« Fake news » : le Sénat déterminé à rejeter le texte, « dangereux pour la liberté d’expression »
Ce matin, la commission de la culture du Sénat s’est penchée sur les propositions de loi sur les « fake news », adoptée à l’Assemblée au début du mois. L’objectif du texte est de lutter contre la propagation de « fausses nouvelles » sur Internet. Mais de l’avis d’une majorité de sénateurs, qui réclament son rejet, le texte est « bâclé » et « dangereux » pour la liberté d’expression. Le texte a été rejeté en commissions.

« Fake news » : le Sénat déterminé à rejeter le texte, « dangereux pour la liberté d’expression »

Ce matin, la commission de la culture du Sénat s’est penchée sur les propositions de loi sur les « fake news », adoptée à l’Assemblée au début du mois. L’objectif du texte est de lutter contre la propagation de « fausses nouvelles » sur Internet. Mais de l’avis d’une majorité de sénateurs, qui réclament son rejet, le texte est « bâclé » et « dangereux » pour la liberté d’expression. Le texte a été rejeté en commissions.
Public Sénat

Par Alice Bardo / sujet vidéo : Fabien Recker

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

À peine arrivée au Palais du Luxembourg, les propositions de loi (organique et ordinaire) contre la manipulation de l’information - dites lois « fake news » - pourraient ne pas être débattues dans l’hémicycle : elles sont l’objet de multiples motions de rejet.

Jugées « bâclées » par le président de la commission des lois, Philippe Bas, son homologue de la commission de la culture, Catherine Morin-Desailly, les trouve « inutiles », et même « dangereuses » pour la liberté d’expression. « On touche là à une liberté fondamentale, défendue par la Constitution et la Déclaration des droits de l’Homme », met en garde le sénateur LR de la Manche.

« Une mesure inefficace et potentiellement dangereuse »

Déposés le 21 mars dernier par les députés LREM, emmenés par Richard Ferrand, les textes ont pour objectif de lutter contre les « fake news » sur Internet en permettant, entre autres, qu’une décision judiciaire puisse être rendue dans de brefs délais pour faire cesser leur diffusion. Une action judiciaire limitée aux périodes préélectorales et électorales, pendant lesquelles les « fausses informations » sont les plus virulentes. « Donner la responsabilité à l’État ou à l’institution judiciaire de dire le vrai du faux est le grand danger de la chose (...) Les vérités d’État sont dangereuses » avait déclaré au Monde Pascal Froissart, enseignant-chercheur spécialiste de la rumeur.

« C’est une mesure inefficace et potentiellement dangereuse, attentatoire à la liberté d’expression et de la presse » répète Catherine Morin-Desailly pour justifier le rejet de cette disposition par la commission de la culture, dont elle est à la tête. Au-delà de l’action judiciaire en elle-même, c’est le délai de 48h qu’aurait le juge des référés pour statuer qui inquiète la sénatrice centriste, également rapporteure des textes : « 48h, c’est à la fois très court et trop long. Trop long car une fois la fausse nouvelle lancée, la viralité permise par les réseaux sociaux aura fonctionné et des centaines de milliers de personnes seront déjà atteintes. Trop court car démontrer une manipulation avérée d’une nouvelle fausse pour déstabiliser le scrutin est extrêmement compliqué. »

Une définition « floue »

Le recours au juge n’est qu’une des raisons pour lesquelles les sénateurs de tous bords - socialistes, LR et de l’Union centriste - rejettent en bloc les textes. Catherine Morin-Desailly regrette le « flou » de la définition même de « fake news » dans les propositions de loi. « Nos collègues députés se sont cassé les dents sur cette question lors du débat et une définition a été réécrite, mais elle ne donne toujours pas satisfaction », regrette-elle. Et d’ajouter qu’il est « difficile de légiférer sur quelque chose d’imprécis ».

« L’arsenal législatif existe déjà »

Finalement, c’est l’existence même des textes qui pose problème : « De nombreuses dispositions permettent de lutter contre la calomnie et la diffamation » rappelle Philippe Bas. Et Catherine Morin-Desailly de confirmer que « l’arsenal législatif existe déjà dans le Code électoral, le Code pénal et la loi de 1 881 (sur la liberté de la presse), mais les dispositifs ne sont pas utilisés. » Le sénateur LR va même jusqu’à ironiser : « Nous sommes submergées par l’hyper législation qui est un mal français, et c’est un président de la commission des lois qui vous le dit. » D’autant qu’il est « très important de traiter ces questions au niveau européen » plutôt que de « dégainer la loi à chaque fois qu’un problème est posé » ajoute Philippe Bas.  

Jeudi prochain, les sénateurs sont déterminés à faire valoir le statut de « défenseur des libertés publiques » de la chambre haute. « Le Sénat réaffirme les fondamentaux de la Constitution à la veille de la réforme constitutionnelle », conclut Philippe Bas, bien déterminé à rappeler à l’ordre l’exécutif. La veille, au début de l’examen de la loi ELAN, Gérard Larcher avait demandé à Édouard Philippe de respecter la voix du Sénat. Le ton est donné.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Meeting of the Popular Front NFP
9min

Politique

Olivier Faure désavoué par les députés avant le vote crucial de jeudi 

Désavoué par son groupe sur la motion de censure des Écologistes contre le gouvernement, le premier secrétaire du Parti socialiste aborde le vote interne du 9 juillet dans une position fragilisée. Derrière le débat sur les modalités de la primaire présidentielle, c’est désormais son autorité à la tête du PS qui est en jeu.

Le

LIEVIN : fete champetre du RN – RN party event « La fete champetre » in Lievin
7min

Politique

Procès en appel de Marine le Pen : relaxe, peine d’inéligibilité raccourcie, pourvoi en cassation… Quels cas de figure lui permettraient d’être candidate à la présidentielle ?

Dans quelques heures, Marine Le Pen sera fixée sur sa capacité à être une quatrième fois candidate à l’élection présidentielle. Comme en première instance, le parquet a requis, en appel, une peine de 5 ans d’inéligibilité dans l’affaire de détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens du FN. Dans ces conditions, y a-t-il toujours du suspense sur l’orientation de ce second jugement ?

Le

Edouard Philippe Holds A Politic Meeting
10min

Politique

Présidentielle : pour son premier meeting, Edouard Philippe joue la carte du bon père de famille qui veut préparer « l’avenir » de nos enfants

Devant environ 5.000 personnes, Edouard Philippe a réussi son pari de mobiliser pour son premier grand meeting de campagne. Montrant un peu plus de sa personne, le candidat entend « baisser les dépenses » et promet « des efforts justes », tout en récusant l’idée du « sang et de larmes ». Il veut entièrement « repenser » l’école, en donnant plus de liberté aux établissements et en réduisant les grandes vacances.

Le

Réduction de nombre de fonctionnaires : le virage à 180 degrés de Gabriel Attal
6min

Politique

Réduction de nombre de fonctionnaires : le virage à 180 degrés de Gabriel Attal

Le candidat de Renaissance à l’élection présidentielle joue cartes sur tables en dévoilant de premières propositions pour mettre fin à la dérive des comptes publics, citant par exemple la suppression de 100 000 postes de fonctionnaires, ce qu’il avait refusé trois ans et demi plus tôt au Sénat.

Le