Education: comment Jean-Michel Blanquer s’est imposé au premier rang du gouvernement
Inconnu du grand public lorsqu'il est nommé ministre de l'Education en mai, Jean-Michel Blanquer s'est imposé comme l'une des...

Education: comment Jean-Michel Blanquer s’est imposé au premier rang du gouvernement

Inconnu du grand public lorsqu'il est nommé ministre de l'Education en mai, Jean-Michel Blanquer s'est imposé comme l'une des...
Public Sénat

Par Frédérique PRIS

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Inconnu du grand public lorsqu'il est nommé ministre de l'Education en mai, Jean-Michel Blanquer s'est imposé comme l'une des principales figures du gouvernement d'Edouard Philippe. Un ministre très politique, au risque d'apparaître comme surtout soucieux de communication.

Une chose est sûre: cet ancien recteur et Dgesco (directeur général de l'enseignement scolaire), c'est-à-dire numéro deux officieux du ministère sous Nicolas Sarkozy, connaît très bien l'Education nationale, à l'inverse de certains de ses prédécesseurs.

Mais il divise. "Parfois, les premières mesures que nous avons prises ont été perçues comme étant tournées vers le passé. De même, certaines sont décrites par certains comme n'étant pas sociales", a-t-il d'ailleurs lancé lors du congrès du MoDem samedi à Paris. Il l'assure cependant: "Jamais une action en matière d'éducation n'a été aussi sociale, au moins depuis 20 ans".

A peine installé, celui qui est aujourd'hui l'un des ministres les plus appréciés à droite assouplit la controversée réforme du collège, une décision "habile et pragmatique", dit à l'AFP Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat enseignant du secondaire et adversaire de cette réforme. "Il a un discours séduisant pour les personnels de l'Education et les parents".

Frédérique Rolet le qualifie toutefois d'"ambivalent": "Il sait mettre le doigt sur les problèmes mais il introduit plus de sélectivité dans le système scolaire".

La réduction à 12 élèves des classes de CP dans les écoles des quartiers très défavorisés (REP+) ou le dispositif "Devoirs faits" dans les collèges sont accueillis favorablement par les familles, indiquent les fédérations de parents d'élèves, la FCPE (classée à gauche) et la Peep (plutôt à droite).

Deux mesures qui brouillent les contours idéologiques d'un ministre souvent décrit comme élitiste, et volontiers classé à droite par ses adversaires.

"On a l'impression d'un ministre qui sait où il veut aller, d'un passionné, doté d'une vraie boussole", note Samuel Cywie, porte-parole de la Peep. "Mais pour le moment, il fait beaucoup de politique et envoie des messages pour rassurer les parents".

- "Fantasme d'un âge d'or" -

Son homologue de la FCPE, Liliana Moyano, pointe "des initiatives qui rendent populaire à court terme" mais qui s'avèrent au final assez vagues. "Qui peut être contre le respect d'autrui, contre apprendre à écrire, lire, compter?", s'interroge-t-elle, en référence à l'objectif du ministre pour les élèves en primaire. La question est plutôt de savoir comment on y parvient, note-t-elle.

En évoquant le retour du redoublement, qui n'a jamais été interdit mais simplement rendu exceptionnel et dont la France a longtemps été la championne, ou encore le port de l'uniforme dans les écoles qui le souhaitent, le ministre "entretient le fantasme d'un âge d'or de l'école qui n'a jamais existé", soupire Francette Popineau, du SNUIpp, premier syndicat dans le primaire.

Jean-Michel Blanquer "tient un discours qui fonctionne bien en France, auprès des parents d'élèves et d'une partie des profs", estime Nicolas Anoto, du SE-Unsa, syndicat à tendance réformiste. "Il en appelle à l'autorité et à l'excellence. Mais c'est un discours un peu creux, avec beaucoup d'annonces et sans projet".

Le ministre "agite beaucoup de débats mais les mesures effectives sont au final peu nombreuses. Ce qui n'est pas forcément une mauvaise méthode", glisse Philippe Tournier, à la tête du SNPDEN, qui représente les chefs d'établissement. Il maugrée contre l'avalanche de circulaires et textes réglementaires auxquels doivent faire face les chefs d'établissement depuis des années.

Même Philippe Meirieu le reconnaît. "Le ministre occupe le terrain, et de manière habile", déclarait récemment sur France Inter ce spécialiste des sciences de l'éducation, honni par les tenants d'une école traditionnelle.

Mais les sujets sensibles sont à venir, soulignent les acteurs du monde éducatif, y compris les plus séduits par Jean-Michel Blanquer. En premier lieu, la réforme du bac: "un point potentiellement problématique", selon Jean-Rémi Girard, du Snalc, un syndicat plutôt conservateur, d'accord pour réformer cet examen mais sans affaiblir les disciplines.

Partager cet article

Dans la même thématique

Des « menaces lourdes » d’ingérences numériques étrangères pèsent sur l’élection présidentielle, alerte Sébastien Lecornu
8min

Politique

Des « menaces lourdes » d’ingérences numériques étrangères pèsent sur l’élection présidentielle, alerte Sébastien Lecornu 

Après avoir rendu compte aux partis politiques des ingérences numériques étrangères durant les élections municipales, le Premier ministre a tiré le bilan des investigations et des moyens d’y répondre au cours d’une conférence de presse. Il commence à consulter les forces politiques en vue d’un projet de loi qui pourrait être débattu à l’automne.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
8min

Politique

Avec le retrait du plaider-coupable en matière criminel, « Gérald Darmanin fait de la politique sur le dos des victimes », regrette la rapporteure du texte au Sénat

Suite au rejet du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes en commission des lois de l’Assemblée nationale mercredi, Gérald Darmanin a annoncé le retrait complet du « plaider-coupable » criminel, l’un des dispositifs les plus polémiques de son texte. Une « déception » pour les rapporteurs du texte au Sénat.

Le

Le Sénat rejette le projet de loi de financement de la Sécurité sociale en nouvelle lecture
9min

Politique

Protection de l’enfance examinée au Sénat en octobre : « Le texte aurait mérité d’être inscrit avant », pointe la sénatrice centriste Dominique Vérien

Face à l’émoi suscité par l’affaire Lyhanna, le gouvernement va profiter de l’examen du texte sur la protection de l’enfance pour ajouter de nouvelles mesures. Le Sénat n’examinera pas le texte avant le 8 octobre. Trop tard, pour la centriste Dominique Vérien. La présidente de la commission des lois, Muriel Jourda, interroge surtout le recours à ce projet de loi. « Réagir par un texte sans lien avec l’affaire Lyhanna revient à faire de la loi un outil de communication », pointe la sénatrice LR.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
6min

Politique

Affaire Lyhanna : la proposition d’une peine de perpétuité pour les violeurs en série, laisse perplexe le monde judiciaire

A l’issue d’une réunion de crise avec plusieurs ministres sur les dysfonctionnements qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, le chef du gouvernement Sébastien Lecornu a proposé de renforcer les peines pour les violeurs en série sur mineurs, qui pourront encourir la perpétuité au lieu de 20 ans actuellement. La proposition est difficilement applicable pour les magistrats et avocats.

Le