« Antisystème » mais aussi antisémite, l’ultradroite veut « aiguillonner les gilets jaunes »
Eux aussi ont battu le pavé chaque samedi depuis deux mois: des ténors de l'ultradroite veulent "aiguillonner les +gilets jaunes+" pour "abattre...

« Antisystème » mais aussi antisémite, l’ultradroite veut « aiguillonner les gilets jaunes »

Eux aussi ont battu le pavé chaque samedi depuis deux mois: des ténors de l'ultradroite veulent "aiguillonner les +gilets jaunes+" pour "abattre...
Public Sénat

Par Guillaume DECAMME

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Eux aussi ont battu le pavé chaque samedi depuis deux mois: des ténors de l'ultradroite veulent "aiguillonner les +gilets jaunes+" pour "abattre le système", un projet qui trouve un écho mitigé pour cause d'antisémitisme affiché par certains.

Pour jauger l'ampleur de ses troupes, Yvan Benedetti, ancien patron de l'Oeuvre française, un groupuscule pétainiste dissous et "gilet jaune de la première heure", a convié quatre orateurs à une "réunion" samedi dans une salle de Rungis (Val-de-Marne), au moment où 84.000 protestataires défilaient en France dans le cadre de l'acte 10 du mouvement.

Et à l'applaudimètre, l'essayiste d'extrême droite Alain Soral l'emporte. "Soral ! Soral !", scandent les 500 personnes venues l'écouter lui, mais aussi l'écrivain antisémite Hervé Ryssen, un membre du groupuscule monarchiste Action française et Jérôme Bourbon, directeur de l'hebdomadaire d'extrême droite "Rivarol".

Jeudi, le tribunal correctionnel de Bobigny condamnait Alain Soral à un an de prison ferme pour avoir injurié une magistrate et tenu des propos antisémites sur son site internet. Il y avait notamment écrit: "Les juifs sont manipulateurs, dominateurs et haineux".

Mais samedi, Alain Soral est venu encenser les "gilets jaunes", un mouvement qui incarne "la droite des valeurs et la gauche du travail. C'est l'alliance de la classe moyenne et du prolétariat". Il juge que les protestataires, qui réclament plus de pouvoir d'achat et de peser davantage dans le débat, "valident (son) combat".

Dans l'assistance, Laurent (prénom modifié), manutentionnaire, acquiesce: "Je suis +gilet jaune+ depuis le début. Franchement, j'en peux plus de Macron et de ses amis de la finance cosmopolite".

A ses côtés, beaucoup d'hommes, quelques femmes. Un militant de l'Action française porte un gilet jaune sur lequel est écrit "Vive le Roy !". Le public applaudit lorsqu'Alain Soral assure que "les +gilets jaunes+ ont mis à bas le national-sionisme" ou quand Jérôme Bourbon fustige le "dogme holocaustique (sic)".

Yvan Benedetti, lui, jubile: "Avec les +gilets jaunes+ on assiste à l'effondrement de la croyance dans la société de consommation". Mais il affirme ne pas vouloir récupérer le mouvement. Il entend l'"aiguillonner".

- "L'antisémitisme, produit culturel" -

Mais cette ultradroite, qui honnit Marine Le Pen pour sa "soumission au système", peut-elle trouver un écho chez les "gilets jaunes" ?

Dans les cortèges parisiens notamment, certains manifestants ont fait "la quenelle", un geste créé par Dieudonné, vu par ses détracteurs comme un salut nazi inversé, comme un geste antisystème par les partisans du polémiste plusieurs fois condamné.

Yvan Benedetti, ancien patron de l'Oeuvre française, le 1er octobre 2015 au palais de justice de Paris où il comparaissait pour incitation à la haine raciale
Yvan Benedetti, ancien patron de l'Oeuvre française, le 1er octobre 2015 au palais de justice de Paris où il comparaissait pour incitation à la haine raciale
AFP/Archives

D'autres "gilets jaunes" vilipendent aussi bien "le système" que "la finance mondiale".

Autant de propos que tiennent volontiers les ténors de l'ultradroite qui développent un "discours sur l'illégitimité du pouvoir, un pouvoir qui serait aux mains des tireurs de ficelles que peuvent être selon eux les francs-maçons ou la finance internationale", note le politologue Jean-Yves Camus.

"Avec les +gilets jaunes+, il y a donc quelque chose qui peut donner un peu d'oxygène" à l'ultradroite, dit-il.

Mais pour l'historien des droites extrêmes Nicolas Lebourg, l'ultradroite française rebute par l'antisémitisme professé par certains. A l'instar d'Hervé Ryssen qui l'an dernier a été condamné à un an de prison pour des messages antisémites dans une vidéo diffusée sur YouTube.

"En France, l'antisémitisme est un produit culturel", explique Nicolas Lebourg, en citant le succès des spectacles de Dieudonné. "Ca n'est pas un produit politique: dès qu'un candidat (à une élection) a quelque chose qui évoque l'antisémitisme dans son CV, on sait qu'il est carbonisé".

En outre, l'ultradroite fait face à sa propre fragmentation. "On a là une affiche unitaire avec Benedetti, Soral, Ryssen etc, alors on se dit: +Mon dieu, c'est l'unité!+, mais c'est l'unité d'infra-groupuscules".

Citant des rapports de police récents, il avance le chiffre de 3.000 militants d'ultradroite en France.

Preuve que l'ultradroite reçoit un accueil mitigé des "gilets jaunes": cette vidéo tournée à la fin de l'acte 9 à Paris par la société de production Premières Lignes. Des hommes lancent "Dieudonné président !", avant de se dire "judéophobes mais pas antisémites".

Outré, un "gilet jaune" s'interpose et appelle à les "sortir du mouvement".

Quelques jours après cette scène, ce "gilet jaune", Benjamin Belaidi, assure à l'AFP qu'"on ne peut pas tolérer ces propos chez nous".

"C'est important d'occuper le terrain et de nettoyer nos rangs", affirme-t-il.

Partager cet article

Dans la même thématique

Capture d’écran du documentaire « Les Rosenberg, des espions au cœur de l’Amérique » de Julia Bracher
6min

Politique

Les « docus de l’été » : Les époux Rosenberg, les espions qui ont divisé l’Amérique

C’est l’un des procès pour espionnage les plus retentissants de l’Histoire des États-Unis. Celui des époux Rosenberg, accusés d’avoir travaillé pour le compte des Soviétiques en pleine Guerre froide et alors que l’Amérique apprend avec stupeur que les Russes détiennent l’arme atomique. Le documentaire "Les Rosenberg, des espions au cœur de l’Amérique", réalisé par Julia Bracher, diffusé cet été sur Public Sénat, raconte leur histoire et les tumultes provoqués par leur procès jusqu’au jour de leur exécution, le 19 juin 1953. L’élan populaire international n’aura pas suffi à les sauver de la chaise électrique.

Le

« Antisystème » mais aussi antisémite, l’ultradroite veut « aiguillonner les gilets jaunes »
5min

Politique

« On m’a posé douze implants le même jour, une souffrance qu’on ne peut pas décrire » raconte cette victime d’un centre dentaire « low-cost »

En 2015, pour son passage à la retraite, Christine Teilhol, souhaite s’offrir un nouveau sourire. Éblouie par des tarifs attractifs d’un centre dentaire qui vient d’ouvrir, cette ancienne technicienne de laboratoire va tomber dans le piège d’un escroc et découvrir les limites de la médecine « low-cost ».

Le

Paris French President Emmanuel Macron closing speech at the national convention on mental health
5min

Politique

SERIE D’ETE – Emmanuel Macron, 10 ans après, quel bilan ? La santé mentale, Grande cause nationale

Que reste-t-il des promesses électorales d’Emmanuel Macron ? Alors que le second quinquennat s’achève, Public Sénat profite de la pause estivale pour passer au crible les principaux engagements pris par le chef de l’Etat lors de ses deux campagnes présidentielles, en 2017 et 2022. Au menu de ce quatrième épisode : la santé mentale, Grande cause nationale de 2025 et de 2026.

Le