Eric Woerth à son tour rattrapé par l’affaire libyenne
Deux mois après Nicolas Sarkozy, son ancien trésorier Eric Woerth a été mis en examen à son tour mardi par les juges, qui...

Eric Woerth à son tour rattrapé par l’affaire libyenne

Deux mois après Nicolas Sarkozy, son ancien trésorier Eric Woerth a été mis en examen à son tour mardi par les juges, qui...
Public Sénat

Par Benjamin LEGENDRE et Mehdi CHERIFIA

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Deux mois après Nicolas Sarkozy, son ancien trésorier Eric Woerth a été mis en examen à son tour mardi par les juges, qui enquêtent sur les soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle victorieuse de 2007.

Les ennuis judiciaires rattrapent l'ex-ministre de droite, qui était revenu au premier plan après avoir été blanchi par la justice dans l'affaire Bettencourt et celle de l'hippodrome de Compiègne après cinq années de combats.

"Nous lui réaffirmons notre confiance ainsi que notre amitié alors qu'il clame son innocence", a réagi dans un communiqué son parti, Les Républicains (LR, ex-UMP).

Convoqué mardi matin chez les juges du pôle financier du tribunal de Paris, l'actuel président de la commission des finances de l'Assemblée nationale s'est vu notifier sa mise en examen pour "complicité de financement illégal de campagne" en tant que trésorier à l'époque, a annoncé à l'AFP son avocat.

En cause? L'"ampleur de la circulation d'espèces" au QG de campagne de Nicolas Sarkozy, que la police anticorruption de l'Oclciff avait pointé du doigt dans un rapport de septembre 2017.

Peu satisfaits des justifications avancées, les trois juges, Serge Tournaire à leur tête, font un lien entre ces sommes en liquide et celles qui auraient été versées au camp Sarkozy par le régime de Khadafi, comme l'affirment d'anciens dignitaires libyens et le sulfureux intermédiaire Ziad Takieddine.

En novembre 2016, M. Takieddine, lui-même poursuivi dans ce dossier, avait affirmé avoir remis, entre fin 2006 et début 2007, cinq millions d'euros à M. Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, et à Claude Guéant, son directeur de cabinet à l'époque.

Ces accusations ont valu à M. Sarkozy une garde à vue retentissante, conclue par sa mise en examen, le 21 mars pour "corruption passive", "financement illégal de campagne électorale" et "recel de détournement de fonds publics libyens". Mais l'ancien président a toujours vigoureusement contesté avoir reçu des fonds de Kadhafi, chassé du pouvoir et tué en 2011.

Claude Guéant est lui aussi mis en examen dans cette affaire tentaculaire, dont ce nouvel épisode intervient le jour d'une conférence internationale à Paris pour tenter de sortir la Libye du chaos.

Quant à Eric Woerth, sa mise en cause "se fonde sur l'identification de sommes en espèces, très faibles pour ne pas dire dérisoires au regard du coût d'une campagne présidentielle", a commenté Me Jean-Yves Leborgne.

Selon l'avocat, l'ancien ministre du Budget se voit reprocher "moins de 4.000 euros" de remboursements aux collaborateurs pendant la campagne et des gratifications "de l'ordre de 7.000 euros" versées après l'élection.

Interrogés l'an dernier par les enquêteurs, Eric Woerth et Vincent Talvas, son trésorier adjoint, avaient répondu que l'argent provenait de dons anonymes déposés à l'accueil de l'UMP ou du QG de campagne, voire envoyés par courrier, pour un montant global compris entre 30.000 et 35.000 euros.

Une explication jugée "captieuse" par les policiers et démentie par certains témoignages des anciens employés concernés.

- Prescription -

Les déclarations des deux hommes allaient aussi à l'encontre de leurs propos tenus dans l'affaire Bettencourt, procédure dans laquelle ils avaient contesté toute circulation d'espèces pendant la campagne présidentielle 2007.

Eric Woerth "affirme avec vigueur – ce que le dossier ne contredit pas - qu'il n'a rien à voir avec +l'affaire libyenne+", affirme Me Leborgne.

Invoquant la jurisprudence, l'avocat assure que les gratifications post-élection ne font "pas partie des frais de campagne" et souligne que, dans le cadre de l'affaire Bettencourt, le parquet de Bordeaux avait estimé les éventuelles infractions prescrites.

Ouvertes en 2013, les investigations sur la campagne victorieuse de Nicolas Sarkozy ont suivi les révélations de Médiapart un an plus tôt, qui avait fait état d'une note attribuée à l'ex-chef des services secrets extérieurs libyens. Si les investigations ont permis de recueillir plusieurs témoignages, elles se heurtent toutefois à l'absence de preuves formelles.

Mais les juges espèrent encore entendre deux personnages clés de l'affaire: l'ancien grand argentier de Mouammar Kadhafi, Bachir Saleh, réfugié en Afrique du Sud où il a fait valoir son droit au silence, et l'homme d'affaires Alexandre Djouhri. Ce dernier, arrêté à Londres en janvier, fait l'objet d'une procédure d'extradition.

Partager cet article

Dans la même thématique

BIDONVILLE A MAYOTTE
7min

Politique

Inégalités dans les outre-mer : école, santé, pouvoir d’achat… Les propositions de la commission d’enquête du Sénat pour combler les disparités avec la métropole

La commission d’enquête sénatoriale sur les « inégalités systémiques » frappant les territoires ultramarins a rendu ses conclusions ce jeudi. Lancée par les sénateurs communistes, elle formule une soixantaine de propositions balayant le spectre des difficultés outre-mer, de la gestion sanitaire à la souveraineté économique.

Le

Presidential candidate Jean-Luc Melenchon gives a press conference in Paris
7min

Politique

Écorégions : Jean-Luc Mélenchon propose de redessiner la carte des régions pour faire de la France « la première République écologique du monde »

En pleine séquence de canicule, le chef de file de La France insoumise relance son projet de « république écologique ». Le candidat à l’élection présidentielle propose, s’il accède à l’Élysée, de remplacer les régions actuelles par treize « écorégions » organisées autour des bassins versants. Une réforme institutionnelle ambitieuse, qui reste à ce stade une proposition de campagne.

Le

Session of questions to the government at the National Assembly
9min

Politique

Main tendue de Laurent Wauquiez à Édouard Philippe : « C'est le retour de la droite la plus bête du monde », tacle le camp de Bruno Retailleau

Dans les colonnes du Figaro, le patron des députés de droite, Laurent Wauquiez semble avoir, une fois de plus, savonné la planche du candidat à la présidentielle de son parti, Bruno Retailleau, estimant, sans le nommer, qu'il devrait « savoir se retirer le plus tôt possible » au profit du candidat le mieux placé pour rassembler la droite et le centre, en l'occurrence Édouard Philippe. Si l'entourage de Laurent Wauquiez dément tout soutien au candidat Horizons, ses propos agacent mais ne surprennent pas vraiment le camp du Vendéen.

Le

Eric Woerth à son tour rattrapé par l’affaire libyenne
3min

Politique

Loi d’urgence agricole : « Si le Sénat fait le choix de faire capoter le texte, ce sera sa responsabilité », tacle Marc Fesneau, président des députés MoDem

Invité de la matinale de Public Sénat ce jeudi, Marc Fesneau a réaffirmé les lignes rouges de la majorité gouvernementale concernant le projet de loi d’urgence agricole, actuellement examiné au Sénat. La réintroduction de plusieurs pesticides par les sénateurs menace de « faire capoter le texte », qui ne pourra être voté en l’état à l’Assemblée, avertit l’ancien ministre de l’agriculture.

Le