Frappes françaises au Mali : « L’enquête de l’ONU est assez imprécise », estime Christian Cambon
Alors qu’une enquête de l’ONU accuse la France d’avoir tué des civils lors d’une frappe aérienne au Mali, le président LR de la commission des Affaires étrangères du Sénat défend l’Armée française et reste « prudent » quant à ces investigations.

Frappes françaises au Mali : « L’enquête de l’ONU est assez imprécise », estime Christian Cambon

Alors qu’une enquête de l’ONU accuse la France d’avoir tué des civils lors d’une frappe aérienne au Mali, le président LR de la commission des Affaires étrangères du Sénat défend l’Armée française et reste « prudent » quant à ces investigations.
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Par Pierre Maurer et Aurélien Vurli

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La ministre française des Armées, Florence Parly, a achevé jeudi une visite de deux jours au Mali. L’occasion d’échanger avec les autorités maliennes, notamment le président de la Transition, Bah N’Daw. D’autant qu’un rapport de l’ONU jette le trouble sur la présence française : il affirme que 19 civils ont été tués lors de frappes françaises début janvier sur le village malien de Bounti. Paris réfute et martèle que ce sont bien des terroristes qui ont été visés. Président LR de la commission des Affaires étrangères du Sénat, Christian Cambon réagit à ces accusations.

Pour le moment, la France réfute toute bavure et émet des « réserves » par rapport à cette enquête. Que pensez-vous de la situation ?

J’ai pris connaissance, comme mes collègues de la commission de la Défense, des conclusions de l’enquête, que je n’ai pas en main et que je n’ai pas lues. J’ai pris aussi connaissance des réponses du ministère des Armées. On est confrontés à deux interprétations excessivement différentes de ces évènements. Au titre de la commission, nous allons poursuivre, peut-être avec une audition (Florence Parly a été auditionnée par le Sénat en janvier et parlait de « rumeurs »), notre travail. Dans cette affaire, le Parlement a une situation un peu différente des ONG ou de la presse. Le Parlement a voté l’envoi de nos troupes au Mali qui font un travail extrêmement difficile. Il ne s’agit pas de les déstabiliser en portant des accusations alors même que nous n’avons aucun élément pour l’instant. Je ne peux pas envoyer de commission d’enquête. Je ne peux pas faire grand-chose. Je peux me fier à ce qu’on me dit. La seule manière, de faire la lumière sur ce sujet, c’est de réunir des informations supplémentaires. Donc nous sommes en train de voir avec le Chef d’État-major (CEM) des armées comment nous donner plus d’éléments qui réfutent l’enquête de la Minusma (mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali).

Comptez-vous auditionner à nouveau la ministre des Armées ?

Nous allons en débattre avec le bureau du Sénat pour voir quelle est la meilleure méthode. Elle a déjà répondu, quand on l’a auditionnée sur un certain nombre de points. Est-ce qu’on va la solliciter ? Est-ce qu’elle voudra venir ? Le CEM ? Je ne peux pas en dire plus parce qu’on n’a pas avancé sur ce sujet.

L’ONU n’a trouvé aucune trace d’armes sur place. De son côté, l’Armée pointe les faiblesses des investigations. Faut-il une nouvelle enquête indépendante comme le préconise l’ONU ?

L’enquête est quand même assez imprécise, c’est le moins que l’on puisse dire. Parce qu’on parle d’hélicoptères, et le Ministère des Armées nous dit qu’il n’y a eu aucun vol d’hélicoptères ce jour-là. On parle de traces de balles, or je ne crois pas que les chasseurs (les avions) tirent avec un fusil. Aucune femme et aucun enfant ne sont victimes, c’est quand même rare pour un mariage (l’ONU affirme que c’était un mariage) qu’il n’y ait aucune femme et aucun enfant. Il y a un certain nombre de questions qui interpellent. Donc notre devoir est d’essayer d’obtenir calmement et sereinement des renseignements complémentaires du CEM et du ministère des armées. C’est ce qu’on va faire.

Par ailleurs, la France a saisi l’ONU sur le contenu de cette enquête. Peut qu’il y aura une contre-enquête. Ça permettra de faire la lumière. Une chose me gêne dans cette histoire : c’est que la Minusma avec laquelle on est censé travailler, organise des enquêtes à charge contre les forces françaises. Ça pose un petit problème de cohérence sur le terrain. On aura aussi l’occasion d’éclairer ce point.

La France refuse de transmettre les images captées par ses drones. Faut-il les diffuser pour faire la lumière sur cette situation ?

Tous les éléments de preuves qui peuvent être fournis permettraient de mettre un terme à cette polémique qui dure. Ceci étant, sur la transmission des images, on n’est pas dans un jeu télé. La tradition c’est que les forces armées ne transmettent aucune image. Ils l’ont fait une fois au moment de la neutralisation du chef djihadiste Abdelmalek Droukdel (ancien chef d’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi)) mais généralement ça ne se fait pas pour toute une série de raisons, dont certaines sont tout à fait recevables. Nous demanderons l’ensemble des preuves qui peuvent nous être soumises. Puis le ministère répondra comme il l’entend.

Craignez-vous que cet évènement alimente le sentiment anti-français, déjà présent au Mali ?

Sûrement. Il y a des gens qui ont tout intérêt à ce que cela nuise à la relation franco-malienne et il y a des gens qui ne souhaitent pas notre présence là-bas. Enfin si je lis le compte rendu des déclarations de la ministre Florence Parly, qui a été reçue hier à Bamako par le président par intérim, je n’ai pas ressenti ce sentiment selon lequel cet incident devrait conduire au départ des forces françaises. Je ne crois pas que les forces maliennes et les forces de la région sont aujourd’hui en mesure de reprendre la totalité des missions que la France assure dans cette région.

A qui pensez-vous en évoquant « des gens qui ne veulent pas de la présence française » ? La Chine ? La Russie ?

Je ne pointe personne du doigt. Il y a les grandes puissances qui veulent s’installer durablement en Afrique et y étendre leur influence. Dans un certain nombre de pays il y a des milices Wagner (mercenaires), on sait qu’il y a de la désinformation. Notre devoir est de continuer cette mission, qui, je le rappelle, a été sollicitée par le gouvernement malien. Elle a été reconfirmée au lendemain du sommet de Pau et du sommet de N’Djamena. Elle reçoit le concours de nombreux contingents venus d’Europe qui ont compris que le danger que représente le Sahel était réel pour la sécurité de l’Europe tout entière. Je ne crois pas que ce soit l’heure du départ pour l’armée française. Même si nous ne resterons pas éternellement.

Comment jugez-vous les déclarations de Florence Parly ?

Elle est cohérente avec les réponses qu’elle a données précédemment. Pour l’instant je n’ai aucun élément qui m’incite à ne pas croire cette version. Le Parlement doit agir avec beaucoup de prudence et de sérénité. Nous exerçons un rôle tout à fait particulier vis-à-vis de nos forces armées. Et nous ne pouvons pas nous permettre d’attaquer nos forces françaises qui sont censées nous défendre et que nous avons mandatées. Le Parlement doit agir avec circonspection et sérénité, ce que la commission fera de toute façon.

D’après le Parisien, Emmanuel Macron était « en colère » contre l’enquête de l’ONU. Doit-il prendre la parole publiquement ?

C’est son choix. Tout ce qui peut permettre de mieux comprendre la réalité des faits ira dans le bon sens. Je n’ai pas à dicter l’attitude du Président. Il semble que cette enquête ait été faite de manière bien légère.

Faut-il prévoir des bouleversements dans les relations avec les autorités maliennes ?

Non. La France assure des missions consistant à aider les forces maliennes et les forces des pays du G5 Sahel à assurer leur mission. C’est le sens vers lequel il faut aller. Il faut les accompagner, les conseiller et un jour, c’est ce qui permettra de les laisser gérer ce problème entre elles. La sécurité de l’Afrique est dans les mains des Africains. Nous respectons les accords de défense et les demandes de soutiens. Mais à terme, c’est aux différents pays d’Afrique d’assurer leur sécurité. Ce qu’ils commencent à faire avec des progrès sensibles. Rien ne remet en cause aujourd’hui les engagements français.

Quel rôle comptez-vous jouer dans cette crise ?

Le Parlement a le droit et le devoir de s’exprimer différemment des ONG, de la presse et de la Minusma. Nous sommes dans un rôle différent. C’est nous qui avons voté la prolongation de cette mission. Nous votons les crédits. Nous soutenons, au nom de l’opinion française, la mission de nos militaires. Ce n’est pas notre rôle de les attaquer de manière injuste. Car je n’ai aucun élément en main qui me permette d’interpréter le contraire. Et on va continuer notre travail d’investigation avec les moyens qui sont les nôtres.

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