Une traque de six jours, deux hommes connus pour leur radicalisation, une possible volonté de perpétrer une "action violente (...) imminente", mais des cibles encore floues à ce stade: le point sur l'enquête après la conférence de presse de François Molins.
- Qui sont les suspects ?
Les suspects, de nationalité française, Clément Baur, 23 ans, et Mahiedine Merabet, 29 ans, sont radicalisés et fichés S depuis 2016 et 2015.
Leurs premiers contacts remontent à 2015 lors d'un séjour en prison pour des faits de droit commun, trafic de stupéfiants pour Merabet, usage de faux documents administratifs pour Baur. A l'époque, ils avaient partagé la même cellule pendant deux mois.
Des membres du Raid après une fouille chez l'un des deux hommes arrêtés à Marseille le 18 avril 2017, soupçonnés de préparer un attentat
AFP
Le plus jeune, né dans le Val-d'Oise, s'est converti à l'islam en 2007 au contact de Tchétchènes alors qu'il se trouvait à Nice, selon le procureur de Paris François Molins. Deux inscriptions figurent à son casier judiciaire.
Celui de Merabet, originaire de Croix, près de Roubaix, est plus chargé avec 12 condamnations entre 2004 et 2013 pour des faits de vol aggravé, violences, trafic de stupéfiants.
Leur parcours et leurs déplacements interrogent les enquêteurs. Selon le procureur, Clément Baur "n'a eu de cesse de changer de domiciliation et d'utiliser des alias", notamment celui d'un jihadiste tchétchène connu pour avoir vécu à Verviers, et donc de se déplacer en France, en Belgique, en Allemagne".
- Qu'ont découvert les enquêteurs à Marseille ?
Localisés mardi matin, les deux hommes ont été arrêtés à Marseille dans le cadre d'une enquête en flagrance ouverte à Paris le 12 avril, notamment pour association de malfaiteurs terroriste criminelle.
Lors d'une perquisition dans un "appartement conspiratif" du IIIe arrondissement, les enquêteurs sont tombés sur un impressionnant arsenal: "un fusil-mitrailleur Uzi 9 mm" et deux armes de poing, "des boîtes de munitions", "un sac de boulons" a détaillé le procureur.
TATP : un explosif prisé des jihadistes
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Ils ont aussi découvert dans ce "petit appartement d'étudiant" loué depuis le 1er avril "3 kilos de TATP", un explosif instable prisé des jihadistes du groupe EI ainsi qu'"une grenade artisanale constituée de 250 grammes de TATP".
Au mur de l'appartement, étaient accrochés un plan de Marseille et des photos d'"enfants morts, victimes de guerre, de bombardements ou d'exactions".
- Comment s'est déroulée la traque ?
Le 5 avril 2017, la section antiterroriste du parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire visant Mahiedine Merabet sur la base d'éléments recueillis par la DGSI.
Quelques mois plus tôt, le 7 décembre 2016 le domicile de Merabet à Roubaix avait été visée par une perquisition administrative au cours de laquelle les policiers avaient découvert un drapeau du groupe Etat islamique ainsi que de la documentation jihadiste, selon François Molins. L'occupant était alors absent de son domicile, mais s'y trouvait un homme, qui avait présenté une fausse identité et qui s'est avéré être Clément Baur.
Le 4 avril, Mahiedine Merabet a fait signe aux policiers en adressant au commissariat de Roubaix une enveloppe contenant un message en lettres manuscrites: "je vous donne ma carte d'identité et ma carte (bancaire) (...) Je vais bientôt me rendre on discutera (...), laissez moi tranquille, salut".
Des renseignements émanant de la Grande-Bretagne étaient parvenus aux autorités françaises, selon une source proche de l'enquête. Mahiedine Merabet "cherchait à entrer en contact et à transmettre à l'organisation terroriste Etat islamique (EI) une vidéo d'allégeance ou de revendication", a expliqué le procureur.
Outre un important travail de croisement téléphonique pour localiser les suspects, les enquêteurs recueillent des témoignages de la famille de Merabet qui atteste de sa proximité avec Clément Baur.
Ils apprennent par le biais d'investigations "menées auprès d'une société de covoiturage" que les deux hommes "ont regagné Marseille de manière séparée en plusieurs trajets depuis Nancy à la fin du mois de mars". Des mandats de recherche sont délivrés contre eux.
François Fillon salué par des partisans alors qu'il arrive à son meeting de Lille le 18 avril 2017
POOL/AFP
Une vidéo interceptée le 12 avril dernier par la DGSI précipite les choses. Filmée sur une table sur laquelle est posée un fusil mitrailleur de type UZI, elle montre un drapeau de l'EI et "des dizaines de munition disposées afin d'écrire +la loi du talion+, la une d'un quotidien" puis "apparaît un montage d'enfants victimes de bombardements, des photographies jihadistes et des versets coraniques appelant à la vengeance", a décrit le procureur.
Selon une source proche de l'enquête, le quotidien mis en scène est Le Monde daté du 16 mars. Ce jour-là, il faisait sa Une avec une photo de François Fillon.
- Voulaient-ils s'attaquer à la présidentielle?
Selon une source proche de l'enquête, "ils cherchaient à impacter la période" de campagne électorale, "c'est certain", mais aucun projet précis ciblant un candidat n'a été identifié à ce stade. Les gardes à vue des deux suspects, prévues pour durer quatre jours, permettront peut-être d'en savoir plus sur leurs intentions.
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