A grand renfort de chiffres, de graphiques, de projections économiques, Marine Le Pen s’est livrée ce mardi pendant trois quarts d’heure à une démonstration de ce que serait sa politique économique si elle arrivait au pouvoir. L’exercice prévu de longue date a tout de même été percuté par les écrits antisémites attribués à Jordan Bardella par Mediapart, obligé de répondre à nouveau.
Au-delà de tenter d’impulser de nouveaux thèmes dans la sphère médiatique, la présentation de cette trajectoire des finances publiques revêtait d’abord d’un enjeu de crédibilité pour celle qui se présente pour la quatrième fois à l’Elysée. « Quand on est un petit candidat, on est moins regardé là-dessus », admettait un de ses proches pour justifier les faiblesses programmatiques reprochées à la candidate du Rassemblement national lors des campagnes précédentes. Désormais, la donne a changé puisque Marine Le Pen est en tête des sondages après avoir échoué deux fois au deuxième tour en 2017 et 2022.
« Effort radical »
Ce matin, Marine Le Pen et Jordan Bardella se sont partagé le travail. A la candidate la présentation de la trajectoire économique sur cinq ans, au président du RN celle du budget. Pour le parti à la flamme, l’idée est de définitivement tourner la page des procès en incompétence. Si elle est élue présidente de la République, la députée du Pas-de-Calais ambitionne de réaliser 140 milliards d’euros d’économies d’ici 2032, soit 15 milliards de plus qu’annoncés lors du débat devant le Medef fin août. La faute, selon elle, au « budget indigent » proposé par le gouvernement et à « la hausse des taux ». Un « effort radical » assumé par Marine Le Pen pour faire passer la dette française de « 121 % en 2027 à 112 % en 2032 ».
Elle a également rappelé sa proposition d’instaurer « une règle d’or » dans la Constitution par la voie du référendum. Cela aurait pour effet de fixer un seuil maximum de déficit à ne pas dépasser. Pour Marine Le Pen, ce seuil s’établit au niveau au-dessous duquel la dette se stabilise. En revanche, la convocation d’un référendum sur le sujet n’aurait pas lieu immédiatement car elle estime présenter un plan « bien plus exigeant que cette règle d’or ». Ainsi, le référendum pourrait être organisé « dans les douze mois » après l’élection.
Dans le détail des économies qui seraient à la charge de « Jordan Bardella et son ministre des Comptes publics », on retrouve l’immigration qui permettrait d’économiser 15 milliards d’euros en 2027 et « 29 milliards en année pleine » soit « 20 % » du plan d’économies présenté par le RN. Le parti d’extrême droite promet aussi de réduire les dépenses sur les retraites sans avoir encore dévoilé sa propre réforme. 15 à 20 milliards d’euros pourraient être économisés sur les retraites grâce à « des corrections de mesures injustes ». Marine Le Pen proposera aussi un « pilier de capitalisation », cher à Éric Ciotti, son allié de l’UDR, présent à cette conférence de presse. Il y a également « 9 milliards d’euros sur notre contribution à l’Union européenne » a rappelé Jordan Bardella aux côtés de Marine Le Pen.
8,2 milliards d’économies pour les collectivités locales
Le RN s’attaquerait aussi à ce qui a été désigné comme « la mère des batailles » : la « réorganisation de l’Etat » qui permettrait d’économiser 20,7 milliards d’euros dès 2027. Marine Le Pen prévoit une centralisation des recettes de la TVA. « Chaque année, l’Etat transférera aux collectivités territoriales et à la Sécurité Sociale les ressources que le Parlement estime nécessaire à leur équilibre », explique la candidate à la présidentielle qui précise qu’il n’y aura « plus aucune validation a priori ou reconduction de dépenses d’une année sur l’autre sans visa du ministre des Comptes publics ».
Elle projette « de rationaliser les dépenses des collectivités territoriales et de mettre fin au millefeuille administratif français » avec « une simplification radicale qui clarifiera définitivement les compétences ». Ainsi, les collectivités locales participeront à hauteur de 8,2 milliards d’euros dans les efforts budgétaires de 2027. Dans les annexes du projet de budget du RN, la « suppression des EPCI et des métropoles » permettrait, par exemple, une baisse de dépenses de 250 millions d’euros. « L’ajustement des effectifs à la suite de la rationalisation des compétences des collectivités » aurait comme conséquence selon le même document une baisse des dépenses de 800 millions d’euros. La députée du Var Laure Lavalette justifie ces mesures en prenant l’exemple de la métropole de Toulon où « les économies d’échelles promises avec la métropole n’ont pas été là ». La porte-parole de Marine Le Pen dénonce des « doublons » et assume : « On peut faire en sorte que ces collectivités ne coûtent pas d’argent au contribuable ».
Le « pendant national » de la réforme territoriale voulue par le RN se traduira par « la fin de la quasi-totalité des agences et autres organismes parasites », explique Marine Le Pen. Cela pourrait rapporter 3,4 milliards d’euros en baisse de dépense en 2027 d’après le contre-budget présenté. Au Sénat, une commission d’enquête sur les agences de l’Etat avait pourtant chiffré ces économies à tout juste 500 millions d’euros en l’absence de la suppression de politiques publiques.
Critiques des oppositions d’Horizons à LFI
Le contre-budget du RN et la trajectoire proposée par Marine Le Pen ont déjà fait l’objet de vives critiques dans l’opposition. Edouard Philippe a dénoncé sur X un « plan d’une désinvolture spectaculaire ». L’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron que Marine Le Pen tient pour responsable de la dégradation des comptes publics, a estimé que les propositions du RN « ne tiennent pas la route ». Visé également par la candidate RN lors de la conférence de presse, le camp de Gabriel Attal, ancien Premier ministre lui aussi a répondu par l’intermédiaire de son co-directeur de campagne. Le député Paul Midy a dénoncé un « grand n’importe quoi ». « J’ai compté au moins 125 milliards d’euros d’économies complètement fantaisistes », écrit-il. Même tonalité du côté du candidat insoumis Jean-Luc Mélenchon qui a lui estimé que le programme de la députée du Pas-de-Calais allait « condamner la France à faire des coupes budgétaires et de la récession pendant 120 ans ».
Signe que Marine Le Pen se projette, malgré les critiques, à être la prochaine présidente de la République, elle n’a pas évoqué la censure du gouvernement sur l’examen du budget 2027 qui commence demain à l’Assemblée nationale. Elle mise sur un « budget réversible », modifiable dès sa possible accession au pouvoir. Et même si la députée du Pas-de-Calais juge ce « budget mauvais », elle estime ne pas pouvoir « poser des interdictions et des interdits vu la situation financière ».