Réduction de nombre de fonctionnaires : le virage à 180 degrés de Gabriel Attal
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Réduction de nombre de fonctionnaires : le virage à 180 degrés de Gabriel Attal

Le candidat de Renaissance à l’élection présidentielle joue cartes sur tables en dévoilant de premières propositions pour mettre fin à la dérive des comptes publics, citant par exemple la suppression de 100 000 postes de fonctionnaires, ce qu’il avait refusé trois ans et demi plus tôt au Sénat.
Guillaume Jacquot

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Les rencontres économiques d’Aix-en-Provence sont souvent une bonne occasion pour les candidats à la présidentielle de faire connaître leurs propositions en matière d’entreprises, de fiscalité ou de dépense publique. Alors que le plus grand forum économique d’Europe bat son plein, Gabriel Attal a présenté les grands marqueurs de son programme budgétaire ce 3 juillet, dans une interview au Parisien.

L’ancien Premier ministre dévoile son plan décennal pour redresser les finances publiques. Partisan d’une règle d’or, c’est-à-dire d’absence de déséquilibre budgétaire à l’horizon 2037, il propose un retour du déficit public à 3 % du PIB, au cours d’un premier quinquennat, « avant 2032 ». L’effacement total du déficit public nécessite, selon ses estimations, un effort budgétaire de 120 à 150 milliards d’euros sur dix ans. En cas de victoire au printemps prochain, le secrétaire général de Renaissance s’engage dans son premier budget à geler toutes les prestations sociales, en excluant toutefois les petites retraites, rappelant que « la clé, ce sont les dépenses sociales ».

Aun niveau de la protection sociale, Gabriel Attal évoque plusieurs « réformes de structures ». Sur le système de retraite, les arrêts maladie ou encore l’assurance chômage. Pour les collectivités, une future réforme territoriale est annoncée. L’État ne sera pas non plus exempté. Le candidat met sur la table une proposition avec chiffre rond, qui rappelle de précédentes campagnes présidentielles : la suppression de 100 000 postes de fonctionnaires d’État, pour un montant d’économies annoncées de sept milliards d’euros. L’ancien chef du gouvernement souligne qu’il faut « assumer le non-remplacement de certains départs à la retraite ». Il évoque également « un plan de départs volontaires », sans détails sur les contreparties nécessaires à une telle mesure.

« Supprimer 125 000 postes de fonctionnaires sans préciser, ce n’est pas crédible »

La proposition tranche en tout cas avec le discours qu’il avait porté en 2022, alors qu’il était ministre des Comptes publics. Nous sommes le 2 novembre, et il siège au banc du gouvernement, au Sénat, durant l’examen du projet de loi de programmation des finances publiques pour les années 2023 à 2027. Sans le savoir, Parlement et exécutif sont à la veille de deux années de dérapage sérieux des comptes publics. En 2022, le déficit public (4,7 % du PIB) est proche du niveau où il se trouve actuellement (5 %). L’endettement public est à peine moins élevé.

Ce soir-là, la majorité sénatoriale fait adopter contre l’avis du gouvernement un amendement du groupe Les Indépendants (où siègent les sénateurs Horizons), pour diminuer de 5 % les effectifs de la fonction publique de l’État et de ses opérateurs sur le quinquennat à venir, là où le projet de loi prévoyait une stabilité. C’est une diminution comparable, dans son ordre de grandeur, à ce que Gabriel Attal vient de proposer ce 2 juillet.

Le ministre chargé de l’élaboration du budget dans le gouvernement d’Elisabeth Borne repousse toutefois la proposition de la majorité sénatoriale. « La question que je pose, c’est : où est-ce que vous les prenez ? Dire que l’on va supprimer 125 000 postes de fonctionnaires sans préciser, ce n’est pas crédible », s’oppose Gabriel Attal. Les temps ont depuis changé.

Le ministre justifie aussi sa position au Sénat en soulignant qu’un effort a déjà « été fait ». 20 000 créations dans les ministères régaliens ont été compensés par des suppressions dans d’autres missions budgétaires. Dans son interview au Parisien, le député Renaissance des Hauts-de-Seine veut toutefois souligner que son programme pour la présidentielle préserve l’Éducation nationale, les Armées, la Justice et l’Intérieur des suppressions de poste.

Or, ces différents ministères concentrent plus deux tiers des effectifs des fonctionnaires d’État, dont le nombre est estimé à 2,57 millions selon un récent bilan de la Direction générale de l’administration et de la fonction publique. L’effort pourrait ne concerner que les 800 000 agents des autres ministères et établissements publics.

« Injonctions contradictoires »

La présidence d’Emmanuel Macron a montré combien la diminution ou la stabilisation des effectifs de la fonction publique n’était pas facile. L’actuel chef de l’État avait fait campagne en 2017 sur la promesse de diminuer de 120 000 les effectifs de la fonction publique (50 000 dans les administrations centrales et 70 000 au niveau des collectivités locales). L’objectif a finalement été abandonné après la crise des Gilets jaunes qui a profondément marqué son premier quinquennat.

« Quand on doit réinvestir dans la sécurité, dans l’éducation et dans la justice, je ne vais pas donner des injonctions contradictoires au gouvernement », avait déclaré en avril 2019, face à la demande de plus de services publics exprimés par les Français. En 2018, première année pleine du quinquennat, seulement 1660 postes avaient été supprimés. Des créations massives ont été accompagnées par la suite, et la crise sanitaire a définitivement enterré cette promesse.

Pour le second quinquennat, c’est un objectif de stabilité des effectifs qui est censé guider Bercy. Or, cette ambition pourrait elle-même ne pas résister à l’épreuve du temps. Le projet de loi de finances pour 2026 prévoyait près de 8500 nouveaux postes (équivalent temps plein), partiellement compensés par une légère diminution des emplois des opérateurs. Le mouvement est limité à l’échelle de la fonction publique, mais « la hausse même modérée des années 2024, 2025 et 2026 risque de compromettre l’atteinte de l’objectif de stabilité de l’emploi inscrit dans la loi de programmation des finances publiques », avertissait en novembre le rapporteur général du Sénat Jean-François Husson (LR).

Gabriel Attal n’est pas le premier ces derniers mois à annoncer vouloir réduire la taille de la fonction publique. Juste avant d’être censuré à l’été dernier, François Bayrou proposait de supprimer 3 000 postes de fonctionnaires et de ne pas remplacer un agent sur trois partant à la retraite. Rappelons que dans la fonction publique d’État, on compte près de 40 000 départs en retraite chaque année.

Il y a quelques mois, Bruno Retailleau s’est aussi inscrit dans les pas des autres candidats qui l’ont précédé à droite. En février, le président des Républicains, bombardé candidat depuis par ses adhérents, estimait nécessaire de supprimer « autour de 200 000 et 250 000 fonctionnaires », notamment en imposant de ne pas remplacer un départ à la retraite sur deux.

C’est dans les mêmes eaux que celle qui l’a précédé à cet exercice. Valérie Pécresse avait avancé un objectif de 200 000 suppressions. En 2017, François Fillon avait battu tous les records en promettant de diminuer les effectifs de 500 000.

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