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Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.
Simon Barbarit

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Et un de plus ? Pas tout à fait. A la tête de son mouvement « La Convention » créé en 2023, Bernard Cazeneuve laisse filtrer depuis plusieurs mois déjà ses ambitions présidentielles. L’ancien Premier ministre a fait un pas de plus hier, en publiant sur son site un programme fleuve sobrement intitulé « Lettre aux Français ». Pour accompagner cet « évènement », Bernard Cazeneuve a donné une interview au Parisien dans laquelle la question de la date de sa candidature a bien évidemment été posée. Et la réponse de l’intéressé a plutôt été alambiquée. « Pour moi, le projet est la condition d’une candidature crédible. Ma lettre dit le projet que je soumets aux Français et qui m’engage. C’est donc par un contrat qui me lie aux Français que je présente ma candidature, non par des habiletés tactiques, moins encore par la projection d’un ‘moi’ de plus… ». L’ancien député de la Manche confirme également son rejet de participer à la primaire organisée par le PS en octobre, « faute d’un récit national à raconter et d’un trop-plein d’acteurs sur scène, convaincus qu’on leur doit un rôle ».

« Son programme a pour objectif de le positionner par rapport à Jean-Luc Mélenchon et le bloc central »

Le programme en question, 86 pages quand même, reste dans les sentiers battus de la social-démocratie, avec l’accent mis sur l’ordre républicain, la laïcité, la réindustrialisation, la justice sociale et fiscale. Le projet est centré autour de trois axes : « protéger les vies » notamment les femmes et les enfants, « remettre l’État en état », ce qui passe par le rétablissement d’un septennat et une dose de proportionnelle aux législatives et « rebâtir les souverainetés » productive, éducative, extérieure. Il propose aussi une règle d’or sociale. « Toute exonération de cotisation décidée par l’État doit être compensée à l’euro près à la Sécurité sociale et tout déséquilibre des comptes sociaux doit être rétabli dans un délai de cinq ans », préconise-t-il dans Le Parisien.

Pierre-Nicolas Baudot, politiste, spécialiste de la gauche, rappelle, tout d’abord, que le programme politique dans une campagne présidentielle « reste un objet central ». « Le PS a publié le sien récemment, les écologistes aussi. Les programmes, même si peu de Français les lisent, donnent une identité politique au candidat. C’est ce qu’on appelle les raccourcis cognitifs. Les Français associent les candidats à certaines idées politiques. Pour Bernard Cazeneuve, la publication de son programme a pour objectif de le positionner par rapport à Jean-Luc Mélenchon et le bloc central. La question est : qui va incarner cet espace-là au centre gauche ? Jusqu’à présent les prétendants étaient en phase d’observation, mais les choses se sont accélérées ces derniers jours ».

« Il a très largement disparu des radars de la politique active depuis une décennie »

En effet, François Hollande a mis un petit coup d’accélérateur cette semaine en réunissant ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat (lire notre article). « Bernard Cazeneuve a dû être piqué au vif par les avancées de Hollande. Il a dû se dire que s’il veut avancer sa carte, c’est maintenant ou jamais », relève Bruno Cautrès, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). « La démarche de Bernard Cazeneuve illustre d’abord et avant tout l’état de perte de repères de notre système politique. Malgré l’estime portée à Bernard Cazeneuve à gauche comme à droite, il a très largement disparu des radars de la politique active depuis une décennie. Cette candidature de plus d’une personnalité ayant eu d’éminentes fonctions illustre un problème d’incarnation au centre gauche. Mais aussi l’affaiblissement des partis politiques, qui, en dehors des deux extrémités du spectre, au RN et LFI, n’arrivent plus à imposer un candidat. On l’a vu lors du dernier vote interne des militants socialistes. Ils ont dit à leurs cadres qu’ils voulaient reprendre la main », ajoute-t-il.

La semaine dernière, les militants PS ont, en effet, largement rejeté l’idée d’une primaire ouverte défendue par le premier secrétaire, Olivier Faure, pour un mode de désignation réservé aux membres à jour d’adhésion du PS et de ses partenaires, dont Place publique (PP).

Si Raphaël Glucksmann est toujours le favori de l’espace politique social-démocrate dans les sondages, donné autour de 10 %, il voit arriver dans son rétroviseur François Hollande. Dans le dernier sondage Ifop-Fiducial pour Paris Match, l’ancien chef d’État est considéré comme la deuxième personnalité politique préférée des Français, après Michel-Édouard Leclerc. Avec 49 % de bonnes opinions, grâce à un bond de 5 points, il devance un certain Raphaël Glucksmann (34 %, -5 points, 31e place).

« Bernard Cazeneuve veut jouer sur cette image de crédibilité, de serviteur de l’État »

Dans cet espace où chacun refuse pour le moment une primaire, Bernard Cazeneuve peine à exister. « Dans ce match avec Raphaël Glucksmann et François Hollande, Bernard Cazeneuve veut jouer sur cette image de crédibilité, de serviteur de l’État et il est forcément moins comptable du bilan de François Hollande que François Hollande lui-même. Mais tous les trois ne peuvent pas faire campagne sans les ressources militantes et financières et les réseaux du PS. Ils doivent donc composer avec la démocratie interne du parti. C’est pourquoi, pour le moment, ils préfèrent miser sur la stratégie de l’opinion publique plutôt que de se lancer dans une primaire. D’autant qu’ils défendent une candidature de rassemblement pour récupérer les voix des électeurs macronistes », souligne Pierre-Nicolas Baudot.

« Il va y avoir un grand coup de tamis cet automne », appuie Bruno Cautrès. « Moins pour des raisons de parrainages que pour des raisons financières. De nombreux candidats ont été marqués par ce qui est arrivé à Valérie Pécresse en 2022 (qui s’était endettée personnellement pour mener campagne, NDLR). Un autre grand coup de tamis interviendra lorsqu’ils devront avancer le détail de leur programme. C’est-à-dire qui paiera l’addition de leurs propositions ? Cette question va faire revenir le clivage gauche/droite. Les candidats de droite vont proposer de couper dans les dépenses et de réduire le périmètre d’intervention de l’État. Ceux de gauche vont s’attaquer à la taxation des hauts patrimoines ».

« Bernard Cazeneuve a toujours cultivé une mystique mitterrandienne »

Sur les réseaux sociaux, le « contrat » que Bernard Cazeneuve affirme avoir lié avec les Français a suscité quelques moqueries. Certains internautes n’ont pas manqué de rappeler n’avoir rien signé avec l’ancien Premier ministre. « Cette formule rappelle la lettre adressée aux Français de Mitterrand en 1988. L’idée était de montrer qu’il dépassait les partis, à la différence près qu’il était le Président sortant. Bernard Cazeneuve a toujours cultivé une mystique mitterrandienne. Une stratégie qui peut marcher avec les élus. Mais on peut douter de son impact dans l’opinion. Les campagnes ont changé depuis 40 ans. Les candidats ont repris les codes des réseaux sociaux et adapté leur campagne aux nouvelles couvertures médiatiques », relève Pierre-Nicolas Baudot.

« La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler. C’était quand même l’objectif d’Emmanuel Macron il y a 10 ans », conclut Bruno Cautrès.

 

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