« La Gen Z en colère » lisait-on hier sur une banderole à Paris, place de la Bastille. Au total, 71 500 personnes ont manifesté jeudi en France, dont 24 500 à Paris, pour cette nouvelle journée de mobilisation des lycéens. Les images des manifestations sont restées frappantes, en particulier à Paris, où le rassemblement à place de la Bastille a réuni plus de dizaines de milliers de personnes mais s’est terminée par des heurts violents avec les forces de l’ordre.
L’après-midi, les lycéens et étudiants ont annoncé une nouvelle journée de mobilisation la semaine prochaine, le mardi 13 octobre. Pourtant, le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a annoncé le soir même sur TF1 l’arrivée imminente de 3 000 professeurs remplaçants dans plus de 500 lycées.
3000 professeurs prévus « dans les heures et les jours qui viennent »
« On ne comprend plus très bien qui pilote quoi dans la maison gouvernement entre le Premier ministre qui va à la télévision pour ne rien dire, le ministre de l’Éducation (…) qui finit par sortir une annonce tout à fait stupéfiante », interroge la sénatrice PS Colombe Brossel. En effet, alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu déclarait la veille dans un discours peu convaincant que des mesures seraient apportées aux lycéens « fin octobre », Édouard Geffray, ministre de l’Éducation, a brandi un « plan d’urgence ». « Dans les heures et les jours qui viennent », 3 000 professeurs remplaçants sans affectation vont rejoindre « les établissements qui sont dans des situations que je qualifierais de très problématiques », soit « 114 lycées dont je dirais qu’ils sont rouges et 400 qui sont oranges », a-t-il déclaré au journal de TF1. Toutefois, ces 3 000 enseignants disponibles questionnent, étant donné que le rectorat ne connaissait même pas l’existence de ce chiffre : « On est ravi de découvrir qu’il y avait des enseignants disponibles qui n’étaient pas affectés devant les élèves, alors que les lycéens manifestent dans toute la France pour cela. On marche sur la tête ! », déclare la sénatrice PS Colombe Brossel. « Si c’est des remplaçants qui sont aujourd’hui affectés dans le sud de la France et qu’il y a des besoins de remplacement dans le nord, va-t-on vraiment leur demander ‘en une heure’ d’aller assurer les remplacements à l’autre bout de la France », ironise-t-elle. Le ministre de l’Éducation a toutefois fait savoir que la répartition se ferait « par bassin de vie ».
Le ministre a également ajouté que « plusieurs centaines de milliers d’heures supplémentaires » seront mises à disposition des proviseurs pour permettre « des remplacements de courte durée » par des enseignants volontaires. Des mesures qui, selon lui, représentent « plusieurs dizaines de millions d’euros » cette année.
D’où sortent ces professeurs ?
Grâce à un logiciel qui utilise l’intelligence artificielle, le ministre de l’Éducation se félicite d’avoir « optimisé les processus » pour détecter les lycées manquants de professeurs : « Ça fait plus d’un an qu’on travaille sur cet outil ! », déclare-t-il lors d’une conférence de presse de ce matin. Il explique alors que les « enseignants seront contactés en direct par les académies et connaitront leur affectation dans la journée voire dans la semaine ». La sénatrice regrette alors que le gouvernement ait besoin d’une application pour comprendre que les lycées manquent d’enseignants : « Les chefs d’établissement passent leur journée à remonter à leur rectorat que des enseignants ne sont pas remplacés. On n’a pas besoin d’un logiciel pour savoir qu’il manque des enseignants dans tel ou tel établissement ».
Personne ne semble savoir qui sont ces 3 000 enseignants : « J’ai quand même depuis hier échangé avec des élus, des acteurs syndicaux, des acteurs de l’Éducation et personne ne comprend de qui on parle », poursuit-elle. De même, le sénateur LR Max Brisson s’étonne « qu’il y ait eu besoin d’un mouvement lycéen pour les affecter ». « Nous verrons bien s’ils existent ces 3 000 postes », déclare-t-il. « On dirait que le ministre s’est engouffré dans le mythe de la parole performative », lance Colombe Brossel.
Le budget 2025 avait pourtant supprimé 4000 postes d’enseignants en 2026
En 2025, la suppression de 4 000 postes était prévue dans la mouture initiale du Projet de loi de finances du gouvernement. Au Sénat, le rapporteur budgétaire en charge de la commission des finances, Olivier Paccaud, proposait, quant à lui, la suppression de 8 000 postes, arguant qu’il « faut tenir compte de la baisse de la démographie ». Si, in fine le groupe LR n’a pas retenu la proposition d’Olivier Paccaud, le Sénat, ayant une majorité à droite, a voté le budget 2025. Pour Colombe Brossel, « l’argument démographique a bon dos, il ne sert manifestement que dans les moments où il est utile au gouvernement. Pendant plusieurs années dans ce pays, alors que le nombre d’élèves augmentait en collège et au lycée, on baissait les moyens qui y étaient affectés ».
Toutefois, pour le sénateur Max Brisson, il y a une réalité dans cette proposition de suppression de postes : « Quand on ouvre les postes, il n’y a pas de candidat en face ». Selon lui, le problème est là. « Cette mesure de replâtrage ne change rien au fond. Au fond, s’il n’y a pas de professeur, c’est que le métier est devenu répulsif », explique-t-il. « On aura toujours du mal à recruter des professeurs si on ne valorise pas leur salaire et si on garde l’ancienneté comme premier critère d’embauche ». D’après le sénateur LR, les 4 000 postes en moins prévus étaient dans les concessions du gouvernement avec les socialistes, donc auraient été rétablis, « or ils n’ont pas été pourvus ». « On peut réclamer 8 000, 9 000, 10 000 postes, on ne les remplira pas parce que les gens ne se présentent pas au concours. Le vrai problème c’est l’attractivité du métier ».