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Raphaël Glucksmann, à son meeting aux Docks d'Aubervilliers, le 13 juin 2026.

Présidentielle 2027 : Raphaël Glucksmann, rassembleur de la gauche, pour un meeting qui avait tout d’un lancement de campagne

REPORTAGE - Ce samedi 13 juin aux Docks d’Aubervilliers, Raphaël Glucksmann a tenu un grand rassemblement aux allures de meeting présidentiel, en présence de nombreuses personnalités politiques. Même s’il refuse toujours d’officialiser sa candidature pour 2027, l’eurodéputé, co-fondateur de Place publique, affiche ses ambitions : rassembler la gauche sociale-démocrate et écologiste, dépasser Jean-Luc Mélenchon dans les sondages et convaincre le Parti socialiste de se rallier à lui.
Romain David

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Ça ressemble à un meeting pour une campagne présidentielle… mais ça n’est pas un meeting pour une campagne présidentielle. Raphaël Glucksmann aurait pu faire sien, ce samedi 13 juin, le célèbre slogan de la réclame Canada Dry, petite madeleine publicitaire que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître. Banderoles, oriflammes aux couleurs de son parti, drapeaux tricolores et Marseillaise… Dans la grande salle des Docks d’Aubervilliers, où le co-fondateur de Place publique a invité ses soutiens, tout ou presque évoque l’ambiance et le décorum des grands raouts de campagne. Jusqu’à ce gigantesque fond de scène, barré d’un immense « Gagner en 2027 », et ces militants survoltés – il faudra une dizaine de minutes à Raphaël Glucksmann pour parcourir les quelques mètres qui le séparent de son pupitre.

Sur le papier, pourtant, il n’est pas encore question de candidature, seulement d’une prise de parole et d’un échange entre le député européen et plusieurs personnalités politiques et de la société civile, deux semaines après la publication de son dernier livre Nous avons encore envie. Au micro, Raphaël Glucksmann explique vouloir « réveiller une envie de justice, de liberté, de solidarité au sein du peuple Français. » « Nous allons reprendre la flamme nationale du parti qui l’usurpe depuis des décennies », tonne-t-il.

« Nous ne sommes qu’au début de l’aventure ! »

Pendant plus d’une heure, il déroule un discours sur la reconquête de la souveraineté française, manière aussi de se présidentialiser. L’élu européen fustige « les trois laisses qui enserrent le cou des Français » : dépendance aux énergies fossiles, dépendance industrielle à la Chine et dépendance technologique et numérique. « Nous ferons de la République française une république écologique ! », promet-il.

Il accuse l’extrême droite de vouloir « vendre la France à Trump et Poutine. » Raphaël Glucksmann connaît ses points forts, il sait qu’à gauche, ils sont peu nombreux parmi les candidats putatifs à l’Elysée à maîtriser aussi bien que lui les dossiers internationaux. « Je sais que l’on me demande souvent de moins parler de guerre et de Poutine, mais je sais surtout quels sont les enjeux pour l’Europe et la France. Alors, je continuerai d’en parler ! », martèle-t-il.

La salle, dont la jauge monte à 2 500 places, est remplie. Un conseiller politique se félicite : « On ne fait pas de concours, mais dans notre espace politique aucune autre formation ne peut faire mieux. Et nous ne sommes qu’au début de l’aventure ! »

Aux premiers rangs, plusieurs poids lourds affichent leur soutien. Deux présidents de région : Carole Delga, (Occitanie) et François Bonneau (Centre-Val de Loire). Des figures du quinquennat de François Hollande comme l’ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine, et Hélène Geoffroy, ex-secrétaire d’Etat et opposante à la direction d’Olivier Faure au PS. Mais aussi une dizaine de députés de gauche, et presque autant de sénateurs. Quelques personnalités de la société civile sont également présentes : Anne Sinclair, Bernard Kouchner, l’actrice Bérénice Bejo, son compagnon le réalisateur Michel Hazanavicius, ou encore Laurence Tubiana, l’une des architectes des accords de Paris sur le climat…

Créer une dynamique

Depuis des mois l’eurodéputé entretient un vrai/faux suspense sur sa candidature, même s’il ne fait guère mystère de ses ambitions présidentielles. Raphaël Glucksmann veut se donner du temps – « trois mois », répète-t-il. Peut-être moins. Dans une campagne présidentielle ce sont souvent les circonstances qui dictent les agendas. Le temps, en tout cas, de voir si la dynamique sondagière qui le porte depuis les élections européennes est assez solide pour lui permettre d’emmener une gauche non-mélenchoniste au second tour. Et accessoirement, convaincre le Parti socialiste, dont il était la tête de liste aux deux dernières élections européennes, de lui accorder à nouveau son soutien, sans avoir à passer par une primaire.

« Ces trois mois, ce n’est pas un aveu de faiblesse, c’est une marque de respect », justifie le conseiller cité plus haut. « Les autres formations politiques nous demandent de montrer que nous sommes en capacité. Nous allons leur montrer que nous avons un corpus idéologique, une force de rassemblement et surtout la détermination nécessaire. » Le sénateur Place publique Grégory Blanc abonde : « Un espoir est en train de naître à gauche, et ce n’est pas rien. Nous ne sommes pas encore sur une candidature, mais c’est le moment de dessiner un chemin, une vision de ce que doit être la présidentielle. La candidature à proprement parler, c’est autre chose, c’est une accélération. »

Pour l’heure, la séquence profite à Raphaël Glucksmann ; les affres du parti à la rose, où les candidatures se multiplient sans que personne ne parvienne à s’entendre sur un mode de désignation, lui permettent d’occuper la scène médiatique, de tracer son chemin, et d’adresser des messages aux uns et aux autres. À la fois aux militants PS déboussolés par les atermoiements du parti, à ces électeurs de gauche pour qui le rapprochement passé avec La France insoumise a agi comme un repoussoir, ou encore à ceux qui ont soutenu Emmanuel Macron et n’y trouvent plus leur compte après une décennie au pouvoir. « On m’accuse d’être le nouveau Macron. Vous voulez savoir pourquoi je n’ai jamais cédé à leurs appels du pied ? Il y a beaucoup de raisons, mais la première d’entre elles, c’est que j’ai toujours su qu’Emmanuel Macron n’avait rien compris à l’écologie. Il nous a fait perdre dix années cruciales », a-t-il expliqué ce samedi sous les acclamations.

Elargir donc, l’obsession de tout candidat à la présidentielle. Lucide, Raphaël Glucksmann sait qu’il capitalisera davantage en s’adressant aux socio-démocrates et au centre-gauche, plutôt qu’à la gauche de la gauche, à essayer de braconner un électorat déjà galvanisé par l’entrée en campagne de Jean-Luc Mélenchon. Le tribun caracole en tête des personnalités politiques de gauche, à 16 % des intentions de vote au premier tour dans notre dernier baromètre Odoxa, contre 11 % pour Raphaël Glucksmann. À Saint-Denis la semaine dernière, pour son entrée en campagne, Jean-Luc Mélenchon a joué la démonstration de force en réunissant quelque 26 000 personnes. « Il n’y aura pas d’union avec Mélenchon car nos divergences sont trop profondes, donc il faut que des gens qui ne votent plus à gauche nous rejoignent, sinon c’est mort », a reconnu Raphaël Glucksmann dans un entretien accordé au Parisien en fin de semaine.

« Le critère d’efficacité, c’est dépasser Jean-Luc Mélenchon dans tous les sondages »

Envoyé par le PS, Laurent Baumel explique qu’il « n’est pas là en soutien ». « Il n’y a pas de débat sur l’orientation politique de Raphaël Glucksmann, ça n’est pas la raison pour laquelle nous n’avons pas encore décidé de le soutenir, mais nous considérons qu’à ce stade, on ne peut pas faire l’impasse sur une procédure démocratique pour réduire le nombre de candidatures à gauche », détaille le député. « Raphaël considère qu’il va monter jusqu’à 15-16 %, et que ça se réglera comme ça. D’ici là, je préfère que l’on pose la perspective d’une primaire pour éviter de se retrouver avec 5 ou 6 candidatures sur la ligne de départ. Le critère d’efficacité, c’est dépasser Jean-Luc Mélenchon dans tous les sondages. »

L’écologiste Yannick Jadot assume se présence. Il se dit pourtant que sa venue a créé quelques remous dans son parti, dont la secrétaire nationale, Marine Tondelier, est également candidate à la présidentielle : « Je suis écologiste, j’ai toujours été écologiste, je reste écologiste mais il ne vous a pas échappé que je suis critique sur l’impasse stratégique dans laquelle se sont mis les Verts. Il faut arrêter avec cette obsession de la primaire qui nous emmène dans le mur parce qu’elle attise la multiplication des candidatures à gauche », explique-t-il. « Il nous faut une candidature compétitive, et reconnaissons que la candidature la plus compétitive, aujourd’hui c’est Glucksmann. »

La sénatrice socialiste Laurence Rossignol, ancienne ministre de François Hollande, dresse le même constat : « Il faut être réaliste, il est aujourd’hui le mieux placé parce que les électeurs socialistes se reconnaissent en lui et parce que, comme il n’appartient pas à l’appareil socialiste, il est aussi en mesure d’apporter autre chose ». Reste encore à en convaincre les dirigeants du PS. « Mes amis socialistes sont comme moi, ils veulent une victoire de la gauche en 2027. Ils ont entendu Raphaël Glucksmann ce soir, ils ont vu sa capacité de rassemblement, je ne vois pas pourquoi ils leur tourneraient le dos », conclut la sénatrice.

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