Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
Crédit : Syspeo/SIPA

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…
François Vignal

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Publié le

En termes de financement, tous les partis ne sont pas logés à la même enseigne. Le rapport d’activité 2025 de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), qui porte sur l’année 2024, est riche d’informations à ce titre.

Comme le rappelle le rapport, remis mercredi par le président de l’autorité administrative indépendante, Christian Charpy, et que publicsenat.fr a pu consulter, « l’action de la CNCCFP répond à une exigence simple mais fondamentale : faire en sorte que le financement de la vie politique soit transparent et équitable ». Pour cela, l’autorité administrative indépendante s’appuie sur trois missions : contrôler les comptes de campagne, veiller au respect des obligations comptables des partis et publier et communiquer les données.

Le Conseil constitutionnel saisit par la commission 177 fois

En 2024, 635 partis politiques étaient soumis à dépôt de leurs comptes. 575 les ont déposés, 60 ne l’ont pas fait. Le total des dépenses des partis s’élève cette année-là à 212 millions d’euros, dont 66 millions d’aide publique et 72,9 millions de dons et cotisations.

Côté saisines, la CNCCFP a saisi le Conseil constitutionnel après les législatives de 2024 à 177 reprises, dont 85 rejets de comptes de campagne. « Le Conseil constitutionnel a jugé que la Commission a statué à bon droit dans 176 affaires et l’inéligibilité a été prononcée dans 156 affaires », précise le rapport.

Sur les municipales 2026, à noter que la commission a 4879 comptes à contrôler. Rappelons que globalement, elle examine les comptes de campagne de tous les candidats aux élections, à l’exception des élections municipales dans les communes de moins de 9 000 habitants.

Un point notable : le nombre de partis, ou plutôt de micro-partis, explose. Les micro-partis permettent la participation et le financement à une élection locale, à une élection législative ou de soutenir une personnalité politique nationale, en vue d’une primaire ou de l’élection présidentielle. Le nombre passe ainsi de 493 partis en 2016 à environ 600 en 2023, un peu moins de 650 en 2024 puis une forte hausse pour arriver à 747 en 2025. L’approche des municipales explique en partie cette inflation.

11 partis concentrent 99 % de l’aide publique

Concernant l’aide publique aux partis politiques, elle est au total de 66 millions d’euros en 2024. Elle est divisée en deux parts égales : une part dépend des résultats obtenus au premier tour des élections législatives, l’autre dépend du nombre de parlementaires (députés, sénateurs) qui se rattachent au parti. Globalement, quelques partis concentrent l’essentiel de l’aide publique. « En 2024, les 11 partis percevant plus de 1 million d’aide publique bénéficient de 99 % de l’aide. 2 partis, Ensemble ! (Pour une majorité présidentielle) et le Rassemblement National reçoivent à eux deux 44.7 % de cette dotation », relève le rapport.

En toute logique, on observe une évolution entre 2024 et 2025, année post dissolution, avec des législatives qui ont redéfini les poids de chaque parti à l’Assemblée, et un total d’aides en baisse légère, avec 64 millions en 2025.

En 2024, Ensemble pour la majorité présidentielle, coalition rassemblant Renaissance, Horizons et le Modem, était en tête avec 19,47 millions d’euros de financement public (dont 13,19 millions pour Renaissance, 3,81 millions pour le Modem, 2,46 millions pour Horizons), suivi du Rassemblement national, avec 10,17 millions.

En 2025, le RN reçoit le plus d’aides publiques, avec 14,8 millions d’euros

L’ordre s’inverse en 2025, où le rapport donne les chiffres globaux sur les aides. Le RN devient le parti recevant le plus d’aides publiques, avec 14,80 millions d’euros, suivi d’Ensemble (11,32 millions). A noter qu’Horizons, dont le président Edouard Philippe est candidat à la présidentielle, a clairement repris son indépendance financière. Le parti a reçu 3 millions d’euros en 2025.

La France Insoumise voit son aide, comme son nombre de parlementaires, baisser un peu entre 2024 et 2025, passant de 7,94 millions à 6,67 millions d’euros. Le Parti socialiste a en revanche largement bénéficié de l’accord du NFP, avec un groupe passant de 27 à 62 députés. Son aide publique passe ainsi de 4,67 millions à 7,90 millions d’euros. Les Ecologistes passent eux de 3,19 millions à 3,50 millions d’euros. Le PCF est quasi stable.

Les Républicains reculent, avec 9,49 millions d’euros en 2024 puis 7,45 millions en 2025.

A noter que Reconquête, le parti d’Eric Zemmour a vu ses aides publiques fondre, passant de 1,55 million en 2024 à 198.000 en 2025, après avoir perdu plusieurs parlementaires.

Accord entre le PRG et les mouvements de Carole Delga et d’Hélène Geoffroy

Le rapport donne aussi le détail du reversement de l’aide publique d’un parti mère à d’autres formations satellites ou simplement d’autres partis liés par un accord, pour l’année 2024 (il est trop tôt pour avoir l’année 2025, les partis disposant jusqu’à la fin du mois de juin 2026 pour déposer leurs comptes). Par exemple, LFI reverse 70.400 euros à Picardie Debout, le mouvement du député François Ruffin.

Sur ses 904.000 euros pour 2024, le Parti radical de gauche (PRG) reverse lui 152.000 euros à La République en commun, le mouvement de Carole Delga, présidente PS de la région Occitanie, 55.000 euros à Debout les socialistes, courant du PS animé par Hélène Geoffroy, 27.000 euros à Paris en commun, mouvement qui était derrière la candidature d’Anne Hidalgo pour les municipales, ou encore 26.000 euros à La Force du 13, parti créé à l’origine par l’ex-sénateur Jean-Noël Guerini.

30.000 euros pour Force Républicaine

La GRS (gauche républicaine et socialiste), mouvement du député Emmanuel Maurel et l’ex-sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, a reversé 38.873 euros à l’Engagement, mouvement d’Arnaud Montebourg, qui s’est retiré de la vie politique.

A noter que Les Républicains ont versé en 2024 30.000 euros à Force Républicaine, mouvement lancé à l’origine par François Fillon, présidé ensuite par Bruno Retailleau, élu l’année suivante à la tête des LR.

Seulement 7.499 euros d’aides publiques en 2024 pour Place Publique, parti de Raphaël Glucksmann

Plus surprenant, dans le détail des formations régionalistes qui composent la galaxie de Régions et Peuples solidaires, qui reçoit quand même 1 million d’euros en 2024, surprise, on trouve le Nouveau Centre / Les Centristes, formation de l’ancien ministre de la Défense, Hervé Morin, qui reçoit 110.000 euros.

Mais aussi Place Publique, le parti du quasi-candidat à la présidentielle, Raphaël Glucksmann, qui n’a perçu qu’un maigre 7.499 euros en 2024. Le parti a très peu de parlementaires, on comprend pourquoi le soutien du PS, et son argent, lui est indispensable pour mener sérieusement campagne. On note au passage que Place Publique côtoie même ici… le NPA. La formation d’Olivier Besancenot a perçu 9.444 euros en 2024. Les bras de Régions et Peuples solidaires sont visiblement très accueillants et œcuméniques…

Le PCF et le PS, partis avec la meilleure situation financière en 2024

Au final, quel parti s’en sort le mieux, financièrement ? Et le vainqueur est… le Parti communiste français. Entre un bilan total de 39,8 millions d’euros et 5,3 millions de dettes, la situation financière nette de la place du Colonel Fabien, qui jouit d’un patrimoine immobilier, est de 34,5 millions d’euros en 2024.

Il est suivi du Parti socialiste, avec 33,4 millions d’euros (41,3 millions de total du bilan – 7,9 millions de dettes). Avec un bilan de 41 millions d’euros mais une dette élevée de 19,3 millions, Renaissance profite en 2024 d’une situation nette avantageuse, de 21,7 millions d’euros. Quant à LFI, elle reste positive à hauteur de 1 million d’euros.

Comptes des LR et surtout du RN dans le rouge en 2024

En revanche, deux partis sont dans le rouge : les LR et le RN. Avec 12,3 millions d’euros de dette, et 8,6 millions de bilan, Les Républicains affichent une situation nette négative de 3,6 millions d’euros en 2024, alors que le parti prône la bonne gestion des deniers publics. Mais les LR paient sûrement encore les conséquences du non-remboursement des frais de campagne de Valérie Pécresse, qui n’avait pas atteint les 5 % lors de la présidentielle 2022, laissant à la charge du parti 1,2 million d’euros.

Pour cette photographie sur l’année 2024, le RN a la pire situation financière. Avec un bilan de 7,9 millions d’euros, mais une dette de taille, de 18,9 millions d’euros, le parti d’extrême droite se retrouve dans le rouge à hauteur de 11 millions d’euros.

Record des dons et cotisations pour le PCF

D’un parti à l’autre, le niveau des dons et cotisations exprime aussi la différence de culture politique et de type de formation politique, entre des partis qui gardent encore une base militante active, malgré parfois de faibles scores électoraux, et à l’inverse les partis de notables. Ainsi, le PCF perçoit 17,4 millions d’euros en dons et cotisations, contre 7,4 millions pour le PS, 4,3 millions pour Les Ecologistes. LFI, dont on salue souvent la « machine de guerre » électorale, ne dispose pas de militants trop généreux, avec 1,6 million d’euros.

A droite, les LR ne perçoivent que 3,3 millions d’euros de dons et cotisations en 2024. C’est moins que le RN (5,1 millions) mais c’est plus que, côté centre/centre droit, Renaissance, avec 2,6 millions (mais 4,8 millions en 2022, année présidentielle), Horizons (986.000 euros), le Modem (218.000 euros) et l’UDI (100.000 euros), archétype du parti de notables qui dépend financièrement davantage de l’aide publique, avec 2,2 millions d’euros en 2024.

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