« Gilets jaunes »: Castaner, six mois sous pression
Confronté à peine nommé au mouvement des "gilets jaunes", crise d'ordre public et sociale sans précédent, Christophe Castaner...

« Gilets jaunes »: Castaner, six mois sous pression

Confronté à peine nommé au mouvement des "gilets jaunes", crise d'ordre public et sociale sans précédent, Christophe Castaner...
Public Sénat

Par Gregory DANEL

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Confronté à peine nommé au mouvement des "gilets jaunes", crise d'ordre public et sociale sans précédent, Christophe Castaner cherche à s'affirmer tous azimuts dans son rôle de ministre de l'Intérieur sous une pluie de critiques.

Sitôt arrivé à Beauvau en octobre 2018 après un remaniement qui avait viré au psychodrame, Christophe Castaner avait étrenné son nouveau costume dans les décombres du déluge meurtrier qui avait frappé l'Aude. Depuis l'ex-porte-parole du gouvernement ne semble jamais être sorti de la tourmente.

Rien d'étonnant au "ministère des crises", mais Christophe Castaner qui guignait Beauvau - il avait en partie en charge les aspects régaliens pendant la campagne présidentielle - aura été servi.

Attentats de Strasbourg et de Condé-sur-Sarthe, crise des "gilets jaunes", suicides dans la police, incendie de Notre-Dame, loi anticasseurs retouchée: rude apprentissage pour un politique sans expérience des avant-postes.

Certains estiment qu'outre ce contexte difficile, le ministre y a mis aussi du sien. "Il faut faire attention à être totalement inattaquable", persifle son prédécesseur Gérard Collomb qui a pourtant laissé un souvenir plus que mitigé à Beauvau.

"Il commet un certain nombre d'erreurs (...) je pense que quand on est ministre de l'Intérieur, on n'est pas obligé de communiquer tous les jours".

Une mise en cause qui vise les mots de M. Castaner sur la vraie fausse "attaque" de la Pitié-Salpêtrière le 1er mai à Paris, qui malgré un rétropédalage en forme de mea culpa, lui ont valu des appels à la démission des oppositions de droite et de gauche dont il est devenu la cible favorite.

Sur la forme, ses sorties de route comme le 1er mai, un chapelet de tweets hors sujet ou l'épisode de sa sortie en boîte de nuit médiatisée par la presse people alimentent son procès en amateurisme.

Le ministre, hier député socialiste sans envergure nationale dont le nom avait émergé après le premier tour des régionales de 2015 quand il s'était résolu à jeter l'éponge pour faire barrage au Front national en région PACA, semble parfois prendre un plaisir gourmand à l'exposition médiatique. Pour le meilleur comme pour le pire.

- Fiascos des premiers actes -

Sur le fond, on lui reproche à droite sa gestion erratique du maintien de l'ordre des "gilets jaunes". A gauche et chez les "gilets jaunes", il est accusé d'être le maître d'œuvre d'une répression policière sans précédent à l'encontre de cette contestation sociale marquée par un très grand nombre de blessés.

L'ex-rocardien qui fut député des Alpes-de-Haute-Provence et maire (pendant 16 ans) de Forcalquier est devenu dans les cortèges "Castaner, l'éborgneur" et sa propension, à l'unisson du reste de l'exécutif, à refuser le terme de "violences policières", lui a mis à dos une bonne partie de son ancien camp.

"Les gestes inappropriés, voire les fautes, ça peut exister, mais le ministre n'a pas voulu rentrer dans le discours sur les violences policières car c'est déjà une qualification juridique", fait-on valoir dans son entourage.

"Dès la mi-décembre, le ministre a appelé à la responsabilité et à l'exemplarité des forces de l'ordre bien avant que les polémiques ne montent".

Le changement de tactique du maintien de l'ordre assumé après les émeutes du 1er décembre à Paris lui valent en tout cas les louanges de syndicats policiers.

"Il a enfilé le costard de ministre en prenant les mesures qui s'imposaient après les fiascos des premiers actes. Il est à l'écoute du terrain", salue Yves Lefebvre, secrétaire général d'Unité-SGP-Police qui loue son duo formé avec son secrétaire d'Etat, Laurent Nuñez au profil plus "techno".

"Il y a des épées de Damoclès un peu partout", nuance un expert du maintien de l'ordre très critique sur la nouvelle "doctrine". "Si jamais un policier se fait tuer en service ou si un manifestant meurt, on peut entrer dans un cercle vicieux et le ministre y laissera sa peau."

Personnalité affable et chaleureuse, le quinquagénaire, soutien de la première heure d'Emmanuel Macron garde en tout cas contre vents et marées le soutien de l'exécutif et ne décroche pas dans l'opinion.

"On continue à vouloir faire vivre un mouvement qui rassemble aujourd'hui moins de 20.000 personnes", répète-t-on à Beauvau où on est prudent sur la poursuite du mouvement mais aussi pressé de tourner la page avec en ligne de mire l'organisation du G7 en août à Biarritz, le futur grand plan antistups, ou encore les dossiers migratoires et des cultes.

Manière de faire comprendre que réduire Christophe Castaner à son rôle de "premier flic de France" relève d'une vision un peu étriquée. Et non d'un costume trop large.

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