Bruno Le Roux, un bref CDD à l’Intérieur
Vieux routier du PS et très proche de François Hollande, Bruno Le Roux a quitté mardi le ministère de l'Intérieur par la petite...

Bruno Le Roux, un bref CDD à l’Intérieur

Vieux routier du PS et très proche de François Hollande, Bruno Le Roux a quitté mardi le ministère de l'Intérieur par la petite...
Public Sénat

Par Gregory DANEL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Vieux routier du PS et très proche de François Hollande, Bruno Le Roux a quitté mardi le ministère de l'Intérieur par la petite porte, emporté par la polémique sur l'emploi de ses filles comme assistantes parlementaires, dans le sillage de l'affaire Fillon.

106 jours : Bruno Le Roux, 51 ans, ne sera resté en poste que durant ce très bref bail. Cela fait de lui l'un des plus éphémères ministres de l'Intérieur de la Ve République, après François Baroin, qui n'avait passé qu'un mois et 19 jours place Beauvau en 2007.

L'ex-député de Seine-Saint-Denis, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale pendant le plus clair du quinquennat Hollande, rêvait d'un ministère.

Après autant de remaniements que de déceptions, Bruno Le Roux, homme tout en rondeurs, à l'abord chaleureux, voit finalement son tour arriver en décembre 2016.

Mais à l'Intérieur, ministère régalien où ses prédécesseurs Manuel Valls et Bernard Cazeneuve (devenu son patron une fois nommé à Matignon) ont laissé leur empreinte, il a semblé peiner à prendre ses marques. Et n'a pas évité des maladresses.

Alors que le gouvernement cherche à déminer l'affaire Théo, du nom de ce jeune homme victime d'un viol présumé lors d'une interpellation, M. Le Roux évoque le 14 février à l'Assemblée un "tragique accident", avant de rétropédaler sur Twitter en regrettant un terme "inapproprié".

Autre couac : dans une administration où les syndicats très puissants ont mal vécu le mouvement de colère inédit des policiers à l'automne 2016, le ministre oublie de les réunir pour les informer du bilan de la concertation police-gendarmerie avant qu'il ne soit rendu public. Cela lui vaut une volée de bois vert des organisations syndicales.

- Démineur et conciliateur -

Investi de longue date dans les sujets de sécurité et de police, M. Le Roux aura pourtant été un homme de confiance du chef de l'Etat.

Ancien maire d'Epinay-sur-Seine (battu aux municipales de 2001), il était devenu à la demande de François Hollande secrétaire national du PS chargé des élections de 2000 à 2008. Les deux hommes partagent l'amour du football.

Pendant la traversée du désert de M. Hollande, après son départ de la direction du PS, M. Le Roux était avec Stéphane Le Foll, Michel Sapin et Olivier Faure l'un des quatre mousquetaires autour du député de Corrèze. Lors de la campagne pour l'Elysée en 2012, il sera l'un des porte-parole du futur président.

Député depuis 1997, cet ancien consultant en gestion et stratégie des organisations, et ex-surveillant de lycée professionnel, a passé durant ce quinquennat plus de quatre années dans le rôle de démineur en chef et conciliateur, notamment face aux "frondeurs", en tant que président du groupe socialiste.

A ce poste ingrat - "un boulot de merde", soufflait il y a plusieurs mois un pilier du groupe -, il a fait sans relâche le service après-vente de l'action de l'exécutif et défendu la "mue idéologique" des socialistes, notamment économique.

L'Intérieur aura été pour lui une récompense de dernière minute, et l'homme, né le 2 mai 1965 à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), savourait manifestement, au moins à ses débuts, d'être dans les habits du "premier flic de France".

Mais son bilan en seulement quelques semaines à ce ministère aussi sensible que prestigieux est, forcément, mince.

Il a notamment porté devant le Parlement la loi sécurité publique promulguée le 1er mars, qui révise les régles de la légitime défense pour les policiers. Confronté à l'affaire Théo et aux nuits de violences urbaines qui s'en sont suivies, il a souhaité mettre en avant des dispositifs censés rapprocher la police et la population comme celui des caméras piétons.

Il a également dû faire face à une menace jihadiste persistante, comme l'a démontré encore samedi l'attaque contre des militaires à l'aéroport parisien d'Orly.

Conscient d'être en "CDD" à Beauvau pour seulement six mois, M. Le Roux confiait en janvier au Parisien vouloir que "les journées fassent plus de 24 heures". Son agenda ministériel s'est arrêté mardi, à 18H10.

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le