Un avertissement adressé aux sénateurs. Engagée dans l’examen du projet de loi d’urgence agricole, la Chambre haute a décidé d’aller plus loin que les positions du gouvernement. À commencer par la réintroduction dérogatoire de deux pesticides, dont l’acétamipride, sous l’impulsion du sénateur Laurent Duplomb (LR) – déjà à l’origine de la fameuse « loi Duplomb » l’an passé. « Tout le monde est prévenu. Le Premier ministre a écrit un courrier pour dire qu’il n’était pas question pour le gouvernement de réintroduire ces produits, rappelle Marc Fesneau, président des députés MoDem, dans la matinale de Public Sénat ce jeudi. Le point d’équilibre n’est pas là, ce n’est pas l’objet du texte. »
Une ligne rouge plusieurs fois réaffirmée par la ministre de l’agriculture Annie Genevard, personnellement favorable à cette réautorisation, mais qui invoque l’impossibilité de faire voter une mesure aussi inflammable à l’Assemblée. « J’essaie de rappeler à nos amis sénateurs qu’à l’Assemblée nationale, il n’y a pas de majorité », reprend ce matin Marc Fesneau, lui-même ancien ministre de l’Agriculture d’Emmanuel Macron (2022-2024). Et d’engager le rapport de force avec la majorité sénatoriale : « Si le Sénat fait le choix de faire capoter le texte, il fera choix de faire capoter le texte. Mais ça sera sa responsabilité, tacle-t-il. Ce texte ne sera jamais voté avec ces dispositifs. »
« C’est une erreur de faire des textes contre la population »
Par ailleurs, « c’est une erreur […] de faire des textes contre la population. À la fin, ça se retourne contre les agriculteurs », poursuit le député. À l’été 2025, le vote de la loi Duplomb avait entraîné une levée de boucliers des associations écologistes qui avait débordé bien au-delà, jusqu’à une pétition signée par plus de deux millions de personnes sur le site de l’Assemblée nationale. Le Conseil constitutionnel avait finalement censuré la réintroduction de l’acétamipride, pesticide banni en France depuis 2020, comme tous les produits de cette famille, en raison de son impact délétère sur les insectes pollinisateurs. Pas de quoi décourager la droite sénatoriale, bien décidée à retenter le coup en sécurisant juridiquement la mesure.
Pour le reste, « on peut trouver des progrès avec le Sénat », exhorte Marc Fesneau, citant notamment la facilitation des tirs sur le loup et, surtout, l’assouplissement des contraintes pour construire des réservoirs d’eau à disposition des agriculteurs. Là encore, le Sénat a poussé le curseur plus loin. Sur ce point, les débats se poursuivent ce jeudi dans l’hémicycle.
« Il y a besoin d’assouplir, mais dans des limites qui soient des limites de durabilité », tempère le député. Car s’ « il y a besoin de plus de réserves », notamment sur le « modèle Saint-Soline », « arrêtons de faire croire qu’on va stocker et qu’on va irriguer 100 % du territoire français, ça n’est pas vrai », plaide-t-il, à distance de la position de certains sénateurs Les Républicains. « Parce que la sobriété s’appliquera aux agriculteurs, sinon on leur ment », insiste-t-il.