Elections régionales : LREM ou l’échec de la stratégie des alliances
Le mouvement présidentiel projetait des alliances de second tour dans certaines régions où il nourrissait l’espoir d’une solide troisième ou quatrième place pour handicaper les présidents sortants. Mais le premier tour des élections est un « échec » cinglant pour les candidats d’Emmanuel Macron, éliminés ou en grande faiblesse pour le second tour.

Elections régionales : LREM ou l’échec de la stratégie des alliances

Le mouvement présidentiel projetait des alliances de second tour dans certaines régions où il nourrissait l’espoir d’une solide troisième ou quatrième place pour handicaper les présidents sortants. Mais le premier tour des élections est un « échec » cinglant pour les candidats d’Emmanuel Macron, éliminés ou en grande faiblesse pour le second tour.
Public Sénat

Par Pierre Maurer

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Les macronistes se voyaient déjà en faiseurs de rois. Ils sont réduits au rôle de subalternes. En Ile-de-France, Valérie Pécresse ne pourrait faire sans eux, s’imaginaient-ils. Dans les Hauts-de-France, Xavier Bertrand serait bien obligé d’accepter leur aide pour l’emporter face au RN. Dans le Centre-Val de Loire, le candidat LR finirait bien par rejoindre Marc Fesneau, le candidat ministre et plus bel espoir de la majorité. Mais rien ne s’est déroulé comme prévu.

« Raclée » électorale

Mouvement sans ancrage territorial, en mal d’élus, la République en Marche n’arrive toujours pas à s’implanter à l’échelon local. Les municipales 2020 étaient déjà un échec pour le parti d’Emmanuel Macron, les régionales 2021 sont une « raclée », selon les mots accordés à Ouest France par Philippe Latombe, député Modem de Vendée et membre de la majorité présidentielle. Un « échec » pour le fidèle sénateur macroniste, François Patriat. « La majorité peine à s’implanter localement », constate las, le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand.

Emmanuel Macron et ses cadres ont beau arguer de « l’abstention » record vidant le scrutin « d’enseignements nationaux », les résultats sont décevants. D’autant que le chef d’Etat a décidé de nationaliser les élections, en envoyant par paquets des ministres qui n’auront pas réussi à impulser une dynamique. Pire, après la défaite, certains macronistes pointent du doigt la piètre campagne du garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, dépêché dans les Hauts-de-France et qui aurait plombé la candidature de Laurent Pietraszewski. Résultat, le secrétaire d’Etat n’a pas passé l’étape du premier tour et appelé dans la foulée des résultats à voter pour Xavier Bertrand, potentiel futur adversaire d’Emmanuel Macron à la présidentielle 2022… La macronie espérait pourtant bien accéder au second tour pour contraindre Bertrand à une alliance qui l’aurait handicapé pour la présidentielle.

Plus encore à droite, c’est le psychodrame engendré par l’alliance entre Renaud Muselier, le président LR sortant de la région PACA, et la majorité présidentielle qui a court-circuité les potentielles futures alliances. Tout comme les très hauts scores des LR sortants. « Pécresse, Wauquiez… Après l’exemple Muselier, ils veulent circonscrire l’incendie », confiait avant le premier tour un cadre des Républicains. Tous ont fait plus de 30 % au premier tour. En Auvergne Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez n’a même pas à se poser la question. Le candidat macroniste Bruno Bonnell ne passe pas le premier tour. En Ile-de-France, Valérie Pécresse, qui a obtenu 35,94 % des voix se passera de Laurent Saint-Martin, malgré une alliance de la gauche qui tentera de la déloger. Le rapporteur du budget se maintiendra malgré tout. « Soyons clairs : Valérie Pécresse va gagner dimanche en Île-de-France », a estimé mardi Julien Bargeton, numéro deux à Paris sur la liste de la majorité présidentielle et sénateur RDPI (LREM), qui estime que « l’enjeu est la pluralité des oppositions ».

« Elle m’a fermé la porte au nez »

Convaincue de l’absence de risque d’une victoire du Rassemblement national dimanche prochain, la majorité présidentielle maintient donc ses listes « partout où elle le peut ».

Jean Castex a résumé lui-même mardi matin la position des macronistes : « Nous nous maintenons, parce qu’il est important que des élus portent nos valeurs », a expliqué le Premier ministre lors d’un petit-déjeuner de la majorité, en défendant une position que, depuis deux jours, personne ne contestait vraiment.

Le patron de La République en marche, Stanislas Guerini, voit dans le maintien une autre vertu : poursuivre la construction d’un réseau d’élus, manquant désespérément à son mouvement. Partout donc, sauf en Occitanie, Hauts-de-France et Auvergne Rhône-Alpes.

Parfois à regret : d’aucuns auraient vu d’un bon œil un accord avec la sortante PS Marie-Guite Dufay en Bourgogne Franche-Comté, le challenger LR Nicolas Forissier en Centre-Val de Loire ou le successeur de Jean-Yves Le Drian à la tête de la Bretagne, mais resté au Parti socialiste. En Bourgogne, le Côte d’Orien François Patriat a bien tenté de proposer un accord à la socialiste, mais il s’est fait immédiatement renvoyer dans ses 22. « Elle m’a fermé la porte au nez : donc elle préfère avoir 8 élus communistes et 12 élus écologistes plutôt que 10 ou 15 LREM », a-t-il enragé sur le plateau de Public Sénat mardi matin.

« Les sortants ont préféré prendre des postures politiques en montrant qu’ils ont la tête en 2022. Ils pensent que faire alliance avec LREM est un danger létal pour eux en 2022. Est-ce que c’est dommage ? Je le pense », a déploré mardi Stanislas Guerini, qui rêvait de bâtir des « majorités de projet ». « Les listes LREM ont tendu la main où c’était possible partout. Mais elles ont été refusées car les gens veulent retrouver le bon vieux clivage gauche droite qui aboutit à ces alternances stériles », a fustigé François Patriat.

Le maintien au second tour, choix critiqué

Reste qu’en maintenant leurs listes, les macronistes ont fâché ceux qui les ont éconduits : « En Bourgogne Franche-Comté, s’ils étaient ce rempart (contre le Rassemblement national), ils se seraient retirés », a considéré mardi le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, qui pointe dans cette région un « risque que le potentiel électoral du RN soit infiniment supérieur » au second tour.

« J’estime que les réserves de voix » de Mme Dufay, qui a fait alliance avec EELV (10,34 %) entre les deux tours, « rendent très légitime la question d’un maintien de la majorité présidentielle », lui a répondu Stanislas Guerini. Ailleurs, comme en Bretagne, « c’est un combat fratricide et le risque de l’extrême droite est nul », a avancé François Patriat. Quant au Centre-Val de Loire, Marc Fesneau a terminé derrière le LR Nicolas Forissier et n’a pas réussi à trouver un accord. Enfin dans les Pays de la Loire, l’ancien ministre François de Rugy a dépassé d’un cheveu les 10 %. Un score qui ne le place pas en position de force pour négocier. « Il n’a pas fait le score espéré », a convenu François Patriat.

François Patriat : "Le mouvement #LREM est trop virtuel, trop dans l'entre-soi"
00:46

Tous jouent donc le maintien, quoiqu’il en coûte. De quoi faire enrager les oppositions, de LR au PS, qui enjoignent la majorité au front républicain. Cette défaite stratégique aura-t-elle des conséquences dans la hiérarchie macroniste ? Les rumeurs bruissent et les appétits s’aiguisent. Un éventuel remaniement est évoqué, un renouvellement à la tête de LREM aussi. Pour l’heure, rien n’est acté, si ce n’est le remplacement à terme de LREM par une autre structure. « Je pense que ce n’est pas En Marche qui accompagnera le président de la République à la présidentielle, ce sera bien au-delà », a prédit mardi matin François Patriat, proche historique d’Emmanuel Macron.

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