapport aux enjeux internationaux, environnementaux, sociétaux et sociaux. On avait un discours d’un ancien président de la République qui avait pour lui l’expérience et le recul depuis 10 ans sur l’actualité. Et il est le seul personnage politique à avoir connu la fonction présidentielle », du moins dans ceux qui visent 2027.

« Pas de copier/coller entre 2012 et 2027 »

Pour espérer pouvoir se lancer, il faudra qu’il y ait encore un paquet de planètes qui s’alignent. D’autant que François Hollande imagine se lancer sans se présenter à la primaire du pôle socialiste, pour laquelle les militants PS viennent de voter. Pour lui, l’horizon où les choses se clarifieront n’arrivera pas avant « janvier » 2027. « Il faut laisser du temps au temps », dit l’un de ses fidèles. Mais ses amis font comprendre qu’il ne sera pas candidat coûte que coûte, ni quoi qu’il en coûte. Autrement dit, il n’apportera pas de la division à la division et n’ira que s’il a ses chances.

« Il a dit « pas de candidature de témoignage ». Il se l’appliquera à lui-même », soutient un socialiste qui le connaît bien. Mais ça vaut pour tous les autres, en l’occurrence Raphaël Glucksmann : « Il a clairement dit qu’on n’a pas besoin, au sein de la gauche de responsabilité, de candidature de témoignage. Comprenne qui pourra… » « Si la gauche qu’il représente avec d’autres n’a aucune chance de devancer Jean-Luc Mélenchon, il ne sera pas candidat », dit autrement un parlementaire, « mais il considère qu’on peut battre Jean-Luc Mélenchon en portant un discours de responsabilité et européen ». Par ailleurs, François Hollande n’aurait rien à prouver, ayant lui-même déjà occupé la fonction suprême : « Le mec ne se rase pas tous les matins en se disant, je veux être Président, il l’a été ».

Mais si candidature Hollande il y a, il ne faudra pas servir du réchauffé. « Il dit en substance qu’il n’y aura pas de copier/coller entre 2012 et 2027. Son élection de 2012 correspond à un moment donné qui aujourd’hui n’existe plus », entre « la guerre en Europe », « l’IA », « l’aggravation des inégalités, qui fait qu’on a une société fracturée. Donc tout a changé ».

« Protéger les Français de tous ce qui ne va pas dans notre République »

Pour convaincre, un proche soutient qu’« il faudra un nouveau projet politique percutant ». Pour l’heure, « il évoque deux thèmes : protéger les Français de tous ce qui ne va pas dans notre République : accès aux soins, questions éducatives, inégalités. Et par ailleurs, le devoir de protéger nos générations futures, alors que nos enfants ont des perspectives de vie moins bonnes ».

La petite sauterie arrivait au lendemain – ça tombe bien – de la publication d’un sondage Ifop-Fiducial pour Paris Match, où François Hollande est considéré comme la deuxième personnalité politique préférée des Français, après Michel-Edouard Leclerc. Avec 49 % de bonnes opinions, grâce à un bond de 5 points, il devance un certain Raphaël Glucksmann (34 %, -5 points, 31e place). Et à ce petit jeu de la course des petits chevaux, par l’intermédiaire des sondages, les amis de François Hollande attendent le président de Place Publique au tournant. « Si Glucksmann était choisi par la primaire du pôle socialiste, tout le monde regardera s’il y a un effet Glucksmann, et si vraiment il inverse la courbe avec Mélenchon », prévient un pro Hollande.

« Je lui ai dit : sans le Parti socialiste, c’est impossible. Il m’a dit oui »

Mais dans les épreuves qui sont devant lui, il y a aussi la question du Parti socialiste. « Et sans le PS, il fait comment sur le plan financier ? Je lui ai dit : sans le parti, c’est impossible. Il m’a dit oui. C’est son dilemme aujourd’hui », confie un parlementaire présent.

« Il a besoin du parti, et des Français surtout », corrige une sénatrice. Autrement dit, il devra parler aux électeurs. S’il paraît ensuite le mieux placé, le parti n’aura pas d’autre choix que de le suivre. « Mais tant qu’il n’aura pas posé des choses claires sur la table… » tempère un convive, qui aimerait le voir dévoiler davantage son jeu. « Mais tout le monde a compris qu’il se prépare. Après, je ne sais pas si ça aboutira », reconnaît le même.

« Cazeneuve, combien de divisions ? On verra ce qu’il représente réellement »

Un autre n’a pas attendu pour se déclarer. C’est Bernard Cazeneuve. L’ancien premier ministre de François Hollande, qui a lui quitté le PS, contrairement au député de Corrèze, annonce sa candidature à la présidentielle ce jeudi soir, dans Le Parisien. Manière de prendre François Hollande de vitesse, dans une guerre de mouvement. « Cazeneuve, combien de divisions ? On verra ce qu’il représente réellement », balaye un soutien de François Hollande. La question vaut aussi pour l’ancien chef de l’Etat.

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