C’est un morceau d’histoire à lui tout seul. Le groupe RDSE (rassemblement démocratique et social européen) du Sénat est le plus vieux groupe de la Haute assemblée, et même de l’histoire parlementaire. Il date… de 1892. Pour les sénatoriales de septembre prochain, l’enjeu n’est pas mince pour le groupe. 8 sénateurs sur les 16 membres du RDSE sont renouvelables. « On est pile à 50 %. A chaque fois, on est quasiment à la moitié. On n’est pas déséquilibré », souligne Maryse Carrère, présidente du groupe RDSE.
« Pas d’inquiétude sur la pérennité du groupe »
Derrière cet acronyme peu connu du grand public, on trouve des sénateurs de gauche mais aussi de droite, attachés avant tout à la République. On comprend pourquoi, pour l’essentiel, ce sont des radicaux. De gauche, avec le Parti radical de gauche (PRG) et de droite, avec le Parti radical, dans la filiation du Parti radical valoisien. Après la tentative de rapprochement des deux familles radicales, chacun a finalement repris son indépendance, mais le groupe est resté commun. Certains ont soutenu Emmanuel Macron, d’autres pas. Le groupe est toujours resté constructif et libre. Aujourd’hui, le groupe penche davantage à gauche, avec 9 ou 10 membres de ce côté du spectre politique. Mais dans le passé, il a déjà été plus à droite.
Le groupe RDSE a aussi pu être une terre d’accueil pour des sénateurs en mal de groupe. L’ancien ministre de l’Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, y siégea – en phase avec le républicanisme et l’attachement à la laïcité du RDSE, moins avec sa dimension européenne – tout comme l’ancien numéro 1 du PCF, Robert Hue. Plus récemment, en 2018, l’ancien président du groupe PS, Didier Guillaume, rejoint le RDSE, avant d’être nommé ministre de l’Agriculture sous le premier quinquennat Macron. Puis ce sera Jean-Noël Guerini, qui avait quitté le PS, suite à ses ennuis judiciaires.
Avec 8 sièges sur 16 concernés par le renouvellement, le groupe joue gros potentiellement. Sur le papier, sa survie est même en jeu, car il faut être 10 au Sénat pour former un groupe. Mais la présidente du groupe RDSE n’est pas inquiète. « Dans tous les cas, le scénario le plus noir ne nous fera pas disparaître », assure Maryse Carrère, « on n’a pas d’inquiétude sur la pérennité du groupe ».
« Nous sommes le plus vieux groupe du Sénat »
Au contraire, la tendance était plutôt bonne ces dernières années. « On était 14 en 2020, 16 en 2023, puis on était arrivé à 17 au cours des 3 dernières années. Nous avons déjà progressé. C’est plutôt positif, dans un contexte de forte concurrence sur l’espace centriste, où on a 8 groupes aujourd’hui », souligne la sénatrice PRG des Hautes-Pyrénées, qui ajoute : « On est fiers d’avoir résisté. Notre objectif pour 2027, c’est au moins de nous maintenir à 16 membres et d’aller au-delà. Car dans les années 2017, on est monté jusqu’à 24 sénateurs ».
Donc « a minima, l’objectif est la stabilité, voire de gagner un petit peu », insiste Maryse Carrère, dont « la stratégie est de faire réélire avant tous nos sénateurs RDSE ». Elle rappelle qu’« en 2023, nous avons fait réélire l’intégralité de nos sénateurs. On a résisté jusqu’à maintenant, et ça fait 135 ans qu’on résiste ! Nous sommes le plus vieux groupe du Sénat. Nous avons montré notre utilité depuis au moins 135 ans », lance fièrement la présidente du groupe.
Christian Bilhac et Henri Cabanel ne se représentent pas dans l’Hérault
Concrètement, Mirelle Jouve est renouvelable dans les Bouches-du-Rhône. « Elle sera candidate à sa succession. Elle a beaucoup travaillé, suite au départ de Jean-Noël Guerini », souligne Maryse Carrère.
Dans l’Hérault en revanche, Christian Bilhac et Henri Cabanel ne se représentent pas. « Ils ne partent pas en oubliant le RDSE. Ils vont soutenir des candidats pour venir grossir nos rangs. On compte sur l’arrivée de leurs successeurs », soutient la sénatrice des Hautes-Pyrénées. Dans le Var, André Guiol, un ex-PS, ne se représente pas non plus. Lui aussi soutiendra un candidat.
« Nathalie Delattre est partie pour être imbattable »
En Gironde, l’ancienne ministre « Nathalie Delattre mène une liste d’union avec le centre droit. Je ne me fais pas trop de soucis pour sa réélection. Elle est partie pour être imbattable », lance Maryse Carrère au sujet de la présidente du Parti radical.
Dans les Alpes-de-Haute-Provence, Jean-Yves Roux, un autre ancien du PS, se représente également. « C’est un élu qui travaille sur les sujets locaux et il a porté trois propositions de loi sur les collectivités locales qui font référence : sur les compétences eau et assainissement, sur le fait de rendre le transfert aux intercommunalités facultatif, c’était très attendu dans les territoires ruraux et de montagne. Ainsi que la PPL Gemapi, sur la gestion des inondations et une autre encore sur ce thème », salue la présidente de groupe.
« On peut gagner dans le Gers »
Dans le Rhône, Bernard Fialaire se représente aussi. « Il s’est fortement investi sur la lutte contre les discriminations » ou « l’antisémitisme » ou encore en faveur de la fin de vie, souligne la sénatrice, qui « compte bien sûr lui pour revenir ».
Enfin, pour les sénateurs représentant les Français établis hors de France, Sophie Briante Guillemont, une docteure en droit public, se représente. Les résultats des élections consulaires lui sont favorables.
Le groupe peut-il s’attendre à des gains ailleurs ? « Oui, on peut gagner dans le Gers. Nous avons un candidat, Alain Scudellaro, qui est PRG. Il a ses chances. C’est un élu de terrain, de territoire », souligne la sénatrice, qui ajoute que d’autres candidats expriment leur volonté de siéger au RDSE en cas d’élection, comme « en Saône-et-Loire ». La présidente de groupe espère aussi un « pari gagnant » en Haute-Garonne, où le PRG a « de fortes chances » de gagner un siège, grâce à un accord de liste avec le PS.
« Nous, on n’est pas un groupe qui fait dans le buzz politique »
Avoir le plus de sénateurs possible après le scrutin n’est pas qu’une affaire de chiffre. La taille du groupe détermine la place de chacun dans les instances du Sénat et en commission. « C’est bien aussi en termes de fonctionnement interne. Aujourd’hui, à 16, on est 2 par commission. Si on doit tomber à moins, c’est plus embêtant pour le fonctionnement et moins confortable. Mais on a déjà fait à 14 », relève Maryse Carrère.
Un groupe que sa présidente aime voir comme « utile pour le Sénat ». « Nous, on n’est pas un groupe qui fait dans le buzz politique, on n’est pas un groupe polémique, ni de stratégie politique d’appareil. On n’est d’ailleurs pas adossé à un parti politique », explique Maryse Carrère, « nous sommes plus un groupe de responsabilité que d’alignement. Etre beaucoup plus pragmatique que politicien. On assume notre singularité ».
« Aujourd’hui, le RDSE a ce poids de l’histoire, on compte bien le faire perdurer et le préserver »
Mais dans la recomposition politique qui continue, le groupe pourrait-il susciter des convoitises ? L’ancien ministre et ex-sénateur PS, François Rebsamen, qui devrait se présenter aux sénatoriales en Côte-d’Or, après le retrait de François Patriat, aurait pensé, en cas d’élection, fondé un nouveau groupe de centre gauche, qui aurait peut-être pu rassembler notamment des soutiens de Bernard Cazeneuve, comme publicsenat.fr le révélait en mai dernier. Et pour cela, pourquoi pas débaucher quelques sénateurs RDSE ou PS. Mais dans les couloirs du Sénat, l’idée laissait dubitatif.
En tout état de cause, la présidente du RDSE ne l’entendrait pas ainsi. « Aujourd’hui, le RDSE a ce poids de l’histoire. On compte bien le faire perdurer et le préserver », prévient Maryse Carrère, qui n’a « pas eu de contact avec François Rebsamen ». Mais s’il veut venir au groupe, une fois élu, « ça ne posera aucun problème. S’il veut venir, la porte sera ouverte. A condition qu’il porte nos valeurs et qu’il soit en accord avec la charte du groupe, ce que je crois ».
« La boussole républicaine reste le socle de valeur de notre groupe »
« La boussole républicaine reste le socle de valeur de notre groupe », insiste à cet égard Maryse Carrère, ce qui renvoie aux « valeurs radicales ». Un groupe qui « repose sur trois piliers : l’ancrage territorial, indépendance politique et liberté, et la capacité à peser concrètement sur les textes, avec notre liberté de pensée, devenue un peu rare dans notre paysage politique ». Elle ajoute : « Le président du Sénat, Gérard Larcher, a une formule. On ne dit jamais oui par dogmatisme, non par discipline. Je trouve que ça correspond bien à l’ADN du groupe ».