Session of questions to the government at the National Assembly
@tephane Lemouton/SIPA//LEMOUTONSTEPHANE_260224C018/Credit:Stephane Lemouton/SIPA/2602250033

Main tendue de Laurent Wauquiez à Édouard Philippe : « C’est le retour de la droite la plus bête du monde », tacle le camp de Bruno Retailleau

Dans les colonnes du Figaro, le patron des députés de droite, Laurent Wauquiez semble avoir, une fois de plus, savonné la planche du candidat à la présidentielle de son parti, Bruno Retailleau, estimant, sans le nommer, qu'il devrait « savoir se retirer le plus tôt possible » au profit du candidat le mieux placé pour rassembler la droite et le centre, en l'occurrence Édouard Philippe. Si l'entourage de Laurent Wauquiez dément tout soutien au candidat Horizons, ses propos agacent mais ne surprennent pas vraiment le camp du Vendéen.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

9 min

Publié le

« Plus Laurent Wauquiez pourra m’embêter, m’enquiquiner, plus il le fera. Peu importe, les chiens aboient et la caravane passe ». Cette constatation formulée par Bruno Retailleau en direct sur Public Sénat en avril dernier ne semble pas avoir pris une ride. Jeudi, dans les colonnes du Figaro, Laurent Wauquiez a, encore une fois, pris le contrepied du président de son mouvement, en lançant un appel à l’union des trois candidats de la droite et du centre : Édouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau, après avoir fait le constat que « LR ne gagnera pas seul ».

Le patron des députés LR a marqué sa préférence pour que l’union se fasse autour du candidat d’Horizons. « Par son histoire, par les responsabilités qui ont été les siennes, je crois qu’Édouard Philippe peut incarner l’ordre et le sérieux permettant de redresser la France », a-t-il déclaré à quelques jours du meeting du maire du Havre à l’Adidas Arena dans le dix-huitième arrondissement de Paris. Le candidat Renaissance n’est pas non plus oublié. « Gabriel, je l’aime beaucoup », confie Laurent Wauquiez, même si son projet n’est pas, pour l’instant, de « porter le rassemblement de la droite et du centre ». Et sur Bruno Retailleau, dont la campagne a commencé depuis des semaines ? Rien. Si ce n’est un constat sévère : « La réalité, c’est que le candidat LR est en dessous de 10 % (…) si tout le monde maintient sa candidature, notre seule contribution aura été d’éliminer un candidat de droite et d’avoir permis la qualification de Jean-Luc Mélenchon au second tour », analyse-t-il avant d’émettre un conseil visant directement Bruno Retailleau : « Il faut, le plus tôt possible, savoir se retirer si c’est nécessaire ».

« Laurent Wauquiez ne soutiendra aucun candidat si ce n’est le seul et unique candidat qui représentera la droite et le centre »

« Ce n’est pas un soutien à Édouard Philippe. Laurent Wauquiez ne soutiendra aucun candidat si ce n’est le seul et unique candidat qui représentera la droite et le centre. Pour ce faire, la solution préférable serait d’organiser une primaire. Mais puisque les trois candidats ne le souhaitent pas à ce stade, le seul arbitrage possible, ce sont les sondages. Et sans vouloir être cruel avec Bruno Retailleau, sa campagne a démarré depuis trois mois et il n’y a pas de dynamique et on ne voit pas comment il pourrait y en avoir une à l’automne », note l’entourage de Laurent Wauquiez.

Les déclarations de Laurent Wauquiez ont, malgré tout, été perçues dans le camp de Bruno Retailleau comme un soutien en bonne et due forme à Édouard Philippe. Certains, comme Pierre-Henri Dumont, secrétaire général adjoint des Républicains, se sont d’ailleurs empressés de poster sur les réseaux sociaux des déclarations récentes et peu amènes de Laurent Wauquiez à l’égard de l’ancien Premier ministre, dont il présentait le projet « comme du macronisme sans Macron ». « Oui, mais depuis, Laurent Wauquiez a constaté qu’Édouard Philippe a fait un certain nombre de clarifications et se présente comme un candidat de droite », défend l’entourage du député.

Il est, toutefois, difficile de ne pas relever cette propension de Laurent Wauquiez à aller systématiquement dans le sens contraire de celui de Bruno Retailleau. Lors de la campagne pour la présidence de LR, Laurent Wauquiez reprochait à Bruno Retailleau de faire partie du gouvernement, estimant qu’il prenait le risque « de diluer la droite dans le macronisme ». Quelques mois plus tard, lorsque Bruno Retailleau quitta le gouvernement avec perte et fracas, Laurent Wauquiez se rapprocha de Sébastien Lecornu. D’ailleurs, dans le Figaro, Laurent Wauquiez adresse un satisfecit appuyé au bilan du Premier ministre. « Honnêtement, si on avait fait ça pendant dix ans, le pays irait peut-être mieux », déclare-t-il.

« Le rassemblement du syndicat des sortants pour faire de l’eau la plus tiède »

« Et en 2022, Laurent Wauquiez soutenait Éric Ciotti à la présidence du parti parce qu’il pensait que Bruno Retailleau allait être tenté par le macronisme », se souvient le sénateur LR Max Brisson, pour qui « ces alliances d’appareils font ancien monde ». « Personne dans notre camp n’a envie d’un second tour opposant le candidat RN à Jean-Luc Mélenchon. Mais le rassemblement du syndicat des sortants pour faire de l’eau la plus tiède et surtout, pour se maintenir au pouvoir, les Français détestent ça. Le rassemblement doit se faire sur des dynamiques et non sur des replis. Je vais me battre pour que cette dynamique bénéficie à Bruno Retailleau. Que chaque candidat développe sa dynamique, et on verra bien ce qu’il se passe au début de l’année 2027. Bruno Retailleau veut d’abord convaincre les Français sur le fond. On ne va pas faire des alliances d’appareil comme pour une élection législative à la proportionnelle au plus fort reste ».

Ian Boucard, député LR et vice-président du groupe à l’Assemblée, estime, au contraire, qu’il est urgent de ne pas attendre pour s’unir. « On ne peut pas attendre le mois de mars. Les candidats auront déjà engagé des dépenses de campagne qui rendront le rassemblement impossible. Aux dernières municipales, à Besançon ou à Clermont-Ferrand, la droite a ravi ces villes à la gauche car l’union avec le centre s’est faite très en amont. Il est logique que Bruno Retailleau défende ses valeurs, mais le rassemblement devra se faire à l’automne si l’on veut éviter un second tour mortifère pour la France ».

Même si des personnalités éminentes à droite comme Gérard Larcher ou Michel Barnier ont, eux aussi, déjà appelé à un rassemblement du centre et de la droite républicaine derrière un candidat unique, la sortie de Laurent Wauquiez passe, elle, pour une trahison chez les retaillistes.

« À l’heure où la droite est en train de rassembler les Français autour d’un projet d’alternance crédible, certains préfèrent alimenter un anti-Retailleau primaire qui ne sert qu’une seule cause : celle de nos adversaires (…) La droite n’a pas besoin de destructeurs de possible dans son propre camp », a dénoncé, dans un communiqué, le sénateur de l’Oise, Olivier Paccaud.

« Il n’est plus animé du bon sens »

La sénatrice du Lot-et-Garonne, Christine Bonfanti-Dossat, qui avait soutenu Laurent Wauquiez lors de la campagne pour la présidence de LR, regrette que certaines « valeurs se perdent » au sein de sa famille politique. « Du temps du RPR, nous avions un code d’honneur. On se mettait derrière le chef même si on ne l’avait pas soutenu. On était légitimiste. Je sais bien qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, mais chez Laurent Wauquiez, ça devient une maladie. Je pense qu’il n’est plus animé du bon sens. Il est en train de se vendre au plus offrant. Je l’ai soutenu à une époque car il avait été un bon président de LR. J’avais beaucoup d’estime pour le Laurent Wauquiez d’avant, l’actuel me laisse dubitative. On peut dire qu’on a la droite la plus bête du monde ».

Dans le camp d’Édouard Philippe, on apprécie avec un enthousiasme mesuré le mouvement de Laurent Wauquiez. « C’est un fait politique qui traduit ce que souhaite une bonne partie de l’électorat LR, c’est-à-dire rejoindre sans tarder Édouard Philippe car il incarne le rassemblement de tous les électeurs modérés de la droite et du centre, avec au revers de sa veste, la croix de Lorraine », veut croire le sénateur (Les Indépendants-République et Territoire) de l’Hérault, Jean-Pierre Grand.

« Nous ne forçons personne à trouver des qualités à Édouard Philippe. Je constate que Laurent Wauquiez accorde à Édouard Philippe des qualités de chef d’État et je ne peux être que d’accord avec lui. Il a réussi à créer une dynamique de rassemblement derrière sa personnalité et sa candidature », se félicite l’eurodéputée Horizons, Nathalie Loiseau, en référence aux récents soutiens des ministres Maud Brégeon et Mathieu Lefèvre. « Vous avez des partis politiques où on se demande qui sont les prochains qui vont partir. Nous, on se demande comment on va pousser les chaises pour faire de la place aux nouveaux soutiens pour le meeting de dimanche prochain ».

« Il ne peut en rester qu’un et tout le monde commence à se souvenir qu’on a été dans le même parti il n’y a pas si longtemps », renchérit le sénateur Horizons, Emmanuel Capus.

Enfin, l’hypothèse d’une exclusion de Laurent Wauquiez de LR ne semble pas d’actualité, car, comme l’a rappelé ce matin sur France Inter, Jean-François Copé, lui aussi en délicatesse avec Bruno Retailleau, un ancien président de LR « est membre de droit » du parti. « De toute façon, si on décidait d’exclure Laurent Wauquiez, il prendrait une posture de victime. Il a choisi la macronie, alors bonne route et on verra combien de légions il entraine avec lui », ironise Max Brisson. Reste que la division de LR est bien partie pour être un des thèmes de la campagne dès la rentrée.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Main tendue de Laurent Wauquiez à Édouard Philippe : « C’est le retour de la droite la plus bête du monde », tacle le camp de Bruno Retailleau
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le

Main tendue de Laurent Wauquiez à Édouard Philippe : « C’est le retour de la droite la plus bête du monde », tacle le camp de Bruno Retailleau
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le