Le pari d’Olivier Faure est-il en train de se retourner contre lui ? En choisissant de voter la motion de censure déposée par les Écologistes contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, le premier secrétaire du Parti socialiste espérait envoyer un signal politique. Il pourrait surtout avoir exposé son propre isolement. Lundi 6 juillet, dans un hémicycle clairsemé, Olivier Faure siège seul sur les bancs socialistes avant de quitter sa place au moment où les députés de son groupe prennent la parole. Quelques heures plus tôt, ces derniers avaient décidé, à une majorité des deux tiers, de ne pas suivre la ligne de leur premier secrétaire en refusant de voter la motion de censure déposée par les Écologistes contre le gouvernement. Au terme du scrutin, la motion est rejetée avec 132 voix, très loin des 289 suffrages nécessaires pour renverser l’exécutif. Mais au-delà de son échec annoncé, le vote ravive les fractures de la gauche et met à nouveau en lumière les divisions qui traversent désormais le Parti socialiste.
Une motion de censure comme révélateur des fractures socialistes
Sur le fond, peu d’élus croyaient à une chute du gouvernement. Sans les voix du Rassemblement national, la motion écologiste ne pouvait prospérer. Le vote a toutefois rapidement pris une autre dimension, devenant un marqueur politique au sein de la gauche, et plus particulièrement du Parti socialiste. Dimanche, dans un entretien accordé au Parisien, Olivier Faure avait annoncé qu’il voterait la censure afin d’adresser « un avertissement clair » au gouvernement face à ce qu’il qualifie d’« inaction climatique ». Une position que le groupe socialiste n’a finalement pas suivie dans son ensemble.
Dans un communiqué, les députés socialistes disent partager « la colère contre l’inaction climatique d’Emmanuel Macron », tout en estimant que les Français attendent « des solutions plutôt que d’entrer dans une crise politique sur ce sujet ». Au final, seuls vingt députés socialistes, majoritairement issus de la majorité d’Olivier Faure, ont voté la censure. Les autres s’y sont refusés. Chargé de défendre cette ligne dans l’hémicycle, le député Fabrice Barusseau revendique un choix de responsabilité : « La censure ne doit être animée ni par l’émotion ni par la tactique politicienne. Les socialistes ont pris le temps de la réflexion collective. Notre responsabilité est d’obtenir plus de moyens pour agir et de protéger concrètement les Français. »
Pour plusieurs parlementaires, la cohérence institutionnelle a prévalu sur le geste politique : « Tout le monde a acté que faire tomber le gouvernement n’empêchait pas la canicule », résume le député socialiste Romain Eskenazi. Il récuse également toute lecture interne du scrutin : « Nous ne sommes pas un groupe qui se décide en fonction des tweets du chef du parti. Nous avons des débats. » La décision du premier secrétaire continue néanmoins d’alimenter les critiques parmi ses opposants internes. « Je ne suis pas sûre que censurer le gouvernement aujourd’hui permette d’apporter la stabilité nécessaire à l’approche de l’élection présidentielle », estime Ahlem Girard, conseillère nationale du Parti socialiste. À ses yeux, le vote d’Olivier Faure s’inscrit avant tout dans la compétition interne : « Il n’est pas étonnant qu’il ait choisi de voter cette censure. Cela s’inscrit dans la ligne qu’il défend dans le cadre de la primaire. Lors du dernier budget, il avait pourtant souhaité ne pas censurer le gouvernement. Il aurait dû conserver cette cohérence. »
Un revers politique pour Olivier Faure ?
En interne, plusieurs responsables socialistes voient dans cette séquence un désaveu pour Olivier Faure. « Il a essayé de forcer le trait pour amener le groupe à une position favorable à la sienne. Ça s’est retourné contre lui. C’est une faute stratégique », estime un proche de François Hollande. Même analyse du côté du sénateur socialiste Michaël Weber, proche de Boris Vallaud. Pour lui, le vote du premier secrétaire est difficilement conciliable avec son ambition de rassembler le parti. « On ne peut pas être premier secrétaire du parti, vouloir rassembler et voter cette motion à l’Assemblée nationale. Si cette motion avait apporté des réponses concrètes aux attentes des citoyens, pourquoi pas. Là, c’est davantage une posture qu’une réflexion. » Le sénateur y voit également le symptôme d’un renversement des équilibres internes : « Olivier Faure est devenu le frondeur de Boris Vallaud. Cela nous dessert. On ne peut pas prétendre être un parti de gouvernement dans ces conditions. » Il souligne que le groupe parlementaire a pourtant tranché collectivement : « Il y a eu un débat au sein du groupe. Une décision majoritaire a été prise et je suis d’avis qu’on se range derrière. Et pas parce que Marine Tondelier met la pression. »
Pour plusieurs responsables socialistes, cet épisode révèle surtout un affaiblissement de l’autorité du premier secrétaire. « Il est en train de comprendre qu’il est devenu minoritaire au sein du parti. Sa majorité n’a cessé de se réduire », poursuit Michaël Weber. À ses yeux, Olivier Faure se trouve désormais face à une alternative : « Soit il parvient à construire le rassemblement qu’il appelle de ses vœux, soit il faudra une réorganisation du parti, voire tirer les conséquences de cette situation. »
Le 9 juillet, un vote qui dépasse la seule question de la primaire
Ce jeudi, officiellement, les militants socialistes sont appelés à trancher entre deux modalités de désignation du candidat à l’élection présidentielle. La première, défendue par Olivier Faure, prévoit une primaire ouverte aux sympathisants contre une participation financière, avant un éventuel élargissement à l’ensemble de la gauche non mélenchoniste. La seconde, soutenue par les proches de Boris Vallaud, réserve le vote aux seuls adhérents du Parti socialiste et de Place publique. Mais, au sein du parti, rares sont ceux qui considèrent encore que le scrutin porte uniquement sur une question d’organisation. « Les autres courants socialistes en ont fait un vote anti-Faure », reconnaît un proche du premier secrétaire. « Dans une drôle d’alliance qui ne sert finalement que Raphaël Glucksmann. »
La séquence autour de la motion de censure a encore renforcé cette lecture politique. Pour de nombreux responsables, le scrutin du 9 juillet dira autant l’état du rapport de force interne que les règles de la future primaire. Dans les fédérations, la tension est palpable : « C’est un vote pour la tête du parti. Si Olivier Faure le perd, il devra démissionner. » raconte un militant. Cette analyse est toutefois loin de faire consensus. « Pour moi, c’est un vote sur les modalités de désignation du candidat », insiste le député Romain Eskenazi. « Ce n’est pas un référendum pour ou contre Olivier Faure. Même minoritaire, il reste premier secrétaire. » D’autres jugent néanmoins qu’un nouvel échec politique fragiliserait considérablement sa position. « Deux désaveux publics d’une telle ampleur en une semaine rendraient très difficile une candidature présidentielle », estime une militante socialiste. « A minima, cela poserait la question de sa manière de diriger le parti. »
Derrière la primaire, l’ombre de Raphaël Glucksmann
Derrière le débat sur les modalités de la primaire se joue en réalité une autre bataille : celle de l’incarnation de la gauche sociale-démocrate en vue de 2027. Dans les enquêtes d’opinion, Raphaël Glucksmann apparaît aujourd’hui comme le candidat le mieux placé. Ses proches prennent toutefois soin de rester à distance des turbulences socialistes. « Nous ne voulons pas mettre le pied dans les affaires internes du PS », glisse l’un d’eux, tout en observant qu’Olivier Faure « est en train de se faire rattraper par la patrouille ».
Pour autant, ils refusent de réduire le débat à une compétition de personnes. « La primaire, c’est vouloir régler la question de l’incarnation sans avoir réglé la question programmatique », estime le sénateur Grégory Blanc Place publique. « Il faut d’abord construire un projet commun. La gauche n’a pas réellement retravaillé son logiciel depuis Lionel Jospin. » Tu peux rajouter le Jomier de ce matin qui estime que vu que Glucksmann n’arrive pas s’affirmer comme l’homme providentiel de la gauche, il va finir par devoir participer à la primaire.
L’élu plaide pour une refondation plus large de l’espace social-démocrate. « Les gens que nous sommes censés représenter ne sont plus dans les partis. Si nous restons dans des réflexes de boutiquiers, nous continuerons à perdre. Nous avons besoin d’une dynamique d’ouverture et de rassemblement. » Sans pour autant alimenter les divisions socialistes : « Nous avons un destin commun avec le Parti socialiste. Nous n’avons pas vocation à mettre de l’huile sur le feu. Le PS est nécessaire, mais il n’est plus suffisant. »
Cette ligne rejoint en partie celle défendue depuis plusieurs années par Olivier Faure. Le premier secrétaire plaide pour une primaire la plus ouverte possible afin de préserver la perspective d’une candidature commune allant de Raphaël Glucksmann jusqu’à François Ruffin, tout en évitant de rompre avec les écologistes. Ses opposants y voient au contraire une stratégie dictée par ses difficultés internes. « Il n’aura échappé à personne qu’Olivier Faure essaie de se positionner comme le rassembleur de la gauche. Je pense que son vote est directement lié à cette stratégie », analyse le sénateur Michaël Weber. « C’est davantage le fruit d’une posture que d’une réflexion politique. » Pour l’élu, le premier secrétaire est désormais au pied du mur. « Il a deux solutions : soit il parvient réellement à mettre en œuvre le rassemblement qu’il appelle de ses vœux, en réunissant les différents textes d’orientation ; soit, s’il n’en est pas capable, il devra en tirer les conséquences, avec une réorganisation du parti, voire une démission. »
Le scrutin du 9 juillet dépasse ainsi largement la question des règles de désignation. Il constituera un test pour la stratégie de rassemblement défendue par Olivier Faure et, plus largement, pour sa capacité à continuer de l’incarner. La motion de censure n’aura peut-être été qu’un épisode parlementaire. Le vote des militants pourrait, lui, peser durablement sur l’équilibre des forces au sein du Parti socialiste à moins d’un an de l’élection présidentielle.