« Gilets jaunes »: l’exécutif détaille ses mesures après une décrue de la mobilisation
Édouard Philippe a précisé dimanche les modalités des mesures en faveur des "gilets jaunes", au lendemain d'une forte baisse de leur...

« Gilets jaunes »: l’exécutif détaille ses mesures après une décrue de la mobilisation

Édouard Philippe a précisé dimanche les modalités des mesures en faveur des "gilets jaunes", au lendemain d'une forte baisse de leur...
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Par Jacques KLOPP

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Édouard Philippe a précisé dimanche les modalités des mesures en faveur des "gilets jaunes", au lendemain d'une forte baisse de leur mobilisation qui fait espérer au gouvernement une sortie de crise après un mois de chaos.

Dans un entretien au quotidien Les Echos à paraître lundi et mis en ligne dimanche soir, le Premier ministre indique que le gain de 100 euros net pour les salariés proches du Smic, mesure phare annoncée par Emmanuel Macron, passera "par une hausse massive de la prime d'activité" qui sera versée "dès le 5 février pour compléter le salaire de janvier".

Cette hausse ne concernera donc pas tous les salariés au Smic car la prime d'activité tient compte de l'ensemble des revenus du ménage, mais "nous allons élargir le nombre de foyers éligibles, qui passera de 3,8 millions à 5 millions", a précisé le Premier ministre.

"Nous avons préféré cette solution à une baisse des cotisations salariales, qui était plus injuste et qui, à ce titre, a déjà été censurée par le conseil constitutionnel", a-t-il ajouté.

Au total les mesures annoncées par Emmanuel Macron lundi soir, parmi lesquelles figurent aussi les heures supplémentaires défiscalisées ou l'exemption de hausse de CSG pour les retraités gagnant moins de 2.000 euros, vont se chiffrer à environ "10 milliards d'euros".

Le Premier ministre Edouard Philippe à Matignon, le 14 décembre 2018
Le Premier ministre Edouard Philippe à Matignon, le 14 décembre 2018
AFP/Archives

Le déficit, prévu à 2,8% en 2019, devrait en conséquence se creuser légèrement et atteindre 3,2% du PIB, a indiqué M. Philippe, puisque le gouvernement ne touchera pas à la transformation du CICE en baisse des charges, comme le réclamaient certains dans la majorité.

Afin d'atténuer les conséquences pour les finances publiques de ces mesures, le gouvernement a décidé de limiter la baisse du taux d'impôt sur les sociétés à celle de moins de 250 millions d'euros de chiffre d'affaires l'année prochaine. Elle sera décalée d'un an pour les autres, a précisé le Premier ministre au quotidien économique.

- Mea culpa -

"Nous demandons donc un effort aux plus grandes entreprises pour nous permettre de dégager une recette supplémentaire de l'ordre de 1,8 milliard d'euros", a-t-il expliqué.

Ces mesures doivent être présentées en Conseil des ministres mercredi avant de passer à l'Assemblée nationale jeudi et au Sénat vendredi.

Le Premier ministre s'est déclaré favorable sur le principe à un référendum d'initiative citoyenne (RIC), une des principales revendications des "gilets jaunes", qui peut être un "bon instrument dans une démocratie" mais "pas sur n'importe quel sujet ni dans n'importe quelles conditions".

Manifestation des
Nombre de "gilets jaunes" lors des différentes journées de manifestations depuis le 17 novembre
AFP

"C'est un bon sujet du débat que nous allons organiser partout en France. Comme l'est le vote blanc", a-t-il souligné alors que l'exécutif lance une grande concertation nationale de deux mois et demi pour tirer la leçon de la crise des "gilets jaunes".

Sur la forme, le Premier ministre, s'est fendu, comme le président lundi, d'un mea culpa en concédant des "erreurs" dans la gestion d'une crise qui secoue le pays depuis un mois.

"Nous n'avons pas assez écouté les Français. Je reste persuadé qu'ils veulent qu'on transforme ce pays. Je leur dis que leur impatience est la mienne. Nous allons continuer à réparer le pays en les associant davantage", a-t-il promis, ajoutant qu'il n’y a "pas de tournant" mais "un changement de méthode".

Même si plusieurs appels à un acte VI circulent sur les réseaux sociaux pour samedi prochain et même vendredi, jour des 41 ans d'Emmanuel Macron, l'apaisement était palpable dimanche en régions, au lendemain d'une mobilisation divisée par deux (66.000 manifestants).

"Les combats sont finis, le débat c'est maintenant", a souligné dimanche le président de l'Assemblée Richard Ferrand, sans exclure l'envoi de "CRS ou de gendarmes à la campagne" pour "libérer l'espace public".

- "Problèmes pas résolus" -

Alors que des "gilets jaunes" de plusieurs régions s'attendaient à être délogés de ronds-points par les forces de l'ordre, une source policière a fait valoir que la question des ronds-points "sera traitée".

Signe d'encouragement pour l'exécutif, un sondage Opinionway pour LCI publié dimanche faisait remonter la popularité d'Emmanuel Macron de deux points, à 31% de satisfaits.

Un
Un "gilet jaune" sur un rond-point à Saint-Beauzire, dans le Puy-de-Dôme, le 15 décembre 2018
AFP

Mais pas question de crier victoire. "Si la participation est moindre, les problèmes ne sont pas résolus pour autant", a averti François Bayrou, patron du MoDem et allié de la majorité.

Difficile de conclure à une quelconque défaite des "gilets jaunes" qui ont obtenu bien plus que les syndicats ou partis d'opposition avant eux.

"L'engagement du président sera tenu", a assuré Richard Ferrand. Qui en appelle à "la responsabilité des parlementaires" pour valider les mesures, afin qu'elles soient applicables dès le 1er  janvier .

Les détails de la "grande concertation nationale" doivent également être connus dans la semaine. Le débat doit s'appuyer fortement sur les maires et aborder quatre grands thèmes (transition écologique, fiscalité, organisation de l'État et démocratie et citoyenneté --où a été insérée l'immigration).

En préambule, l'Association des Maires ruraux de France a lancé un appel demandant à la France périphérique de se "débarrasser du +complexe du plouc +" pour "imposer" une parole commune face à la "cécité" de beaucoup de dirigeants.

Pour François Bayrou, ce débat va, si "on le fait bien", "changer l'avenir du pays". Jean-Luc Mélenchon en revanche, estime que ce ne sera qu'un "grand blabla".

burs-jk/mm

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