« Gilets jaunes »: la difficile quête de dialogue de la CFDT avec Macron
Depuis le début du mouvement des "gilets jaunes", Laurent Berger, le numéro 1 de la CFDT, multiplie auprès de l'exécutif les...

« Gilets jaunes »: la difficile quête de dialogue de la CFDT avec Macron

Depuis le début du mouvement des "gilets jaunes", Laurent Berger, le numéro 1 de la CFDT, multiplie auprès de l'exécutif les...
Public Sénat

Par Bertille OSSEY-WOISARD

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Depuis le début du mouvement des "gilets jaunes", Laurent Berger, le numéro 1 de la CFDT, multiplie auprès de l'exécutif les propositions pour sortir de la crise et placer les corps intermédiaires au centre de l'échiquier. Mais les appels du premier syndicat français restent lettre morte.

"Le président n'a pas décroché une seule fois son téléphone depuis le début de la crise des +gilets jaunes+", regrettait dans une interview à Paris Match mi-décembre le secrétaire général de la CFDT.

Un mois plus tard, Emmanuel Macron a-t-il pris langue avec Laurent Berger? "Non", a assuré le leader syndical lundi sur le plateau d'"Audition publique", une émission LCP-Public-Sénat-AFP-Le Figaro.

La CFDT est pourtant devenue depuis décembre le premier syndicat français, devant la CGT, secteurs privé et public mêlés. Et avec plus de 600.000 adhérents (en 2017), elle compte "plus d'adhérents que tous les partis politiques confondus", insiste son secrétaire général.

Mais alors que sous le précédent quinquennat sa confédération était vue comme un "interlocuteur privilégié" de l'exécutif, validant la plupart des réformes sociales de François Hollande, y compris la très décriée loi travail, elle est largement ignorée depuis mai 2017, tout comme les autres syndicats d'ailleurs.

Or "la CFDT semblait la plus Macron-compatible", estime Frank Georgi, historien et spécialiste des syndicats. Pour lui, ce syndicat "court après l'idée selon laquelle elle peut être un interlocuteur pour l'exécutif", car "suffisamment puissante pour l'être".

"Mais en face, le président ne s'inscrit pas du tout dans cette perspective-là. Pour lui, la transformation économique, sociale, politique, ne passe pas par les syndicats, qui appartiennent plutôt à l'ancien monde, selon sa vision", ajoute-t-il.

Parmi les leaders syndicaux, Laurent Berger a été le premier à tendre la main à l'exécutif, dès le soir de l'acte 1 des "gilets jaunes", le 17 novembre.

Il a alors appelé le président de la République et le Premier ministre à "réunir très rapidement les syndicats, les organisations patronales, les associations pour construire un pacte social de la conversion écologique". En vain, malgré des prises de parole particulièrement alarmistes du leader syndical, qui a toutefois été reçu à l'Elysée avec les partenaires sociaux le 10 décembre.

Les députés LREM ont toutefois accepté de nouer un dialogue avec lui, et l'ont même reçu à l'Assemblée nationale lundi dernier.

A l'heure du grand débat national qui a démarré cette semaine avec des maires normands, Laurent Berger réclame un "Grenelle du pouvoir vivre", qui permettrait de parler de pouvoir d'achat, entre autres.

- "Vision gaullienne des syndicats" -

Celui qui n'a de cesse de dénoncer depuis un an "la verticalité" et "l'arrogance" de ce quinquennat, sa "négation" des corps intermédiaires, n'a pas encore eu de retour de l'exécutif sur cette proposition.

"Berger représente une tradition CFDT qui se veut force de propositions, y compris sociétales", rappelle Guy Groux, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). "Le problème", c'est que le président de la République "considère que le syndicalisme ne représente que le champ professionnel, le champ de l'entreprise et pas la société en général. Il a une vision gaullienne des syndicats", ajoute-t-il.

Et de rappeler qu'en 1968 justement le tout premier "accord de Grenelle" avait été négocié entre l'exécutif et les partenaires sociaux sous l'égide du Premier ministre, Georges Pompidou, et non de l'Elysée.

Jean-François Amadieu, professeur de sciences sociales, se dit "très surpris" de la porte fermée par le chef de l'Etat à tous les syndicats en général, en pleine crise des "gilets jaunes".

"C'est un véritable contraste avec la manière dont Emmanuel Macron se comporte avec les maires élus, qu'il accepte de rencontrer lors du grand débat. Mais que n'organise-t-il pas un débat avec les partenaires sociaux?", interroge-t-il.

Lui l'explique par le fait qu'un "Grenelle" impliquerait des décisions "concrètes" sur le pouvoir d'achat, voire de "devoir aboutir à un accord national interprofessionnel". Or, dit-il, "avec le grand débat, où on peut noter qu'il n'y a pas de question sur le pouvoir d'achat, il y a moins d'enjeux".

Partager cet article

Dans la même thématique

« Gilets jaunes »: la difficile quête de dialogue de la CFDT avec Macron
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

« Gilets jaunes »: la difficile quête de dialogue de la CFDT avec Macron
3min

Politique

Industrie musicale : « il n’y a plus de coup de cœur, on regarde le nombre de followers », La Grande Sophie

Trente ans de carrière, artiste inclassable, la Grande Sophie se tourne aujourd’hui vers la comédie musicale avec un nouveau spectacle inspiré de son premier livre « Tous les jours Suzanne ». Une nouvelle aventure qui caractérise à merveille son envie insatiable de créer. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle se livre sur son passé, son rapport à l’industrie musicale et sa relation particulière avec Françoise Hardy.

Le

« Gilets jaunes »: la difficile quête de dialogue de la CFDT avec Macron
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le