EPR de Flamanville : « Nous aurions pu faire mieux », reconnaît EDF
Invités au Sénat par l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, les acteurs concernés dans le chantier de l’EPR de Flamanville sont revenus sur le nouveau retard de livraison, dû à une défaillance de huit soudures. Dans une ambiance parfois tendue, ils ont reconnu leurs torts.

EPR de Flamanville : « Nous aurions pu faire mieux », reconnaît EDF

Invités au Sénat par l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, les acteurs concernés dans le chantier de l’EPR de Flamanville sont revenus sur le nouveau retard de livraison, dû à une défaillance de huit soudures. Dans une ambiance parfois tendue, ils ont reconnu leurs torts.
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Par Ariel Guez

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L’affaire fait scandale. L’EPR de Flamanville a vu son chantier une énième fois retardé au mois de juin. L’Autorité de sûreté nucléaire a ordonné à EDF de reprendre huit soudures situées dans la traversée de l'enceinte de confinement, la structure de béton qui doit retenir les éléments radioactifs en cas d'accident. L’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, présidé par le sénateur Gérard Longuet (LR) et le député LREM Cédric Villani, a entendu mercredi en fin d’après-midi les différents acteurs concernés sur la question. Des représentants d’EDF, Framatome, de l'Autorité de sûreté nucléaire ou encore de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire étaient présents au palais du Luxembourg.

Critiques et autocritiques

Dans une table ronde où les échanges ont été tranchants, EDF et Framatome (filiale d'EDF qui conçoit des centrales et fournit des équipements de la chaudière nucléaire et des services de maintenance des réacteurs) se sont faits épingler par l'Autorité de sûreté nucléaire et son dirigeant Bernard Doroszczuk. En cause, la chronologie des faits. Si le chantier de l’EPR de Flamanville n’a été reporté qu’en juin dernier, les différents acteurs étaient au courant dès 2015. « Les anomalies ont été découvertes par EDF et Framatome en juillet 2015. L'ASN n'en a été informée qu'en janvier 2017 », a affirmé Bernard Doroszczuk.

Pour le directeur de l'ASN, deux enseignements sont à tirer des dysfonctionnements révélés sur le site de Flamanville. Bernard Doroszczuk a souligné l'affaiblissement de la compétence et l'expérience industrielle dans le secteur du nucléaire. « Il faut la recouvrer », a-t-il avancé, « il y a un effort à faire pour réaliser du premier coup la qualité qui est attendue du nucléaire ». Aussi, pour l'ASN, Bernard Doroszczuk reconnaît « qu'il faut réfléchir en interne à une orientation de priorité d'inspection qui consisterait à mieux tracer et à mieux contrôler ».

EDF se défend de toute « fuite en avant »

La stratégie même d'EDF était au centre des discussions hier au palais du Luxembourg. Bernard Doroszczuk tirait comme autre enseignement de cette affaire que la filière nucléaire française « a fait un choix qui consiste à rentrer dans une logique de justification technique a posteriori plutôt que de réaliser la réparation de ses équipements ». « Il y a une espèce de pari qui est fait sur le futur en disant : « Certes, il y a un écart, on l'a détecté, mais on le traitera plus tard » ». « Peut-être que la correction immédiate de ces écarts, dans un certain nombre de cas, aurait été plus simple », a avancé le président de l'ASN.

La colère d'Yves Marignac sur EDF et Framatome
02:54

Yves Marignac, directeur de l’association d’information et d’expertise sur le nucléaire et l’énergie WISE-Paris s’est lui aussi montré très sévère. « J’ai entendu des industriels qui ne semblent pas prendre la mesure de la gravité des évènements retracés […]. J’ai qualifié la dérive des soudures de « dérive de trop », parce que j’espère qu’elle va amener une prise de conscience », a-t-il expliqué.

« Nous aurions pu faire mieux »

Xavier Ursat, directeur exécutif en charge des projets nouveau nucléaire d'EDF, s’est défendu de toute « fuite en avant », rappelant que la sécurité était la norme dans le nucléaire. Lors des questions des parlementaires, Émilie Cariou, députée LREM de la Meuse, est revenue sur le sujet, demandant avec force au représentant d’EDF si la stratégie de justification était systématique. Il lui a affirmé « qu’il n’y avait pas de stratégie de report ou de justification ». « Je reconnais que nous avons pris un temps long à nous apercevoir que c’était des non-conformités ponctuelles renvoyées à un système plus large, et nous aurions pu faire mieux », a-t-il avoué.

Plusieurs possibilités pour résoudre le problème.

Trois scénarios sont à l'étude pour réparer les soudures défectueuses sur des tuyaux de l'EPR de Flamanville et le choix ne devrait pas intervenir avant plusieurs mois. « Nous avons pris la décision d'étudier dans le détail trois scénarios de remise à niveau, de les partager avec l'ASN, de regarder chacun d'eux, pour avoir une vision complète », a expliqué le responsable d'EDF

« Ce n'est qu'une fois tout ça fait qu'on choisira le scénario et ce n'est qu'à ce moment-là qu'on communiquera sur le planning et le coût, donc probablement pas avant plusieurs mois », a-t-il précisé. EDF envisage comme première hypothèse de les extraire par l'extérieur du bâtiment, ce qui implique de démonter beaucoup d'éléments. La seconde hypothèse implique d'intervenir par l'espace entre les enceintes, ce qui signifierait « travailler dans un espace confiné » et toucher à « des matériels sensibles sur lesquels on n'a pas le droit à l'erreur ». Enfin, troisième possibilité, une « remise à niveau par l'intérieur grâce à un robot inséré dans la tuyauterie ».

Xavier Ursat présente les trois possibilités pour réparer les soudures défectueuses
02:44

Si EDF ne choisira qu'après une longue étude lequel des trois scénarios privilégier, Xavier Ursat a indiqué que la première option semblait avoir « la faisabilité la plus acquise ». Le Décret d'autorisation de création de la centrale (DAC) prévoyant au plus tard une mise en service en avril 2020, « nous avons demandé la prolongation du DAC de Flamanville », a-t-il ajouté.

Les différents parlementaires présents ont aussi interrogé les responsables des diverses institutions à propos des financements. En 2006, lors du lancement du chantier, le coût était estimé à un peu plus de trois milliards d'euros. Xavier Ursat a avancé lors des débats le chiffre de 10,9 milliards d'euros, pour une fin de chantier espérée en 2022. Une hausse de 233 % en seize ans.

Une transparence nécessaire

À la fin des échanges, Cédric Villani a invité les différents acteurs auditionnés à transmettre leurs réponses aussi par écrit, ce qui permettra « de donner pleine confiance à tout doute qui pourrait demeurer ». « Et c’est à ce prix-là ; bien mettre les choses sur la table, regarder les choses en face, ne rien cacher du contradictoire, jouer en pleine transparence ; que nous pourrons avancer en confiance », a affirmé le député de l’Essonne. Gérard Longuet approuve et ajoute : « Faites-le vite ». « Parce que vous êtes à la tête d’un système industriel qui est un atout pour notre pays […] je crois que nous pouvons gagner cette maturité des comportements contre les obscurantistes et les délirants », a-t-il conclu.

Cédric Villani appelle à la transparence
04:24

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